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Posté dans Mondialisation
"Il apparaît donc qu’un pays bénéficiant d’avantages considérables en matière de machines et de savoir-faire, capable donc de fabriquer des marchandises avec beaucoup moins de travail que ses voisins, peut, en échange de ces marchandises, importer une partie de la quantité de blé nécessaire à sa consommation ; et ce, même si la terre est plus fertile et peut produire le blé en employant moins de travail que dans le pays d’où il l’importe. Supposons deux hommes fabriquant chacun des chaussures et des chapeaux, et dont l’un dépasserait l’autre dans les deux emplois ; mais supposons que sa supériorité ne soit que d’un cinquième (20%) dans la fabrication de chapeaux, et d’un tiers (33%) dans la fabrication de chaussures. Ne serait-il pas dans l’intérêt des deux que l’individu le plus compétitif se consacre exclusivement à la fabrication de chaussures, et le moins compétitif, à la fabrication de chapeaux ?"
David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)
Posté dans Mondialisation
"Si le Portugal n'avait aucun lien commercial avec d'autres pays, au lieu d'employer une grande part de son capital et de son travail à produire du vin grâce auquel il achète à d'autres pays le drap et les ustensiles dont il a besoin, il serait contraint de consacrer une part de ce capital à la fabrication de ces marchandises qu'il obtiendrait alors probablement en qualité et en quantité inférieures. (…)
La situation peut être telle en Angleterre que la production de drap exige le travail de 100 hommes pendant un an; mais, que ce pays tente de produire son vin, cela pourrait nécessiter le travail de 120 hommes pendant le même temps. L'Angleterre jugerait donc qu'elle a intérêt à importer du vin, et à le payer par ses exportations de drap.
Au Portugal, la production de vin pourrait n'exiger que le travail annuel de 80 hommes, et la production et le travail de 90 hommes pendant la même période. Il s'avérerait donc avantageux pour ce pays d'exporter du vin en échange de drap. Cet échange pourrait survenir quand bien même la marchandise importée par le Portugal pourrait être produite dans ce pays avec moins de travail qu'en Angleterre."
David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)
Posté dans Mondialisation
"En Portugal, la fabrication du vin pourrait ne demander que le travail de quatre-vingts hommes pendant une année, tandis que la fabrication du drap exigerait le travail de quatre-vingt-dix hommes. Le Portugal gagnerait donc à exporter du vin en échange du drap. Cet échange pourrait même avoir lieu dans le cas où on fabriquerait en Portugal l’article importé à moins de frais qu’en Angleterre. Quoique le Portugal pût faire son drap en n’employant que quatre-vingt-dix hommes, il préférerait le tirer d‘un autre pays où il faudrait cent ouvriers pour le fabriquer, parce qu’il trouverait plus de profit à employer son capital à la production du vin, en échange duquel il obtiendrait de l’Angleterre une quantité de drap plus forte que celle qu’il pourrait produire en détournant une portion de son capital employé à la culture des vignes, et en l’employant à la fabrication des draps."
David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)
Posté dans Divers Sociologie
"Comment faisions-nous? On faisais tout à la main. C'était avant les ordinateurs de bureau dont l'irruption dans notre environnement, au cours de la première moitié des années 1980, allait changer, pour le meilleur et pour le pire, les conditions de notre travail et même, il faut bien le dire, nos vies, qui deviendront alors plus autonomes et plus rapides, mais aussi plus compétitives et plus solitaires, brisant le travail d'équipe, avec ses disputes et ses moments de franche rigolade, nous laissant croire, un moment, qu'on pouvait tout faire par soi-même, qu'on n'avait plus besoin des autres, que chacun était l'équipe à soi tout seul, que chacun était tout puissant."
Luc Boltanski - Rendre la réalité inacceptable (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"A ceux qui tentent de se frayer un chemin dans la jungle des multiples conceptions du monde en compétition, le sociologue peut fournir une idée très simple, et par là d'autant plus utile : c'est que chacune de ces conceptions du monde a une base sociale. Pour le dire un peu différemment, chaque Weltanschauung est une conspiration. Les conspirateurs sont ceux qui construisent une situation sociale dans laquelle leur conception particulière du monde est considérée comme allant de soi. L'individu qui se trouve dans cette situation est de jour en jour mieux disposé à en accepter les présupposés de base. Ainsi, nous changeons de conception du monde (et, par conséquent, les interprétations ou réinterprétations de notre biographie), à mesure que nous évoluons d'un contexte social à un autre."
Peter Berger - Invitation à la sociologie (1963)
Posté dans Stratification sociale
"La mobilité sociale (le passage d'un niveau à un autre de la société) a sur la réinterprétation de notre vie des effets très semblables à ceux de la mobilité géographique. Voyez comment l'image de soi d'un individu change lorsqu'il s'élève dans l'échelle sociale : un des aspects les plus désolants de ce changement est la façon dont il réinterprète son rapport aux êtres et aux évènements les plus familiers. Ainsi, tout ce qui se rapporte à la "Petite Italie", le quartier new-yorkais de son enfance, se charge de connotations négatives, maintenant qu'il la voit depuis le pavillon de banlieue qu'ils s'est donné tant de peine à acquérir. La jeune fille dont il rêvait pendant son adolescence se transforme en paysanne inculte, encore que jolie. Ses amis d'enfance lui rappellent fâcheusement celui qu'il n'est plus, qui lui fait honte maintenant et qu'il a depuis longtemps jeté par-dessus les moulins avec les vieilles idées sur l'honneur, les sortilèges, la fierté d'être du quartier. Et même la Mamma, ce soleil autour duquel gravitait l'univers, n'est plus qu'une vieille italienne un peu sotte qu'il faut encore apaiser de temps en temps en prétendant être celui qu'on n'est plus. Certains aspects de ce tableau sont sans doute aussi vieux que l'humanité, car on peut admettre que la fin de l'enfance a de tout temps annoncé un crépuscule des dieux. Ce qui est nouveau, c'est que, dans notre société, des générations entières passent, en atteignant l'âge adulte, dans des univers sociaux totalement incompréhensibles pour leurs parents : c'est la conséquence inévitable d'une mobilité sociale de masse."
Peter Berger - Invitation à la sociologie (1963)
Posté dans Divers Sociologie
"Les sociétés traditionnelles assignent à leurs membres des identités définies et permanentes, tandis que, dans la société moderne, même l'identité est incertaine et fluctuante. On ne sait pas exactement ce qui est attendu de nous comme gouvernant, comme parent, comme personne cultivée, non plus que ce qui est normal sur le plan sexuel. C'est pourquoi on a besoin de différents experts pour nous le dire. Le club du livre nous dit ce qu'est la culture, le décorateur d'intérieur quel gout avoir, et le psychanalyste qui nous sommes. Vivre dans une société moderne, c'est vivre au cœur d'un kaléidoscope de rôles toujours changeants."
Peter Berger - Invitation à la sociologie (1963)
Posté dans Sociologie politique
"Pour l'homme des sociétés primitives, l'activité de production est exactement mesurée, délimitée par les besoins à satisfaire, étant entendu qu'il s'agit essentiellement des besoins énergétiques : la production est rabattue sur la reconstitution du stock d'énergie dépensée. En d'autres termes, c'est la vie comme nature qui - à la production près des biens consommés socialement à l'occasion des fêtes - fonde et détermine la quantité de temps consacré à la reproduire. C'est dire qu'une fois assurée la satisfaction globale des besoins énergétiques, rien ne saurait inciter la société primitive à désirer produire plus, c'est-à-dire à aliéner son temps en un travail sans destination, alors que ce temps est disponible pour l'oisiveté, le jeu, la guerre ou la fête. À quelles conditions peut se transformer ce rapport de l'homme primitif à l'activité de production ? À quelles conditions cette activité s'assigne-t-elle un but autre que la satisfaction des besoins énergétiques ? C'est là poser la question de l'origine du travail comme travail aliéné.
Dans la société primitive, société par essence égalitaire, les hommes sont maîtres de leur activité, maîtres de la circulation des produits de cette activité : ils n'agissent que pour eux-mêmes, quand bien même la loi d'échange des biens médiatise le rapport direct de l'homme à son produit. Tout est bouleversé, par conséquent, lorsque l'activité de production est détournée de son but initial, lorsque, au lieu de produire seulement pour lui-même, l'homme primitif produit aussi pour les autres, sans échange et sans réciprocité. C'est alors que l'on peut parler de travail : quand la règle égalitaire d'échange cesse de constituer le " code civil " de la société, quand l'activité de production vise à satisfaire les besoins des autres, quand à la règle échangiste se substitue la terreur de la dette. C'est bien là en effet qu'elle s'inscrit, la différence entre le Sauvage amazonien et l'Indien de l'empire inca. Le premier produit en somme pour vivre, tandis que le second travaille, en plus, pour faire vivre les autres, ceux qui ne travaillent pas, les maîtres qui lui disent : il faut payer ce que tu nous dois, il faut éternellement rembourser la dette à notre égard.
Quand, dans la société primitive, l'économique se laisse repérer comme champ autonome et défini, quand l'activité de production devient travail aliéné, comptabilisé et imposé par ceux qui vont jouir des fruits de ce travail, c'est que la société n'est plus primitive, c'est qu'elle est devenue une société divisée en dominants et dominés, en maîtres et sujets, c'est qu'elle a cessé d'exorciser ce qui est destiné à la tuer : le pouvoir et le respect du pouvoir. La division majeure de la société, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c'est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c'est la grande coupure politique entre détenteurs de la force, qu'elle soit guerrière ou religieuse, et assujettis à cette force. La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d'exploitation. Avant d'être économique, l'aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l'économique est une dérive du politique, l'émergence de l'État détermine l'apparition des classes".
Pierre Clastres - La société contre l'État (1969)
Posté dans Divers Sociologie
"Non seulement la division du travail présente le caractère par lequel nous définissons la moralité, mais elle tend de plus en plus à devenir la condition essentielle de la solidarité sociale.
A mesure qu'on avance dans l'évolution, les liens qui attachent l'individu à sa famille, au sol natal, aux traditions que lui a léguées le passé, aux usages collectifs du groupe, se détendent. Plus mobile, il change plus aisément de milieu, quitte les siens pour aller ailleurs vivre d'une vie plus autonome, se fait davantage lui-même ses idées et ses sentiments. (...) Pour que l'individu reste fixé au groupe avec une force simplement égale à celle d'autrefois, il faut que les liens qui l'y attachent deviennent plus forts et plus nombreux. Si donc il ne s'en formait pas d'autres que ceux qui dérivent des ressemblances, l'effacement du type segmentaire serait accompagné d'un abaissement régulier de la moralité. L'homme ne serait plus suffisamment retenu ; il ne sentirait plus assez autour de lui et au-dessus de lui cette pression salutaire de la société, qui modère son égoïsme et qui fait de lui un être moral. Voilà ce qui fait la valeur morale de la division du travail. C'est que, par elle, l'individu reprend conscience de son état de dépendance vis-à-vis de la société ; c'est d'elle que viennent les forces qui le retiennent et le contiennent. En un mot, puisque la division du travail devient la source éminente de la solidarité sociale, elle devient du même coup la base de l'ordre moral."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Divers Economie
"On a fini par croire, à tort ou à raison, que les échanges ont, en eux-mêmes, un rôle décisif, équilibrant, qu'ils égalisent par la concurrence les dénivellations, ajustent l'offre et la demande, que le marché est un dieu caché et bénévole, la "main invisible" d'Adam Smith, le marché autorégulateur du XIXe siècle, la clef de voûte de l'économie, si l'on s'en tient au laissez faire, laissez passer. Il y a là une part de vérité, une part de mauvaise foi, mais aussi d'illusion. Peut-on oublier combien de fois le marché a été tourné ou faussé, le prix arbitrairement fixé par les monopoles, de fait ou de droit ? Et surtout, en admettant les vertus concurrentielles du marché (« le premier ordinateur au service des hommes »), il importe de signaler au moins que le marché, entre production et consommation, n'est qu'une liaison imparfaite, ne serait-ce que dans la mesure où elle reste partielle. Soulignons ce dernier mot : partielle. En fait, je crois aux vertus et à l'importance d'une économie de marché, mais je ne crois pas à son règne exclusif."
Fernand Braudel - La dynamique du capitalisme (1985)
Posté dans Divers Economie
"J'ai marqué la place caractéristique, du XVe au XVIIIe siècle, d'un énorme secteur d'autoconsommation qui, pour l'essentiel, reste tout à fait étranger à l'économie d'échange. L'Europe, même la plus développée, est trouée, jusqu'au XVIIIe siècle et même au delà, de zones qui participent peu à la vie générale et, dans leur isolement, s'obstinent à mener leur propre existence fermée sur elle-même."
Fernand Braudel - La dynamique du capitalisme (1985)
Posté dans Divers Economie
"En résumé, si on la compare aux économies du reste du monde, l'"économie européenne semble avoir dû son développement plus avancé à la supériorité de ses instruments et de ses institutions : les Bourses et les diverses formes du crédit. Mais, sans exception aucune, tous les mécanismes de l'échange se retrouvent en dehors de l'Europe, développés et utilisés à des degrés divers, et l'on peut y discerner une hiérarchie : à l'étage presque supérieur, le Japon ; peut-être l'Insulinde, et l'Islam ; sûrement l'Inde, avec son réseau de crédit développé, sa pratique des prêts aux entreprises hasardées, ses assurances maritimes ; à l'étage au-dessous, habituée à vivre sur elle-même, la Chine ; et finalement, juste au-dessous d'elle, des milliers d'économies encore primitives."
Fernand Braudel - La dynamique du capitalisme (1985)
Posté dans Divers Economie
"Tout ce qui reste en dehors du marché n'a qu'une valeur d'usage, tout ce qui en franchit la porte étroite acquiert une valeur d'échange."
Fernand Braudel - La dynamique du capitalisme (1985)
Posté dans Divers Economie
"La monnaie est une très vielle invention, si j'entends par là tout moyen qui accélère l'échange. Et sans échange, pas de société."
Fernand Braudel - La dynamique du capitalisme (1985)
Posté dans Stratification sociale
"Sans minimiser les profonds changements sociaux qui ont affecté le salariat au cours de la dernière période, nous voudrions montrer que le déclin des représentations en termes de groupes sociaux est en grande partie le produit d’évolutions qui sont intervenues du côté des agents du système statistique et de leurs modes de vision (et de division) de l’espace social."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"Toute la force des faits sociaux leur vient de l'opinion. C'est l'opinion qui dicte les règles morales et qui, directement ou indirectement, les sanctionne. Et l'on peut même dire que tout changement dans les institutions est, au fond, un changement dans l'opinion : c'est parce que les sentiments collectifs de pitié pour le criminel entrent en lutte avec les sentiments collectifs réclamant la peine que le régime pénal s'adoucit progressivement. Tout se passe dans la sphère de l'opinion publique; mais celle-ci est proprement ce que nous appelons le système des représentations collectives. Les faits sociaux sont donc des causes parce qu'ils sont des représentations ou agissent sur des représentations. Le fond intime de la vie sociale est un ensemble de représentations."
Paul Fauconnet et Marcel Mauss - La sociologie : objet et méthode, in La Grande Encyclopédie (1901)
Posté dans Divers Sociologie
"Les formes suivant lesquelles se développe la vie affective, intellectuelle, active de l'individu, lui préexistent comme elles lui survivront. C'est parce qu'il est homme qu'il mange, pense, s'amuse, etc., mais s'il est déterminé à agir par des tendances qui lui sont communes avec tous les hommes, les formes précises que prend son activité à chaque moment de l'histoire dépendent de toutes autres conditions qui varient d'une société à une autre et changent avec le temps au sein d'une même société : c'est l'ensemble des habitudes collectives. (...) Il s'agit toujours de manières d'agir ou de penser, consacrées par la tradition et que la société impose aux individus. Ces habitudes collectives et les transformations par lesquelles elles passent incessamment, voilà l'objet propre de la sociologie."
Paul Fauconnet et Marcel Mauss - La sociologie : objet et méthode, in La Grande Encyclopédie (1901)
Posté dans Divers Sociologie
"On a parfois proposé comme remède de donner aux travailleurs, à côté de leurs connaissances techniques et spéciales, une instruction générale. Mais, à supposer qu'on puisse ainsi racheter quelques-uns des mauvais effets attribués à la division du travail, ce n'est pas un moyen de les prévenir. La division du travail ne change pas de nature parce qu'on la fait précéder d'une culture générale. Sans doute, il est bon que le travailleur soit en état de s'intéresser aux choses de l'art, de la littérature, etc. ; mais il n'en reste pas moins mauvais qu'il ait été tout le jour traité comme une machine. Qui ne voit, d'ailleurs, que ces deux existences sont trop opposées pour être conciliables et pouvoir être menées de front par le même homme ! Si l'on prend l'habitude des vastes horizons, des vues d'ensemble, des belles généralités, on ne se laisse plus confiner sans impatience dans les limites étroites d'une tâche spéciale."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"La société est-elle, non pas la condition secondaire, mais le facteur déterminant du progrès. Elle est une réalité qui n'est pas plus notre œuvre que le monde extérieur et à laquelle, par conséquent, nous devons nous plier pour pouvoir vivre ; et c'est parce qu'elle change que nous devons changer."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"En déterminant la cause principale des progrès de la division du travail, nous avons déterminé du même coup le facteur essentiel de ce qu'on appelle la civilisation.
Elle est elle-même une conséquence nécessaire des changements qui se produisent dans le volume et dans la densité des sociétés. Si la science, l'art, et l'activité économique se développent, c'est par suite d'une nécessité qui s'impose aux hommes ; c'est qu'il n'y a pas pour eux d'autre manière de vivre dans les conditions nouvelles où ils sont placés. Du moment que le nombre des individus entre lesquels les relations sociales sont établies est plus considérable, ils ne peuvent se maintenir que s'ils se spécialisent davantage, travaillent davantage, surexcitent leurs facultés ; et de cette stimulation générale résulte inévitablement un plus haut degré de culture. De ce point de vue, la civilisation apparaît donc, non comme un but qui meut les peuples par l'attrait qu'il exerce sur eux, non comme un bien, entrevu et désiré par avance, dont ils cherchent à s'assurer par tous les moyens la part la plus large possible, mais comme l'effet d'une cause, comme la résultante nécessaire d'un état donné."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"Les progrès de la division du travail sont dus à la pression plus forte exercée par les unités sociales les unes sur les autres et qui les oblige à se développer dans des sens de plus en plus divergents. Mais cette pression est à chaque instant neutralisée par une pression en sens contraire que la conscience commune exerce sur chaque conscience particulière. Tandis que l'une nous pousse à nous faire une personnalité distincte, l'autre au contraire nous fait une loi de ressembler à tout le monde.
Tandis que la première nous incline à suivre la pente de notre nature personnelle, la seconde nous retient et nous empêche de dévier du type collectif. En d'autres termes, pour que la division du travail puisse naître et croître, il ne suffit pas qu'il y ait chez les individus des germes d'aptitudes spéciales, ni qu'ils soient incités à varier dans le sens de ces aptitudes ; mais il faut encore que les variations individuelles soient possibles. Or, elles ne peuvent se produire quand elles sont en opposition avec quelque état fort et défini de la conscience collective ; car plus un état est fort, et plus il résiste à tout ce qui peut l'affaiblir ; plus il est défini, moins il laisse de place aux changements.
On peut donc prévoir que le progrès de la division du travail sera d'autant plus difficile et lent que la conscience commune aura plus de vitalité et de précision."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
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"Le désir de devenir plus heureux est le seul mobile individuel qui eût pu rendre compte du progrès ; si on l'écarte, il n'en reste pas d'autre.
Pour quelle raison l'individu susciterait-il de lui-même des changements qui lui coûtent toujours quelque peine s'il n'en retire pas plus de bonheur ? C'est donc en dehors de lui, c'est-à-dire dans le milieu qui l'entoure, que se trouvent les causes déterminantes de l'évolution sociale. Si les sociétés changent et s'il change, c'est que ce milieu change. (...) Par conséquent, c'est dans le milieu social qu'il faut aller en chercher les conditions originelles. Ce sont les variations qui s'y produisent qui provoquent celles par lesquelles passent les sociétés et les individus."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"A chaque moment de l'histoire, notre soif de science, d'art, de bien-être est définie comme nos appétits, et tout ce qui va au delà de cette mesure nous laisse indifférents ou nous fait souffrir. Voilà ce qu'on oublie trop quand on compare le bonheur de nos pères avec le nôtre. On raisonne comme si tous nos plaisirs avaient pu être les leurs ; alors, en songeant à tous ces raffinements de la civilisation dont nous jouissons et qu'ils ne connaissaient pas, on se sent enclin à plaindre leur sort. On oublie qu'ils n'étaient pas aptes à les goûter. Si donc ils se sont tant tourmentés pour accroître la puissance productive du travail, ce n'était pas pour conquérir des biens qui étaient pour eux sans valeur. Pour les apprécier, il leur eût fallu d'abord contracter des goûts et des habitudes qu'ils n'avaient pas, c'est-à-dire changer leur nature."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"Même là où la société repose le plus complètement sur la division du travail, elle ne se résout pas en une poussière d'atomes juxtaposés, entre lesquels il ne peut s'établir que des contacts extérieurs et passagers. Mais les membres en sont unis par des liens qui s'étendent bien au delà des moments si courts où l'échange s'accomplit. Chacune des fonctions qu'ils exercent est, d'une manière constante, dépendante des autres et forme avec elles un système solidaire. Par suite, de la nature de la tâche choisie dérivent des devoirs permanents. Parce que nous remplissons telle fonction domestique ou sociale, nous sommes pris dans un réseau d'obligations dont nous n'avons pas le droit de nous affranchir. Il est surtout un organe vis-à-vis duquel notre état de dépendance va toujours croissant : c'est l'État. Les points par lesquels nous sommes en contact avec lui se multiplient ainsi que les occasions où il a pour charge de nous rappeler au sentiment de la solidarité commune. Ainsi, l'altruisme n'est pas destiné à devenir, comme le veut M. Spencer, une sorte d'ornement agréable de notre vie sociale ; mais il en sera toujours la base fondamentale. Comment, en effet, pourrions-nous jamais nous en passer ? Les hommes ne peuvent vivre ensemble sans s'entendre et, par conséquent, sans se faire des sacrifices mutuels, sans se lier les uns aux autres d'une manière forte et durable. Toute société est une société morale."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"Aussi bien la conception du contrat social est-elle aujourd'hui bien difficile à défendre, car elle est sans rapport avec les faits. L'observateur ne la rencontre, pour ainsi dire, pas sur son chemin. Non seulement il n'y a pas de sociétés qui aient une telle origine, mais il n'en est pas dont la structure présente la moindre trace d'une organisation contractuelle. Ce n'est donc ni un fait acquis à l'histoire, ni une tendance qui se dégage du développement historique. (...) Mais si les sociétés supérieures ne reposent pas sur un contrat fondamental qui porte sur les principes généraux de la vie politique, elles auraient ou tendraient à avoir pour base unique, suivant M. Spencer, le vaste système de contrats particuliers qui lient entre eux les individus. Ceux-ci ne dépendraient du groupe que dans la mesure où ils dépendraient les uns des autres, et ils ne dépendraient les uns des autres que dans la mesure marquée par les conventions privées et librement conclues. La solidarité sociale ne serait donc autre chose que l'accord spontané des intérêts individuels, accord dont les contrats sont l'expression naturelle. Le type des relations sociales serait la relation économique, débarrassée de toute réglementation et telle qu'elle résulte de l'initiative entièrement libre des parties. En un mot, la société ne serait que la mise en rapport d'individus échangeant les produits de leur travail, et sans qu'aucune action proprement sociale vienne régler cet échange. Est-ce bien le caractère des sociétés dont l'unité est produite par la division du travail ? S'il en était ainsi, on pourrait avec raison douter de leur stabilité. Car si l'intérêt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; (...) Car, là où l'intérêt règne seul, comme rien ne vient refréner les égoïsmes en présence, chaque moi se trouve vis-à-vis de l'autre sur le pied de guerre et toute trêve à cet éternel antagonisme ne saurait être de longue durée. L'intérêt est, en effet, ce qu'il y a de moins constant au monde. Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir à vous ; demain, la même raison fera de moi votre ennemi. Une telle cause ne peut donc donner naissance qu'à des rapprochements passagers et à des associations d'un jour. On voit combien il est nécessaire d'examiner si telle est effectivement la nature de la solidarité organique."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"Il n'y a pas d'institution qui, à un moment donné, ne dégénère, soit qu'elle ne sache pas changer à temps et s'immobilise, soit qu'elle se développe dans un sens unilatéral, en outrant certaines de ses propriétés: ce qui la rend malhabile à rendre les services mêmes dont elle a la charge. Ce peut être une raison pour chercher à la réformer, non pour la déclarer à tout jamais inutile et la détruire."
Émile Durkheim - De la division du travail social, préface de la seconde édition (1893)
Posté dans Divers Economie
"Le mot qui convient le mieux pour désigner un système qui gomme les frontières entre le Gouvernement avec un G majuscule et l’Entreprise avec un E majuscule n’est ni «libéral», ni «conservateur», ni «capitaliste». Ce serait plutôt «corporatiste». Il se caractérise au premier chef par d’immenses transferts de ressources publiques vers le secteur privé, démarche qui s’accompagne souvent d’une explosion de l’endettement, d’un accroissement de l’écart entre les riches à outrance et les pauvres sans importance et d’un nationalisme exacerbé qui justifie des dépenses colossales dans le domaine de la sécurité. Pour ceux qui font partie de la bulle d’extrême richesse ainsi créée, il n’y a pas de moyen plus rentable d’organiser la société. Étant donné les désavantages manifestes pour la vaste majorité des citoyens, condamnés à rester en marge, l’État corporatiste doit adopter d’autres tactiques : le resserrement de la surveillance (le gouvernement et les grandes sociétés s’échangeant une fois de plus des faveurs et des contrats), le recours massif aux emprisonnements, le rétrécissement des libertés civiles et, souvent (mais pas toujours), la torture."
Naomi Klein - La stratégie du choc (2008)
Posté dans Divers Economie
"Seule une crise – réelle ou supposée – peut produire des changements. Lorsqu’elle se produit, les mesures à prendre dépendent des idées alors en vigueur. Telle est, me semble-t-il, notre véritable fonction : trouver des solutions de rechange aux politiques existantes et les entretenir jusqu’à ce que des notions politiquement impossibles deviennent politiquement inévitables."
Milton Friedman - Capitalisme et liberté (1971)
Posté dans Divers Sociologie
"Les critiques de la société de consommation de masse des années soixante étaient construites sur une configuration à trois termes : la domination des travailleurs dans l'entreprise et la difficulté à situer la position des cadres, le gavage passif des classes populaires et l'épanouissement individuel mais provisoire des classes moyennes dans la consommation, enfin le projet d'une libération collective globale dans la politique. Seule la politique pouvait dénouer les contradictions entre la vie privée et la vie publique. Si, dans l'histoire des relations à la consommation, l'épanouissement personnel a pris la place de l'émancipation et le paraître des individus celui de leur indifférenciation, c'est parce que le modèle de société promu par la citoyenneté républicaine comme solution aux rapports de domination entre les classes sociales a succombé en même temps que l'image de la société comme société de classes a perdu de sa force. Dans ce mouvement, l'image de l'infériorité populaire a été balayée au profit de l'individu qui condense l'ensemble de ces transformations. Alors que le thème de l'aliénation débouchait sur une interrogation concernant le progrès de la société (la croissance, pour quoi faire?), celui de l'autonomie se solde par la promotion de l'adaptation de l'individu, adaptation exigée par la société de changement permanent. C'est cela être soi-même. C'est pourquoi la singularisation de masse est devenue un idéal crédible dans la vie privée."
Alain Ehrenberg - Le culte de la performance (1991)
Posté dans Intégration et Solidarité
"Lorsqu'on réintroduit dans la réflexion sur la protection sociale les problématiques que la vision économiste des néolibéraux a progressivement fait oublier, la perception ordinaire des réformes change : on cesse de les voir comme de simples solutions techniques et l'on prend conscience de leurs effets sociaux."
Julien Duval - Le mythe du "trou de la Sécu" (2007)
Posté dans Mondialisation
"Aucun pays n'a connu de développement réussi en tournant le dos au commerce international et aux flux de capitaux à long terme (...), mais il est également avéré qu'aucun pays ne s'est développé par le simple fait de s'ouvrir aux échanges et aux investissements internationaux."
Dani Rodrik - One Economics, Many Recipes (2007)
Posté dans Divers Economie
"Le fait majeur qui apparaît ici est le décalage très marqué entre échanges extérieurs et production, surtout pour l'Europe après 1932, ceci témoigne de la montée de l'isolationnisme en faveur des pays industrialisés ; sur le terrain international, on ne "joue plus le jeu". Un des maîtres-mots des années 30 a été : autarcie ; même si les efforts dans cette direction n'ont pas abouti."
Bernard Gazier - La crise de 1929 (1983)
Posté dans Divers Economie
"Le jeudi 24 octobre restera dans les annales boursières comme le "Jeudi noir" : près de 13 millions de parts changent de main ce jour là, alors que le volume usuel quotidien des transactions est de 4 millions ; mais la panique ne dure que le matin, et les interventions massives des banquiers se portant acheteurs font se redresser les cotations. La panique devient définitive le mardi 29 octobre - Le "Mardi noir" - où près de 16 millions de parts sont vendues : la baisse des cours est telle qu'elle annule d'un coup les hausses pourtant rapides des douze derniers mois"
Bernard Gazier - La crise de 1929 (1983)
Posté dans Stratification sociale
"Sur le plan méthodologique, la théorie qui précède montre que l'analyse du changement social, voire des crises sociales, n'est pas exclusive d'une approche formelle. Sans passer par la formalisation, il est difficile de comprendre comment des comportements individuels rationnels ou des mesures collectives raisonnables conduisent, du point de vue de l'individu comme de celui de la collectivité à des conséquences indésirées et parfois indésirables (stationarité de la mobilité, dévaluation des espérances sociales attachées aux différents niveaux scolaires, marginalisation d'une proportion croissante de jeunes, persistance des inégalités économiques)."
Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)
Posté dans Divers Economie
"Nous devons être en mesure de proposer un nouveau programme libéral qui fasse appel à l’imagination. Nous devons à nouveau faire de la construction d’une société libre une aventure intellectuelle, un acte de courage. Ce dont nous manquons, c’est d’une utopie libérale, un programme qui ne serait ni une simple défense de l’ordre établi ni une sorte de socialisme dilué. Mais un véritable radicalisme libéral qui n’épargne pas les susceptibilités des puissants (syndicats compris), qui ne soit pas trop sèchement pratique, et qui ne se confine pas à ce qui semble politiquement possible aujourd’hui. Nous avons besoin de leaders intellectuels, prêts à résister aux séductions du pouvoir et de la popularité, et qui soient prêts à travailler pour un idéal, quand bien même ses chances de réalisation seraient maigres. Ils doivent avoir des principes chevillés au corps, et se battre pour leur avènement, même s’il semble lointain. Le libre-échange et la liberté d’entreprendre sont des idéaux qui peuvent encore éveiller l’imagination des foules. Mais un simple « libre-échange modéré » ou un « assouplissement des réglementations » ne sont ni respectables intellectuellement ni susceptibles d’inspirer le moindre enthousiasme. La principale leçon qu’un libéral conséquent doit tirer du succès des socialistes est que c’est leur courage d’être utopiques qui leur a valu l’approbation des intellectuels ainsi que leur influence sur l’opinion publique, qui rend chaque jour possible ce qui, récemment encore, semblait irréalisable. Ceux qui se sont souciés exclusivement de ce qui semblait réalisable dans tel état de l’opinion se sont constamment rendu compte que tous leurs projets devenaient politiquement impossibles en raison de l’évolution d’une opinion publique qu’ils n’avaient rien fait pour guider. Si nous retrouvons cette foi dans le pouvoir des idées qui fut la force du libéralisme dans sa grande époque, la bataille n’est pas perdue."
Friedrich von Hayek - Individualism and Economic Order (1949)
Posté dans Stratification sociale
"En réalité, l'opposition entre mobilité structurelle et mobilité non structurelle n'a, à notre sens, guère de significations. Elle dérive du fait que, dans la plupart des cas, les données dont disposent les chercheurs sont constituées par des tableaux de mobilité intergénérationnelle. Or, le seul "facteur structurel" susceptible d'être mis en évidence à partir de ce type de données est effectivement l'évolution de la structure sociale. Mais cela n'implique pas que l'évolution de la structure sociale soit (...) le seul facteur structurel. L'ensemble de la théorie proposée dans ce livre montre au contraire que la mobilité résulte des interactions d'un système de variables structurelles, l'évolution de la structure sociale étant seulement une de ces variables. C'est pourquoi on peut observer une certaine quantité de mobilité structurelle, même en l'absence de changements dans la structure sociale. Ainsi, les discordances entre structure scolaire et structure sociale, qu'il est difficile de ne pas considérer comme structurelles sont, comme on l'a vu, génératrices de mobilité. La notion de mobilité structurelle n'a, en résumé, de sens que par rapport à la théorie de la mobilité que l'on a préalablement définie. Lorsque le seul facteur identifiable est le changement de la structure social, on sera tenté de définir la mobilité structurelle comme celle qui correspond à ce facteur. Mais comme l'action de cette variable sur la mobilité est différente selon l'état d'autres variables structurelles comme le développement du système d'enseignement, la distinction entre mobilité structurelle et mobilité résiduelle n'a, dans l'absolu, guère de sens."
Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)
Posté dans Stratification sociale
"Les enquêtes sociologiques ne nous permettent pas, (...), d'apprécier les changements dans le temps des mécanismes générateurs des inégalités sociales devant l'enseignement. Quelquefois diachroniques par rapport aux individus, elles sont toujours synchroniques par rapport au système. L'utilité du modèle très simple qui sera présenté dans les sections suivantes est triple : a) Il permet de clarifier la théorie de l'inégalité des chances devant l'enseignement. b) Il permet d'aboutir à une théorie concordante, non seulement avec la proposition générale selon laquelle il existe de fortes inégalités devant l'enseignement, mais avec l'ensemble des propositions qu'on peut dégager de la comptabilité scolaire et des enquêtes sociologiques. Une remarque, d'ordre épistémologique, s'impose sur ce point. Nombre de théories relatives à l'inégalité des chances devant l'enseignement, qu'on peut recueillir dans la littérature sociologique récente, se bornent à rendre compte d'une proposition unique : il existe de fortes inégalités des chances devant l'enseignement. Cette proposition est parfois ajoutée à une autre proposition qui, celle-là, est contredite par les données de la comptabilité scolaire : les inégalités sociales devant l'enseignement ne changent guère et peuvent par conséquent être considérées comme stables dans le temps. Une théorie qui ne permet de déduire qu'une seule proposition peut entraîner la conviction, pour des raisons rhétoriques, voire idéologiques, mais non pour des raisons scientifiques."
Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)
Posté dans Stratification sociale
"Si cette analyse est correcte, il en résulte une proposition importante sur le plan pratique, c'est que, à partir d'un certain niveau scolaire, l'effet sur les inégalités sociales devant l'enseignement de changements pédagogiques, y compris de ceux qui reposent sur le souci de dégager l'enseignement de ce qu'on appelle parfois la culture de la classe dominante, doit être normalement négligeable. La version positive de cette proposition est que les changements pédagogiques ont d'autant plus de chances d'avoir un effet sur les inégalités qu'ils apparaissent à des niveaux plus précoces de la scolarité."
Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)
Posté dans Stratification sociale
"Toutes les sociétés industrielles sont caractérisées depuis plusieurs décennies par une diminution lente certes, mais non négligeable et régulière de l'inégalité des chances devant l'enseignement. Pourtant, cette diminution n'a eu que des effets modestes sur le niveau de l'héritage social : toutes les études de mobilité sociale, qu'elles soient d'origine suédoise, anglaise ou américaine, font apparaitre au contraire que les probabilités d'ascension, de descente ou de stabilité sociales d'une génération à l'autre ne changent que faiblement dans le temps."
Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)
Posté dans Contrôle social et Déviance
"Nous avons nettement distingué entre la situation de l'individu discrédité, forcé de s'accommoder d'une tension, et celle de l'individu discréditable, obligé de contrôler une information. Néanmoins, si l'on considère les techniques d'ajustement qu'emploient tous les stigmatisés, il convient de réunir ces deux cas. La différence passe désormais entre la visibilité et l'importunité. C'est un fait qu'un individu disposé à admettre qu'il possède un stigmate (parce que celui-ci est connu de tous ou immédiatement visible) peut néanmoins faire tous ses efforts pour l'empêcher de trop s'imposer. Son but est alors de réduire les tensions, détourner l'attention furtive qu'ils portent au stigmate et, par là, à s'engager spontanément dans le contenu officiel de l'interaction. Or, les moyens utilisés pour ce faire apparaissent tout à fait semblables à ceux du faux-semblant, voire, dans certains cas, identiques, tant il est vrai que ce qui dissimule la réalité à ceux qui l'ignore peut servir à l'adoucir pour ceux qui la connaissent. (...) Nous nommerons couvertures de tels procédés. Beaucoup, qui essaient rarement de faire semblant, s'efforcent ordinairement de se couvrir.(...) Ce type de couverture, il faut le noter, constitue un aspect important des techniques d''"assimilation" qu'emploient les membres des minorités ethniques: l'intention que recouvrent des procédés tels que le changement de nom ou de la forme du nez n'est pas seulemen tde faire semblant, mais aussi de limiter au possible la façon dont un attribut évident s'impose à l'attention de l'entourage, avec une importunité qui empêche de l'oublier aisément."
Erving Goffman - Stigmate (1963)
Posté dans Divers Economie
"Sans partager nécessairement les intérêts économiques et sociaux des vrais croyants, les économistes ont assez d’intérêts spécifiques dans le champ de la science économique pour apporter une contribution décisive, quels que soient leurs états d’âme à propos des effets économiques et sociaux de l’utopie qu’ils habillent de raison mathématique, à la production et à la reproduction de la croyance dans l’utopie néolibérale. Séparés par toute leur existence et, surtout, par toute leur formation intellectuelle, le plus souvent purement abstraite, livresque et théoriciste, du monde économique et social tel qu’il est, ils sont particulièrement enclins à confondre les choses de la logique avec la logique des choses. Confiants dans des modèles qu’ils n’ont pratiquement jamais l’occasion de soumettre à l’épreuve de la vérification expérimentale, portés à regarder de haut les acquis des autres sciences historiques, dans lesquels ils ne reconnaissent pas la pureté et la transparence cristalline de leurs jeux mathématiques, et dont ils sont le plus souvent incapables de comprendre la vraie nécessité et la profonde complexité, ils participent et collaborent à un formidable changement économique et social qui, même si certaines de ses conséquences leur font horreur (ils peuvent cotiser au Parti socialiste et donner des conseils avisés à ses représentants dans les instances de pouvoir), ne peut pas leur déplaire puisque, au péril de quelques ratés, imputables notamment à ce qu’ils appellent parfois des « bulles spéculatives », il tend à donner réalité à l’utopie ultraconséquente (comme certaines formes de folie) à laquelle ils consacrent leur vie."
Pierre Bourdieu - Le néo-libéralisme, utopie (en voie de réalisation) d'une exploitation sans limites (1998)
Posté dans Divers Sociologie
"Cette opposition entre la vision à long terme de "l'élite" éclairée et les pulsions à courte vue du peuple ou de ses représentants est typique de la pensée réactionnaire de tous les temps et de tous les pays ; mais elle prend aujourd'hui une forme nouvelle, avec la noblesse d'Etat, qui puise la conviction de sa légitimité dans le titre scolaire et dans l'autorité de la science, économique notamment : pour ces nouveaux gouvernants de droit divin, non seulement la raison et la modernité, mais aussi le mouvement, le changement, sont du côté des gouvernants, ministres, patrons ou "experts"; la déraison et l'archaïsme, l'inertie et le conservatisme du côté du peuple, des syndicats, des intellectuels critiques."
Pierre Bourdieu - Contre la destruction d'une civilisation (1995)
Posté dans Divers Economie
"Les membres les plus actifs de la profession, qui ont autour de 40-50 ans, se sont rassemblés dans une sorte de politburo qui définit la réflexion économiquement correcte. Depuis plusieurs décennies, ce salon a, comme on peut l'attendre d'un club de gentlemen, pris des positions erronées. Ils prédisent des désastres qui ne se manifestent jamais. Ils nient l'éventualité d'événements qui finalement se concrétisent. Ils offrent un fatalisme grandiloquent au sujet de problèmes soi-disant inévitables (par exemple les inégalités de salaires) qui ultérieurement se dissipent. Ils s'opposent à toute réforme simple, décente et raisonnable pour préférer des remèdes factices. Finalement, ils se montrent toujours surpris lorsqu'un événement malencontreux (tel qu'une récession) voit le jour. Et lorsqu'ils réalisent que telle position n'est plus soutenable, au lieu de réexaminer leurs idées antérieures, ils se contentent de changer de sujet. Dans ce salon, nul ne voit sa réputation entachée après s'être trompé. Personne ne se voit refuser une invitation aux réunions ultérieures."
James Galbraith - Comment les économistes se sont trompés (2000)
Posté dans Divers Economie
"Les inégalités salariales croissantes proviennent du changement technique" "Les hausses de qualification liées à l'évolution technologique" sont devenues, pendant les années 90, l'explication courante de la profession pour analyser l'éclatement des structures de rémunération. Traduisez : les "marchés" récompensent les plus talentueux et les plus clairvoyants, c'est-à-dire ceux qui ont acquis de nouvelles compétences techniques nécessaires à l'âge informatique. Cette opinion est largement remise en cause par ceux qui s'attachent à une vision sérieuse des faits. Entre autres, la disparité croissante des rémunérations, dont la périodisation a été mal faite dans les premières études sur le sujet, a commencé avant que l'utilisation des ordinateurs personnels ne se répande en masse. De plus, cette théorie ne peut expliquer le déclin de ces inégalités après 1994, au moment où la diffusion des ordinateurs et de l'information technologique s'accélérait."
James Galbraith - Comment les économistes se sont trompés (2000)
Posté dans Divers Sociologie
"Ce qui est sûr c’est qu’il y a un lien entre la pensée et le temps. Et un des problèmes majeurs que pose la télévision, c’est la question des rapports entre la pensée et la vitesse. Est-ce qu’on peut penser dans la vitesse ? Est-ce que la télévision, en donnant la parole à des penseurs qui sont censés penser à vitesse accélérée, ne se condamne pas à n’avoir jamais que des fast-thinkers, des penseurs qui pensent plus vite que leur ombre... Il faut en effet se demander pourquoi ils sont capables de répondre à ces conditions tout à fait particulières, pourquoi ils arrivent à penser dans des conditions où personne ne pense plus. La réponse est, me semble-t-il, qu’ils pensent par « idées reçues ». Les « idées reçues » dont parle Flaubert, ce sont des idées reçues par tout le monde, banales, convenues, communes ; mais ce sont aussi des idées qui, quand vous les recevez, sont déjà reçues, en sorte que le problème de la réception ne se pose pas. Or, qu’il s’agisse d’un discours, d’un livre ou d’un message télévisuel, le problème est de savoir si les conditions de réception sont remplies ; est-ce que celui qui écoute a le code pour décoder ce que je suis en train de dire ? Quand vous émettez une « idée reçue », c’est comme si c’était fait ; le problème est résolu. La communication est instantanée puisque, en un sens, elle n’est pas. Ou elle n’est qu’apparente. L’échange de lieux communs est une communication sans autre contenu que le fait même de la conversation. Les « lieux communs » qui jouent un rôle énorme dans la conversation quotidienne ont cette vertu que tout le monde peut les recevoir et les recevoir instantanément : par leur banalité, ils sont communs à l’émetteur et au récepteur. A l’opposé, la pensée est, par définition, subversive : elle doit commencer par démonter les « idées reçues » et elle doit ensuite démontrer. Quand Descartes parle de démonstration, il parle de longues chaînes de raisons. Ça prend du temps, il faut dérouler une série de propositions enchaînées par des « donc », « en conséquence », « cela dit », « étant entendu que »... Or, ce déploiement de la pensée pensante, est intrinsèquement lié au temps."
Pierre Bourdieu - Sur la télévision (1996)
Posté dans Divers Sociologie
"Un des enjeux des luttes politiques, à l'échelle des échanges quotidiens ou à l'échelle globale, est la capacité d’imposer des principes de vision du monde, des lunettes telles que les gens voient le monde selon certaines divisions (les jeunes et les vieux, les étrangers et les français). En imposant ces divisions, on fait des groupes, qui se mobilisent et qui, se faisant, peuvent parvenir à convaincre de leur existence, à faire pression et à obtenir des avantages."
Pierre Bourdieu - Sur la télévision (1996)
Posté dans Divers Sociologie
"A travers la maîtrise quasi absolue qu'ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d'imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Bien qu'ils n'en soient pas à proprement parler les producteurs directs, et que les expressions qu'ils en donnent dans les déclarations publiques de leurs dirigeants ne soient pas parmi les plus originales ou les plus subtiles, les grands groupes de communication contribuent pour une part décisive à la circulation quasi universelle de la doxa envahissante et insinuante du néo-libéralisme, dont il faudrait analyser en détail la rhétorique : monstres logiques tels que les constats normatifs (du type « l'économie se mondialise, il faut mondialiser notre économie » ; « les choses changent très vite, il faut changer »), les « déductions » sauvages, aussi péremptoires qu'abusives (« si le capitalisme l'emporte partout, c'est qu'il est inscrit dans la nature profonde de l'homme »), les thèses infalsifiables (« C'est en créant de la richesse que l'on crée de l'emploi », « trop d'impôt tue l'impôt », formule qui, pour les plus instruits, peut se recommander de la fameuse courbe de Laffer, dont une autre économiste, Roger Guesnerie, a démontré, - mais qui le sait ?-, qu'elle est indémontrableà), évidences si indiscutables que c'est le fait de les discuter qui paraît discutable (« L'État-providence et la sécurité du l'emploi appartiennent au passé » ; et « Comment peut-on défendre encore le principe d'un service public ? »), les paralogismes souvent tératologiques (du type « davantage de marché, c'est davantage d'égalité » ou « l'égalitarisme condamne des milliers de personnes à la misère »), les euphémismes technocratiques (« restructurer les entreprises » pour dire licencier ), et tant de notions ou de locutions toutes faites, sémantiquement à peu près indéterminées, banalisées et polies par l'usure d'un long usage automatique, qui fonctionnent comme des formules magiques, inlassablement répétées pour leur valeur incantatoire (« dérégulation », « chômage volontaire », « liberté des échanges », « libre circulation des capitaux », « compétitivité », « créativité, « révolution technologique », « croissance économique », « combattre l'inflation », « réduire la dette de l'État », « abaisser les coûts du travail », « réduire les dépenses sociales »). Imposée par un effet d'enveloppement continu, cette doxa finit par se présenter avec la force tranquille de ce qui va de soi."
Pierre Bourdieu - La culture est en danger (2000)
Posté dans Stratification sociale
"L'étude ethnographique du passage du collège au lycée permet de saisir simultanément, dans la trajectoire des lycéens, une série de changements importants : scolaire (de la troisième à la seconde), statutaire (du collégien au lycéen), géographique (de la cité HLM périphérique enclavée au centre-ville) et social (les années de lycée constituant souvent une période d’affiliations nouvelles et de désaffiliations par rapport au groupe des amis du collège). Ce passage permet alors de saisir sur le vif le "choc" culturel que constitue, pour les lycéens de Granvelle, la rencontre de cultures de classe opposées. Leurs récits de scolarité invitent aussi à analyser ensemble leur trajectoire et leur rapport au quartier. Pour le dire vite, on s’aperçoit que les « bons » élèves, c’est-à-dire ceux qui se sont appropriés la culture scolaire, s’adaptent mieux au lycée. « Pris » dans une logique d’acculturation scolaire et de réaffiliation sociale, ils sont tentés par des formes plus ou moins brutales de rupture avec le quartier. Tout se passe comme si le processus d’ascension scolaire devait se payer d’une prise de distance vis-à-vis de ce qui fonctionne comme un lieu de relégation spatiale et sociale. A l’opposé, ceux qui sont restés éloignés de la culture scolaire, qui ne se sentent pas à leur place au lycée et qui sont secrètement tenaillés par un sentiment d’illégitimité, sont davantage enclins à entretenir un lien étroit avec le quartier. Celui-ci continue à jouer pour eux le rôle de « matrice protectrice ». (…) Le quartier fonctionne alors comme un refuge et comme un entre-soi qui leur permet de se tenir à distance de la culture scolaire qu’ils laissent aux « autres »."
Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)
Posté dans Divers Sociologie
"Ce qui est sûr c’est qu’il y a un lien entre la pensée et le temps. Et un des problèmes majeurs que pose la télévision, c’est la question des rapports entre la pensée et la vitesse. Est-ce qu’on peut penser dans la vitesse ? Est-ce que la télévision, en donnant la parole à des penseurs qui sont censés penser à vitesse accélérée, ne se condamne pas à n’avoir jamais que des fast-thinkers, des penseurs qui pensent plus vite que leur ombre... (...) Il faut en effet se demander pourquoi ils sont capables de répondre à ces conditions tout à fait particulières, pourquoi ils arrivent à penser dans des conditions où personne ne pense plus. La réponse est, me semble-t-il, qu’ils pensent par « idées reçues ». Les « idées reçues » dont parle Flaubert, ce sont des idées reçues par tout le monde, banales, convenues, communes ; mais ce sont aussi des idées qui, quand vous les recevez, sont déjà reçues, en sorte que le problème de la réception ne se pose pas. Or, qu’il s’agisse d’un discours, d’un livre ou d’un message télévisuel, le problème est de savoir si les conditions de réception sont remplies ; est-ce que celui qui écoute a le code pour décoder ce que je suis en train de dire ? Quand vous émettez une « idée reçue », c’est comme si c’était fait ; le problème est résolu. La communication est instantanée puisque, en un sens, elle n’est pas. Ou elle n’est qu’apparente. L’échange de lieux communs est une communication sans autre contenu que le fait même de la conversation. Les « lieux communs » qui jouent un rôle énorme dans la conversation quotidienne ont cette vertu que tout le monde peut les recevoir et les recevoir instantanément : par leur banalité, ils sont communs à l’émetteur et au récepteur. A l’opposé, la pensée est, par définition, subversive : elle doit commencer par démonter les « idées reçues » et elle doit ensuite démontrer. Quand Descartes parle de démonstration, il parle de longues chaînes de raisons. Ça prend du temps, il faut dérouler une série de propositions enchaînées par des « donc », « en conséquence », « cela dit », « étant entendu que »... Or, ce déploiement de la pensée pensante, est intrinsèquement lié au temps."
Pierre Bourdieu - Sur la télévision (1996)
Posté dans Culture et Socialisation
« S’il est un changement certain, c’est bien celui de ce qu’on pouvait appeler la culture populaire, non sous l’effet de je ne sais quelle société de masse, car les clivages et les distances sociales restent tranchés, mais parce que les mécanismes anciens d’identification se sont brisés. »
François Dubet – La galère : jeunes en survie (1987)
Posté dans Travail et Emploi
"Le volume de l'emploi connaît d'amples variations, sans qu'il y ait de changements apparents ni dans les salaires réels minima exiges par la main- d'œuvre ni dans sa productivité. L'ouvrier n'est pas plus intransigeant en période de dépression qu'en période d'essor, bien au contraire. Il n'est pas vrai non plus que sa productivité physique diminue aux époques de crise. Ces faits d'observation forment donc un terrain préliminaire où l'on peut mettre en doute le bien-fondé de l'analyse classique."
John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936)
Posté dans Divers Sociologie
"Nous appellerons action économique « capitaliste » celle qui repose sur l'espoir d'un profit par l'exploitation des possibilités d'échange, c'est-à-dire sur des chances (formellement) pacifiques de profit. L'acquisition par la force (formelle et réelle) suit ses propres lois et il n'est pas opportun (mais comment l'interdire à quiconque?) de la placer dans la même catégorie que l'action orientée (en dernière analyse) vers le profit provenant de l'échange. Si l'acquisition capitaliste est recherchée rationnellement, l'action correspondante s'analysera en un calcul effectué en termes de capital."
Max Weber - L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1905)
Posté dans Divers Economie
"Pour moi, le principe directeur de la société postindustrielle est le développement du savoir, l’essor des connaissances et leur codification. Le savoir est source d’innovation. C’est aujourd’hui la principale « matière première » du changement. Par exemple, l’innovation technologique qui est au cœur de la productivité exige un haut niveau de formation générale et de recherche. D’où l’essor dans nos sociétés du nombre de chercheurs, d’ingénieurs de techniciens, d’enseignants."
Daniel Bell - Interview dans Sciences Humaines (Décembre 1995)
Posté dans Stratification sociale
"La classe moyenne apporte avec elle un élément sociologique entièrement nouveau. Ce n'est pas seulement une troisième classe ajoutée aux deux autres et qui n'en diffère qu'en degrés, comme elles diffèrent elles-mêmes l'une de l'autre. Ce qu'elle a de vraiment original, c'est qu'elle fait de continuels échanges avec les deux autres classes et que ces fluctuations perpétuelles effacent les frontières et les remplacent par des transitions parfaitement continues. Car ce qui fait la vraie continuité de la vie collective, ce n'est pas que les degrés de l'échelle sociale soient peu distants les uns des autres - ce qui serait encore de la discontinuité - ; c'est que les individus puissent librement circuler du haut ou bas de cette échelle."
Georg Simmel - Comment les formes sociales se maintiennent (1896)
Posté dans Divers Sociologie
"Des changements profonds se sont produits, et en très peu de temps, dans la structure de nos sociétés ; elles se sont affranchies du type segmentaire avec une rapidité et dans des proportions dont on ne trouve pas un autre exemple dans l'histoire. Par suite, la morale qui correspond à ce type social a régressé, mais sans que l'autre se développât assez vite pour remplir le terrain que la première laissait vide dans nos consciences. Notre foi s'est troublée ; la tradition a perdu de son empire ; le jugement individuel s'est éman¬cipé du jugement collectif. Mais, d'un autre côté, les fonctions qui se sont dissociées au cours de la tourmente n'ont pas eu le temps de s'ajuster les unes aux autres, la vie nouvelle qui s'est dégagée comme tout d'un coup n'a pas pu s'organiser complètement, et surtout ne s'est pas organisée de façon à satisfaire le besoin de justice qui s'est éveillé plus ardent dans nos cœurs. S'il en est ainsi, le remède au mal n'est pas de chercher à ressusciter quand même des traditions et des pratiques qui, ne répondant plus aux conditions présentes de l'état social, ne pourraient vivre que d'une vie artificielle et apparente. Ce qu'il faut, c'est faire cesser cette anomie, c'est trouver les moyens de faire concourir harmoniquement ces organes qui se heurtent encore en des mouvements discordants, c'est introduire dans leurs rapports plus de justice en atténuant de plus en plus ces inégalités extérieures qui sont la source du mal. Notre malaise n'est donc pas, comme on semble parfois le croire, d'ordre intellectuel ; il tient à des causes plus profondes. Nous ne souffrons pas parce que nous ne savons plus sur quelle notion théorique appuyer la morale que nous pratiquions jusqu'ici ; mais parce que, dans certaines de ses parties, cette morale est irrémédiablement ébranlée, et que celle qui nous est nécessaire est seulement en train de se former. Notre anxiété ne vient pas de ce que la critique des savants a ruiné l'explication traditionnelle qu'on nous donnait de nos devoirs et, par conséquent, ce n'est pas un nouveau système philosophique qui pourra jamais la dissiper; mais c'est que, certains de ces devoirs n'étant plus fondés dans la réalité des choses, il en est résulté un relâchement qui ne pourra prendre fin qu'à mesure qu'une discipline nouvelle s'établira et se consolidera. En un mot, notre premier devoir actuellement est de nous faire une morale. Une telle oeuvre ne saurait s'improviser dans le silence du cabinet ; elle ne peut s'élever que d'elle-même, peu à peu, sous la pression des causes internes qui la rendent nécessaire. Mais ce à quoi la réflexion peut et doit servir, c'est à marquer le but qu'il faut atteindre. C'est ce que nous avons essayé de faire."
Emile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Conflits et Mobilisations
"A un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors, et qui ne sont que l’expression juridique. Hier encore formes de développement des forces productives, ces conditions se changent en de lourdes entraves. Alors commence une ère de révolution sociale."
Karl Marx - Avant-propos à la critique de l'économie politique (1859)
Posté dans Mondialisation
"Mais en général de nos jours le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l'extrême l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C'est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange."
Karl Marx - Discours sur le libre échange
Posté dans Intégration et Solidarité
"La nouveauté est la prise en charge croissante de problèmes par l’individu lui-même, à tous les échelons de la société. Le nombre de mécanismes sociaux qui favorisaient les automatismes de comportements ou d’attitudes a largement diminué au profit de normes incitant à la décision personnelle, qu’il s’agisse de recherche d’emploi, de vie de couple, d’éducation, de manière de travailler ou de se conserver en bonne santé : dans ces domaines et dans d’autres encore, nous sommes incités à être responsables de nous-mêmes. La vie était vécue par la plupart des gens comme un destin collectif, elle est aujourd’hui une histoire personnelle. Chacun, désormais indubitablement confronté à l’incertain, doit s’appuyer sur lui-même pour inventer sa vie, lui donner un sens et s’engager dans l’action. Ce changement de situation de l’individualité, cette prise en charge personnelle là où régnaient des règles comportementales fixes constitue une tendance de fond des sociétés démocratiques avancées."
Alain Ehrenberg - L'individu incertain
Posté dans Intégration et Solidarité
"On s'achemine ainsi peu à peu vers un état, qui est presque atteint dès maintenant, et où les membres d'un même groupe social n'auront plus rien de commun entre eux que leur qualité d'homme, que les attributs constitutifs de la personne humaine en général. Cette idée de la personne humaine, nuancée différemment suivant la diversité des tempéraments nationaux, est donc la seule qui se maintienne, immuable et impersonnelle, par-dessus le flot changeant des opinions particulières ; et les sentiments qu'elle éveille sont les seuls qui se retrouvent à peu près dans tous les cœurs. La communion des esprits ne peut plus se faire sur des rites et des préjugés définis puisque rites et préjugés sont emportés par le cours des choses ; par suite, il ne reste plus rien que les hommes puissent aimer et honorer en commun, si ce n'est l'homme lui-même. Voilà comment l'homme est devenu un dieu pour l'homme et pourquoi il ne peut plus, sans se mentir à soi-même, se faire d'autres dieux. Et comme chacun de nous incarne quelque chose de l'humanité, chaque conscience individuelle a en elle quelque chose de divin, et se trouve ainsi marquée d'un caractère qui la rend sacrée et inviolable aux autres. Tout l'individualisme est là ; et c'est là ce qui en fait la doctrine nécessaire. Car, pour en arrêter l'essor, il faudrait empêcher les hommes de se différencier de plus en plus les uns des autres, niveler leurs personnalités, les ramener au vieux conformisme d'autrefois, contenir, par conséquent, la tendance des sociétés à devenir toujours plus étendues et plus centralisées, et mettre un obstacle aux progrès incessants de la division du travail ; or une telle entreprise, désirable ou non, dépasse infiniment toutes les forces humaines."
Emile Durkheim - L'individualisme et les intellectuels
Posté dans Mondialisation
"Le commerce des marchandises n’est peut être que la moindre des choses dont bénéficie une société ouverte. L’échange direct des idées, des méthodes, l’émulation d’une réussite ailleurs peuvent jouer un rôle tout aussi capital."
Rudiger Dornbusch
Posté dans Mondialisation
"Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l'extrême l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C'est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange."
Karl Marx - Discours sur le libre-échange
Posté dans Intégration et Solidarité
"Si l'on peut parler d'une remontée de l'insécurité aujourd'hui, c'est dans une large mesure parce qu'il existe des franges de la population désormais convaincues qu'elles sont laissées sur le bord du chemin, impuissantes à maîtriser leur avenir dans un monde de plus en plus changeant."
Robert Castel - L'insécurité sociale
Posté dans Travail et Emploi
"C'est être victime d'une véritable fiction que de partir de la relation travail-salaire pour en déduire qu'il existe un authentique marché du travail. Cette fiction a été utilisée pour interpréter l'activité économique en termes d'économie d'échange. Nécessaire à la théorie de l'équilibre général des marchés comme le commissaire-priseur ou crieur de prix de Walras est nécessaire à la théorie de l'information parfaite conduisant à l'équilibre des prix et des quantités, le marché du travail n'est qu une fiction théorique qui ne correspond pas à une réalité effective."
Alain Barrère - La crise n'est pas ce que l'on croit
Posté dans Etat
"Des circonstances économiques changeantes requièrent une politique économique souple, et il est impossible de dire d'avance quelles seront les politiques appropriées. ... Le fait est qu'aucun gouvernement ne peut rester les bras croisés devant 10,15, ou 20 pour cent de sa population active inemployée. ... Les nouveaux économistes keynésiens pensent également qu'il est pratiquement impossible de concevoir des normes fixes dans une économie en évolution rapide."
Joseph Stiglitz
Posté dans Stratification sociale
"Les paysans parcellaires constituent une masse énorme dont les membres vivent tous dans la même situation mais sans être unis les uns aux autres par des rapports variés. Leur mode de production les isole les uns des autres, au lieu de les amener à des relations réciproques. Cet isolement est encore aggravé par le mauvais état des moyens de communication en France et par la pauvreté des paysans. L'exploitation de la parcelle ne permet aucune division du travail, aucune utilisation des méthodes scientifiques, par conséquent, aucune diversité de développement, aucune variété de talents, aucune richesse de rapports sociaux. Chacune des familles paysannes se suffit presque complètement à elle-même, produit directement elle-même la plus grande partie de ce qu'elle consomme et se procure ainsi ses moyens de subsistance bien plus par un échange avec la nature que par un échange avec la société. La parcelle, le paysan et sa famille ; à côté, une autre parcelle, un autre paysan et une autre famille. Un certain nombre de ces familles fondent un village et un certain nombre de villages un département. Ainsi, la grande masse de la nation française est constituée par une simple addition de grandeurs de même nom, à peu près de la même façon qu'un sac rempli de pommes de terre forme un sac de pommes de terre. Dans la mesure où des millions de familles paysannes vivent dans des conditions économiques qui les séparent les unes des autres et opposent leur genre de vie, leurs intérêts et leur culture à ceux des autres classes de la société, elles constituent une classe. Mais elles ne constituent pas une classe dans la mesure où il n'existe entre les paysans parcellaires qu'un lien local et où la similitude de leurs intérêts ne crée entre eux aucune communauté, aucune liaison nationale ni aucune organisation politique."
Karl Marx - Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte
Posté dans Stratification sociale
"Répulsion, hiérarchie, spécialisation héréditaire, l'esprit de caste réunit ces trois tendances. Il faut les retenir toutes trois si l'on veut obtenir une définition complète du régime des castes. Nous dirons qu'une société est soumise à ce régime si elle est divisée en un grand nombre de groupes héréditairement spécialisés, hiérarchiquement superposés, et mutuellement opposés – si elle ne tolère en principe ni parvenus, ni métis, ni transfuges de la profession – si elle s'oppose à la fois aux mélanges de sangs, aux conquêtes de rangs et aux changements de métiers."
Céléstin Bouglé - Essai sur le régime des castes
Posté dans Culture et Socialisation
"La réinterprétation affecte tous les aspects du changement culturel. C'est le processus par lequel d'anciennes significations sont attribuées à des éléments nouveaux ou par lequel de nouvelles valeurs changent la signification culturelle de formes anciennes."
Melville Herskovits - Les bases de l'anthropologie culturelle
Posté dans Economie de marché
"La reine Elizabeth possédait des bas de soie. L'achèvement capitaliste n'a pas consisté spécifiquement à procurer aux reines davantage de ces bas, mais à les mettre à la portée des ouvrières d'usine, en échange de quantités de travail constamment décroissantes."
Joseph Schumpeter - Capitalisme, socialisme et démocratie
Posté dans Monnaie
"Un système de taux de change flexibles ou flottants - de taux de change librement déterminés sur un marché libre, essentiellement par le biais de transactions privées, et comme tout autre prix de marché, à même de varier au jour le jour - est absolument essentiel à l'accomplissement de notre objectif économique fondamental, l'émergence et l'instauration durable d'une communauté mondiale libre et prospère, pratiquant un commerce multilatéral sans restrictions. Il n'existe pas de secteur de la politique économique internationale dans lequel le système de taux de change fixe ne crée pas de difficultés sérieuses et inutiles."
Milton Friedman - Journal of Political economy
Posté dans Monnaie
"Le Gold Exchange Standard a accompli cette immense révolution de livrer au pays pourvu d'une monnaie bénéficiant d'un prestige international, le merveilleux secret du déficit sans pleurs qui permet de donner sans prendre, de prêter sans emprunter et d'acquitter sans payer."
Jacques Rueff - L'âge de l'inflation
Posté dans Mondialisation
"Si les taux de change ne correspondent pas à l'équilibre des balances commerciales, le libre-échange ne peut être que nuisible et fondamentalement désavantageux pour tous les pays participants."
Maurice Allais - Combats pour l'Europe
Posté dans Croissance
"Sauf domination politique ou violences directes, la dépendance ne peut être la cause du retard économique; elle en est l'effet. On a la dépendance de son sous-développement et non le sous-développement de sa dépendance."
Arghiri Emmanuel - L'échange inégal
Posté dans Mondialisation
"L'Ecole méconnait complètement la nature des rapports économiques entre les peuples quand elle croit que l'échange des produits agricoles contre des produits manufacturés est tout aussi utile à la civilisation, à la prospérité et en général aux progrès sociaux de pareilles nations que l'établissement dans leur propre sein d'une industrie manufacturière."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"La protection douanière est notre voie, le libre-échange est notre but."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"Tout commerce, soit entre les nations, soit entre les individus, est un échange de marchandises dans lequel les objets que chacun offre constituent ses moyens de payer ce qu'il demande : les marchandises offertes par l'un forment sa demande pour celles qui sont apportées par l'autre, et réciproquement."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Divers Economie
"Notre économie change jour après jour et, en ce sens, elle est toujours "nouvelle"."
Alan Greenspan
Posté dans Mondialisation
"Le problème avec le libre-échange n'est pas que j'achète aux autres, c'est qu'ils ne m'achètent rien."
Lee Iacocca
Posté dans Croissance
"Tout ce qui croît change en croissant."
François Perroux - Le capitalisme
Posté dans Contrôle social et Déviance
"Pour que, dans une société donnée, les actes réputés criminels pussent cesser d'être commis, il faudrait donc que les sentiments qu'ils blessent se retrouvassent dans toutes les consciences individuelles sans exception et avec le degré de force nécessaire pour contenir les sentiments contraires. Or, à supposer que cette condition pût être effectivement réalisée, le crime ne disparaîtrait pas pour cela, il changerait seulement de forme ; car la cause même qui tarirait ainsi les sources de la criminalité en ouvrirait immédiatement de nouvelles."
Emile Durkheim - Les règles de la méthode sociologique
Posté dans Contrôle social et Déviance
"Le crime ne s'observe pas seulement dans la plupart des sociétés de telle ou telle espèce, mais dans toutes les sociétés de tous les types. Il n'en est pas où il n'existe une criminalité. Elle change de forme, les actes qui sont ainsi qualifiés ne sont pas partout les mêmes ; mais, partout et toujours, il y a eu des hommes qui se conduisaient de manière à attirer sur eux la répression pénale. (...) Il n'est donc pas de phénomène qui présente de la manière la plus irrécusée tous les symptômes de la normalité, puisqu'il apparaît comme étroitement lié aux conditions de toute vie collective. Faire du crime une maladie sociale, ce serait admettre que la maladie n'est pas quelque chose d'accidentel, mais, au contraire, dérive, dans certains cas, de la constitution fondamentale de l'être vivant ; ce serait effacer toute distinction entre le physiologique et le pathologique."
Emile Durkheim - Les règles de la méthode sociologique
Posté dans Contrôle social et Déviance
"Non seulement le droit et la morale varient d'un type social à l'autre, mais encore qu'ils changent pour un même type si les conditions de l'existence collective se modifient."
Emile Durkheim - Les règles de la méthode sociologique
Posté dans Travail et Emploi
"Tout chômage quelconque a uniquement sa cause dans le fait que des changements dans les conditions de la demande ont lieu sans cesse, et que les résistances de frictions empêchent que l'ajustement des salaires appropriés ne s'effectue instantanément."
Arthur Cecil Pigou - La théorie du chômage
Posté dans Monnaie
"Il est tout à fait normal de haïr le métier d'usurier du fait que son patrimoine lui vient de l'argent lui-même, et que celui-ci n'a pas été inventé pour cela. Car il a été fait pour l'échange, alors que l'intérêt ne fait que le multiplier. Et c'est de là qu'il a pris son nom : les petits, en effet, sont semblables à leurs parents, et l'intérêt est de l'argent né d'argent. Si bien que cette façon d'acquérir est la plus contraire à la nature."
Aristote - Les politiques
Posté dans Monnaie
"La formule d'une banque centrale indépendante rappelle qu'il est essentiel d'éviter que la politique monétaire devienne une amusette au jour le jour, à la merci de n'importe quel caprice des autorités monétaires en exercice. C'est une solution rationnelle si on la considère comme une sorte de constitution. L'argument implicite des partisans d'une banque centrale indépendante (autant que je sache, car leur point de vue n'a jamais été exposé de manière explicite) consiste à dire que le contrôle sur la monnaie constitue une des prérogatives essentielles de l'État, comparable à l'exercice des pouvoirs législatif, judiciaire ou administratif... (...) Jusqu'à présent, j'ai relevé ce que je considère comme deux défauts techniques principaux d'une banque centrale indépendante, du point de vue économique : d'une part, la dispersion des responsabilités, qui favorise le rejet des responsabilités en période d'incertitude et de difficultés et, d'autre part, l'importance des questions de personnes, qui accroît l'instabilité provoquée par les changements de dirigeants du système et par les différences de personnalité de ces dirigeants.
Le troisième défaut technique réside dans le fait qu'une banque centrale indépendante aurait tendance à accorder une importance exagérée au point de vue des banquiers. Il est extrêmement important de distinguer deux problèmes que l'on confond trop souvent : le problème de la politique du crédit et le problème de la politique monétaire. Dans notre type de système monétaire ou bancaire, la création de monnaie a tendance à se situer dans le prolongement d'un élargissement du crédit, bien que, conceptuellement, la création d'un supplément de monnaie et l'élargissement du crédit soient deux choses très différentes. On pourrait envisager un système monétaire sans lien particulier avec les instruments du crédit ; ce serait le cas par exemple d'un étalon complètement automatique, n'utilisant comme monnaie que le bien monétaire proprement dit ou les dépôts…On retrouve donc ici le problème de l'éparpillement des responsabilités et du risque d'accorder une liberté trop importante aux autorités monétaires. Il existe sans doute une relation étroite entre la politique monétaire et le niveau général des prix, mais cette relation n'est pas assez spécifique pour que l'on puisse parvenir à la stabilité des prix en faisant appel aux interventions au jour le jour des autorités."
Milton Friedman - Inflation et système monétaire
Posté dans Monnaie
"Aujourd’hui, les changements concernant la quantité de monnaie sont le résultat de la politique gouvernementale, ce qui revient à dire que l’inflation des Etats-Unis se crée à Washington et nulle part ailleurs"
Milton Friedman - Inflation et système monétaire
Posté dans Divers Economie
"La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale. La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu'on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages. La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n'être que de simples rapports d'argent."
Karl Marx et Friedrich Engels - Le manifeste du parti communiste
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"L'intérêt est la récompense de la renonciation à la liquidité pour une période déterminée. Car le taux d'intérêt n'est pas autre chose que l'inverse du rapport existant entre une somme de monnaie et ce qu'on peut obtenir en abandonnant la libre disposition de cette somme en échange d'une créance.»
John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"Le taux d'intérêt représente le prix de l'échange entre les biens présents et futurs (...). Il tient à un facteur subjectif : la préférence marginale pour le présent et à un élément objectif : l'opportunité d'investir."
Irving Fisher - La théorie de l'intérêt
Posté dans Production
"Pour pouvoir tirer une valeur échangeable de la valeur usuelle d'une marchandise, il faudrait que l'homme aux écus eût l'heureuse chance de découvrir au milieu de la circulation, sur le marché même, une marchandise dont la valeur usuelle possédât la vertu particulière d'être source de valeur échangeable, de sorte que la consommer, serait réaliser du travail et par conséquent, créer de la valeur. Et notre homme trouve effectivement sur le marché une marchandise douée de cette vertu spécifique, elle s'appelle puissance de travail ou force de travail."
Karl Marx - Le capital
Posté dans Production
"La cause du profit est que le travail produit plus qu’il n’est nécessaire pour son entretien. (...) Ainsi nous voyons que les profits naissent, non du jeu des échanges, mais de la puissance productive du travail."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"L'économie politique pure est essentiellement la théorie de la détermination des prix sous un régime hypothétique de la libre concurrence .... Supposons d'abord un marché où se vendent et s'achètent, autrement dit où s'échangent, seulement des objets de consommation et des services consommables, la vente du service se faisant par la location du capital. Des prix ou des rapports d'échange de tous ces objets ou services en l'un d'entre eux pris pour numéraire, étant criés au hasard, chaque échangeur offre, à ces prix des objets ou services dont il estime avoir relativement trop et demande des objets ou services dont il estime n'avoir relativement pas assez pour sa consommation durant une certaine période de temps. Ces quantités effectivement demandées et offertes de chaque objet étant ainsi déterminées, on fait la hausse du prix de ceux dont la demande excède l'offre et la baisse du prix de ceux dont l'offre excède la demande. Aux nouveaux prix ainsi créés chaque échangeur offre et demande des questions nouvelles. Et l'on fait encore la hausse ou la baisse des prix jusqu'à ce que la demande et l'offre de chaque objet ou service soient égales. Alors, les prix sont prix courants d'équilibre, et l'échange s'effectue."
Léon Walras - Eléments de théorie économique pure
Posté dans Economie de marché
"Le prix réel de chaque chose, ce qu'elle coûte réellement à la personne qui a besoin de l'acquérir, est l'équivalent de la peine et de l'embarras qu'il a fallu pour l'acquérir. Ce que chaque chose vaut réellement pour celui qui l'a acquise, et qui cherche à en disposer, ou à l'échanger pour quelque autre objet, c'est la peine et l'embarras que cette chose peut lui épargner, et qu'elle a le pouvoir de rejeter sur d'autres personnes."
Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
Posté dans Economie de marché
"Les choses, une fois qu'elles sont reconnues utiles par elles-mêmes, tirent leur valeur échangeable de deux sources, de leur rareté, et de la quantité de travail nécessaire pour les acquérir."
David Ricardo - Principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Economie de marché
"Adam Smith a remarqué que le mot valeur a deux significations différentes, et exprime, tantôt l'utilité d'un objet quelconque, tantôt la faculté que cet objet transmet à celui qui le possède, d'acheter d'autres marchandises. Dans un cas la valeur prend le nom de valeur en usage ou d'utilité ; dans l'autre celui de valeur en échange... Ce n'est donc pas l'utilité qui est la mesure de la valeur échangeable quoiqu'elle lui soit absolument essentielle."
David Ricardo - Des Principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Production
"Dans le passé, la direction de l'entreprise s'identifiait avec l'entrepreneur, c'est-à-dire l'individu qui joignait au contrôle du capital la capacité d'organiser les autres agents de production et, dans la plupart des cas, une aptitude à l'innovation. Avec la croissance des grosses sociétés, avec l'apparition de l'organisation qu'exigent la technologie et la planification modernes, et avec le divorce survenu entre la propriété du capital et la direction effective de l'entreprise, l'entrepreneur n'existe plus en tant que personne individuelle dans la firme industrielle évoluée. Les conversations quotidiennes, contrairement aux manuels d'économie, reconnaissent ce changement. Elles ont substitué à l'entrepreneur, force dirigeante de l'entreprise, « la direction » - le « management ». C'est une entité collective et imparfaitement définie ; dans les grosses sociétés, elle englobe le président, l'administrateur délégué, les directeurs généraux ou directeurs ayant la responsabilité d'effectifs ou de départements importants, les titulaires des autres principaux postes d'état-major, et peut-être les chefs de divisions ou de services non inclus parmi les précédents. Elle ne comprend cependant qu'une petite proportion de ceux qui contribuent, en y participant, à l'information des groupes de décision. L'ensemble de ceux-ci est beaucoup plus vaste : il va des responsables les plus élevés de la firme jusqu'à sa périphérie, au contact des travailleurs à col blanc et à col bleu dont la fonction est de se conformer plus ou moins mécaniquement aux instructions ou aux routines ; il englobe tous ceux qui apportent des connaissances spécialisées, du talent, ou de l'expérience aux groupes de prise de décision. C'est lui et non plus l'étroit groupe directorial qui est l'intelligence directrice - le cerveau - de l'entreprise. Il n'y a pas de nom pour l'ensemble de ceux qui participent aux prises de décision de groupe ni pour l'organisation qu'ils constituent. Je propose d'appeler cette organisation la Technostructure."
John Kenneth Galbraith - Le nouvel Etat industriel
Posté dans Travail et Emploi
"En fait, le travail n'a plus véritablement besoin d'être libéré, puisqu'il est à l'origine d'avantages certains, en particulier de la participation aux fruits de la croissance : l'Etat social a réussi à substituer à l'utopie socialiste d'un travail libéré une visée plus simple, qui consiste à fournir au travailleur, en échange de son effort, une somme croissante de bien-être et à lui garantir le plein-emploi. Le XXe siècle n'est plus celui du travail mais de l'emploi : il revient à l'Etat de garantir à chacun un poste à partir duquel il aura accès aux richesses et une place dans la vie sociale."
Dominique Méda - Le travail, une valeur en voie de disparition
Posté dans Travail et Emploi
"A la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures; il se situe donc, par sa nature même, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. Tout comme l'homme primitif, l'homme civilisé est forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins, conserver et reproduire sa vie; cette contrainte existe pour l'homme dans toutes les formes de la société et sous tous les types de production. Avec son développement, cet empire de la nécessité naturelle s'élargit parce que les besoins se multiplient; mais, en même temps, se développe le processus productif pour les satisfaire. Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu'en ceci : les producteurs associés - l'homme socialisé - règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d'être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et ils les accomplissent en dépensant le moins d'énergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. Mais l'empire de la nécessité n'en subsiste pas moins. C'est au-delà que commence l'épanouissement de la puissance humaine qui est sa propre fin, le véritable règne de la liberté qui, cependant, ne peut fleurir qu'en se fondant sur ce règne de la nécessité. La réduction de la journée de travail est la condition fondamentale de cette libération."
Karl Marx - Le capital
Posté dans Travail et Emploi
"A mesure que la grande industrie se développe, la création de richesses en vient à dépendre moins du temps de travail et de la quantité de travail utilisée, que de la puissance des agents qui sont mis en mouvement pendant la durée du travail.(...) Dés que le travail, sous sa forme immédiate, a cessé d'être la source principale de la richesse, le temps de travail cesse et doit cesser d'être sa mesure, et la valeur d'échange cesse donc aussi d'être la mesure de la valeur d'usage."
Karl Marx - Principes d'une critique de l'économie politique
Posté dans Stratification sociale
"Par contre on peut observer une « convergence normative » entre certains groupes de manuels et de non-manuels, ce qui constitue une interprétation plus plausible que celle de l'embourgeoisement pour expliquer les changements survenant aux zones frontières de la classe ouvrière et des classes moyennes. Chez les cols blancs, ce processus implique essentiellement une évolution de leur individualisme traditionnel vers une plus grande confiance dans les moyens collectifs pour réaliser leurs objectifs économiques ; il se manifeste chez les travailleurs manuels par l'abandon d'une forme de vie sociale orientée vers la communauté, la famille et son avenir devenant alors les préoccupations principales. On peut parler à cet égard de privatisation des modes de vie."
David Lockwood et John Goldthorpe - L'Ouvrier de l'abondance
Posté dans Stratification sociale
"Est-il bien justifié d'accorder une telle importance à l'accroissement de l'aisance matérielle et à l'évolution des modes de résidence en zone urbaine, en tant que facteurs susceptibles d'entraîner à eux seuls une restructuration radicale de la hiérarchie des strates sociales ? Ces changements peuvent sans aucun doute influencer très profondément les conditions et l'environnement matériels des membres de la classe ouvrière. Ils modifieront par exemple les revenus, les types de maison, les lieux de résidence, etc. Mais, au sens où nous l'entendons, la stratification est avant tout une question de relations sociales, qui seront indiscutablement appelées à se transformer ; mais cela n'entraînera pas nécessairement un changement dans la structure des classes et des statuts, ni dans les positions occupées par les individus ou les groupes à l'intérieur de ces structures. Un ouvrier d'usine peut voir son niveau de vie doubler et cependant rester quelqu'un qui vend son travail à un employeur en échange d'un salaire ; il peut travailler à un pupitre de commande plutôt que dans une chaîne d'assemblage, tout en demeurant un rouage secondaire dans l'organisation de la production ; il peut habiter sa propre maison, dans un quartier ou dans une banlieue où prédominent les classes moyennes, sans s'insérer pour autant dans l'univers social des cols blancs. En résumé, les rapports de classe et de statut n'évoluent pas obligatoirement en fonction des changements dans l'infrastructure économique, technologique et écologique de la vie sociale."
David Lockwood et John Goldthorpe - L'Ouvrier de l'abondance
Posté dans Divers Economie
"Les philosophes ont seulement interprété différemment le monde, ce qui importe, c'est de le changer."
Karl Marx - Thèses sur Feuerbach
Posté dans Economie de marché
"Cette division du travail, de laquelle découlent tant d'avantages, ne doit pas être regardée dans son origine comme l'effet d'une sagesse humaine qui ait prévu et qui ait eu pour but cette opulence générale qui en est le résultat, elle est la conséquence nécessaire, quoique lente et graduelle, d'un certain penchant naturel à tous les hommes, qui ne se proposent pas des vues d'utilité aussi étendues : c'est le penchant qui les porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d'une chose pour une autre."
Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
Posté dans Monnaie
"Le fait que l’on assimile mon système de taxation des opérations de change à une réforme de gauche reste pour moi une énigme."
James Tobin
Posté dans Etat
"Et c'est pourquoi il appartient à la République (c'est-à-dire au souverain) de fixer la manière dont tous les types de contrats entre sujets (d'achat, de vente, d'échange, d'emprunt, de prêt, de location ) doivent être faits, et les termes et signes qui rendront ces contrats valides."
Posté dans Divers Economie
"Les troupeaux innombrables de moutons qui couvrent aujourd'hui toute l'Angleterre. Ces bêtes, si douces, si sobres partout ailleurs, sont chez vous tellement voraces et féroces qu'elles mangent même les hommes, et dépeuplent les campagnes, les maisons et les villages. En effet, sur tous les points du royaume, où l'on recueille la laine la plus fine et la plus précieuse, accourent, pour se disputer le terrain, les nobles, les riches, et même de très saints abbés. Ces pauvres gens n'ont pas assez de leurs rentes, de leurs bénéfices, des revenus de leurs terres ; ils ne sont pas contents de vivre au sein de l'oisiveté et des plaisirs, à charge au public et sans profit pour l'État. Ils enlèvent de vastes terrains à la culture, les convertissent en pâturages, abattent les maisons, les villages, et n'y laissent que le temple, pour servir d'étable à leurs moutons. Ils changent en déserts les lieux les plus habités et les mieux cultivés. Ils craignent sans doute qu'il n'y ait pas assez de parcs et de forêts, et que le sol ne manque aux animaux sauvages."
Thomas More - L'utopie
Posté dans Culture et Socialisation
"De même qu'un seul élément peut avoir plusieurs fonctions, de même une seule fonction peut être remplie par des éléments interchangeables. (...) En opposition à ce concept implicite de formes culturelles indispensables (institutions, pratiques standardisées, système de croyance, etc.) nous trouvons donc le concept d'équivalents fonctionnels ou de substituts fonctionnels."
Robert Merton - Eléments de théorie et de méthode sociologique
Posté dans Culture et Socialisation
"L'acculturation comprend les phénomènes qui résultent du contact culturel direct et continu entre des groupes d'individus de culture différente, entraînant des changements dans les modèles culturels initiaux de l'un ou des deux groupes."
Melville Herskovits, Robert Redfield et Ralph Linton - Mémorandum pour l'étude de l'acculturation
Posté dans Intégration et Solidarité
"L'ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyenne des membres d'une même société forme un système déterminé qui a sa vie propre; on peut l'appeler la conscience collective ou commune. Sans doute, elle n’a pas pour substrat un organe unique ; elle est, par définition, diffuse dans toute l’étendue de la société ; mais elle n’en a pas moins des caractères spécifiques qui en font une réalité distincte. En effet, elle est indépendante des conditions particulières où les individus se trouvent placés ; ils passent, et elle reste. Elle est la même au Nord et au Midi, dans les grandes villes et dans les petites, dans les différentes professions. De même, elle ne change pas à chaque génération, mais elle relie au contraire les unes aux autres les générations successives. Elle est donc tout autre chose que les consciences particulières, quoiqu’elle ne soit réalisée que chez les individus."
Emile Durkheim - De la division du travail social
Posté dans Travail et Emploi
"Il n'est presque pas possible de prendre deux marchandises de différentes sortes dont on trouvera qu'elles s'échangent l'une contre l'autre proportionnellement à la quantité de travail utilisée pour chacune d'elles."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"La valeur en échange est le rapport d'un objet à un ou plusieurs objets susceptibles d'être échangés."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Qu'elles soient des produits de la manufacture, de la mine ou de la terre, toutes les marchandises ont une valeur d'échange qui est toujours déterminée non par la plus petite quantité de travail qui suffit pour les produire dans des conditions très favorables - dont ne bénéficierait que les producteurs disposant de facilités de production particulières - mais par la plus grande quantité de travail que doivent nécessairement consacrer a leur production ceux qui ne disposent pas de ces facilités et qui continuent à produire dans les circonstances les plus défavorables."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Dans cet état grossier des sociétés naissantes, qui précède l'accumulation des capitaux, et l'appropriation des terres, le rapport entre la quantité de travail nécessaire pour acquérir chaque objet parait la seule donnée qui puisse conduire à poser une règle pour l'échange des uns contre les autres. Par exemple, chez un peuple de chasseurs, s'il en coûte habituellement deux fois plus de peine pour tuer un castor que pour tuer un daim, naturellement un castor s'échangera contre deux daims et vaudra deux daims. Il est tout simple que ce qui est d'ordinaire le produit de deux journées ou de deux heures de travail, vaille le double de ce qui n'exige ordinairement qu'un jour ou une heure de travail."
Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
Posté dans Travail et Emploi
"Le travail est la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise."
Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
Posté dans Economie de marché
"Il n'y a rien de plus utile que l'eau, mais elle ne peut presque rien acheter: à peine y a-t-il moyen de rien avoir en échange. Un diamant au contraire n'a presque aucune valeur quant à l'usage, mais on trouvera fréquemment à l'échanger contre une très grande quantité d'autres marchandises."
Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
Posté dans Divers Economie
"Il est donc évident que les échanges avec les colonies peuvent être réglés de telle sorte qu'ils soient à la fois moins profitables aux colonies, et plus profitables à la métropole qu'un libre échange parfait."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Mondialisation
"Pendant des siècles, l'Angleterre a pu bénéficier d'un régime de protection qu'elle a poussé à l'extrême. (...) Sans nul doute, c'est à ce système qu'elle doit sa puissance actuelle. Au bout de deux siècles, l'Angleterre a trouvé bon d'adopter le libre échange parce qu'elle pense que la protection ne peut plus rien lui apporter. Eh bien, messieurs, ce que je sais de mon pays me porte à croire que d'ici deux siècles, lorsque l'Amérique aura tiré tout ce qu'elle peut d'un système de protection, elle aussi adoptera le libre échange."
Ulysses Grant - Discours
Posté dans Production
"Salaire, profit, rente sont les trois sources primitives de tout revenu, aussi bien que de toute valeur échangeable. Tout autre revenu dérive, en dernière analyse, de l'une ou de l'autre de ces trois sources."
Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
Posté dans Economie de marché
"Les prix ou les rapports des valeurs d'échange sont égaux aux inverses des quantités de marchandises échangées."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Economie de marché
"La théorie de l'échange (...) rend en outre possible le traitement simultané et cohérent du double problème de l'institution et de la régulation du social: le besoin et l'intérêt régissent les rapports entre les hommes. La formation de cette représentation de la société comme marché trouve son plein épanouissement dans l'école écossaise de 18e siècle et tout particulièrement chez Adam Smith. La conséquence essentielle d'une telle conception réside dans le fait qu'elle se traduit dans un refus global du politique. Ce n'est plus la politique, le droit et le conflit, qui doivent gouverner la société, c'est le marché. De ce point de vue Adam Smith n'est pas tant le père fondateur de l'économie politique que le théoricien du dépérissement de la politique."
Pierre Rosanvallon - Le libéralisme économique
Posté dans Economie de marché
"La vente et les achats ne sont dans la réalité que des échanges de produits."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Monnaie
"Quand des mines plus abondantes viennent à être découvertes, une plus grande quantité de métaux précieux est apportée au marché, et la quantité des autres choses propres aux besoins et aux commodités de la vie contres lesquels ils doivent s'échanger, étant la même qu'auparavant, des quantités égales de ces métaux s'échangeront nécessairement contre des quantités plus petites de ces choses."
Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
Posté dans Economie de marché
"Plusieurs marchandises étant données, dont l'échange se fait avec intervention de numéraire, pour qu'il y ait équilibre du marché à leur égard, ou prix stationnaire de toutes ces marchandises en numéraire, il faut et il suffit qu'à ces prix la demande effective de chaque marchandise soit égale à son offre effective."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
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"L'état d'équilibre dépend de l'obtention par chaque échangeur du maximum d'utilité et ensuite de l'égalité de la quantité demandée et de la quantité offerte de chaque marchandise par tous les échangeurs."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
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"Il existe une propension de l’homme à troquer, à échanger, et à céder une chose contre une autre."
Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations
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"La nouvelle théorie du commerce international affirme que les échanges sont dans une large mesure tirés par les économies d’échelles plutôt que par les avantages comparatifs et que les marchés internationaux sont normalement en situation de concurrence imparfaite."
Paul Krugman - Pop internationalism
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"En produisant des étoffes que nous échangeons contre cette denrée d'un autre climat, nous produisons notre sucre en étoffes."
Jean-Baptiste Say - Cours d'économie politique
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"Quels que soient les pays entre lesquels s'établit le commerce, il procure à chacun de ces pays deux avantages distincts. Il emporte ce superflu du produit de leur terre et de leur travail pour lequel il n'y a pas de demande chez eux, et à la place, il rapporte en retour quelque autre chose qui y est demandé. Il donne une valeur à ce qui leur est inutile, en l'échangeant contre quelque autre chose qui peut satisfaire une partie de leurs besoins ou ajouter à leurs jouissances.(...) En ouvrant un marché plus étendu pour tout le produit du travail qui excède la consommation intérieure, il encourage la société a perfectionner le travail, à en augmenter la puissance productive, à en grossir le produit annuel, et à multiplier par là les richesses et le revenu national."
Adam Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesses des nations