Paroles de Sciences Sociales

De nombreuses citations de sociologie et d'économie

Résultats de votre recherche de internationale.

Joseph Stiglitz

"On l’a fondé le FMI parce que l’on jugeait nécessaire d’exercer sur les États une pression internationale pour les amener à adopter des politiques expansionnistes (augmentation des dépenses publiques, réduction d’impôts ou baisse des taux d’intérêt pour stimuler l’économie), et voici qu’aujourd’hui en règle générale, il ne leur fournit des fonds que s’ils mènent des politiques d’austérité (réduction des déficits, augmentation d’impôts ou hausse des taux d’intérêt entraînant une contraction de l’économie). Keynes doit se retourner dans sa tombe en voyant ce qu’est devenu son enfant."

Joseph Stiglitz - La grande désillusion (2002)

Naomi Klein

"Ayant fait partie du mouvement de lutte contre l’accroissement démesuré des pouvoirs du secteur privé qui avait été propulsé sur la scène internationale à Seattle en 1999, je connaissais bien les politiques, hautement favorables aux entreprises, qu’on imposait lors de sommets de l’Organisation mondiale du commerce ou encore comme conditions assorties aux prêts du Fonds monétaire international. Les trois exigences traditionnelles – privatisation, déréglementation et réduction draconienne des dépenses sociales – étaient en général très impopulaires auprès des citoyens, mais, au moment de la signature des accords, on pouvait au moins invoquer comme prétexte le consentement mutuel des gouvernements participant aux négociations et l’existence d’un consensus chez les prétendus experts. Désormais, on imposait le même programme idéologique par les moyens les plus ouvertement coercitifs qui soient : lors d’une occupation militaire étrangère ou encore dans le sillage immédiat d’une immense catastrophe naturelle."

Naomi Klein - La stratégie du choc (2008)

Julien Duval

"Tout comme les organisations internationales, nombre d’intellectuels « de gauche » ont érigé « l’exclusion » en priorité sociale ; ils ont plus souvent affirmé que la Sécurité sociale était incapable de l’endiguer qu’ils n’ont dénoncé les politiques économiques qui en favorisent le développement."

Julien Duval - Le mythe du "trou de la Sécu" (2007)

Julien Duval

"Durant la période récente et particulièrement ces trente dernières années, l'histoire de la protection sociale a été marquée par un retour en force du libéralisme économique. Impulsé par les États-Unis, ce mouvement, à l'ampleur internationale, peut s'interpréter comme une contre-offensive menée par les milieux économiques. Il a utilisé des instruments politiques de disqualification pour faire oublier des visions du monde qui s'étaient lentement imposées pour justifier la création des institutions de protection sociale."

Julien Duval - Le mythe du "trou de la Sécu" (2007)

Bernard Gazier

"Ce qui fait l'originalité du retournement cyclique de 1929, c'est qu'il survient dans un contexte de baisse internationale des prix, amorcée dès 1925-1926 pour la plupart des pays. Déflationniste dans ses antécédents, la crise des années 30 est sévèrement déflationniste dans son déroulement, si l'on entend déflation au sens large de contraction des grandeurs nominales d'une économie : restrictions monétaires et financières, baisses des prix et des revenus, recul de l'activité elle-même. En dépit des distorsions et de quelques paliers globaux, la baisse a suffisamment frappée les contemporains pour justifier la phrase de Schumpeter souvent citée : "Les gens sentaient le sol se dérober sous leurs pieds." Cette déflation généralisée semble spécifique dans l'histoire du capitalisme."

Bernard Gazier - La crise de 1929 (1983)

Pierre Bourdieu

"Il faut réinventer l'internationalisme, qui a été capté et détourné par l'impérialisme soviétique, c'est-à-dire inventer des formes de pensée théorique et des formes d'action pratique capables de se situer au niveau où doit avoir lieu le combat. S'il est vrai que la plupart des forces économiques dominantes agissent au niveau mondial, transnational, il est vrai aussi qu'il y a un lieu vide, celui des luttes transnationales. Vide théoriquement, parce qu'il n'est pas pensé, ce lieu n'est pas occupé pratiquement, faute d'une véritable organisation internationale des forces capables de contrecarrer, au moins a l'échelle européenne, la nouvelle révolution conservatrice."

Pierre Bourdieu - Les chercheurs, la science économique et le mouvement social (1996)

Pierre Bourdieu

"Le mouvement social de décembre 1995 a été un mouvement sans précédent par son ampleur, et surtout par ses objectifs. Et s'il a été considéré comme extrêmement important par une grande fraction de la population française et aussi internationale, c'est surtout parce qu'il a introduit dans les luttes sociales des objectifs tout à fait nouveaux. Confusément, sur le mode de l'esquisse, il a apporté un véritable projet de société, collectivement affirmé et capable de s'opposer à ce qui est imposé par la politique dominante, par les révolutionnaires conservateurs qui sont actuellement au pouvoir, dans les instances politiques et dans les instances de production de discours. (...) Le mouvement français peut être tenu pour l'avant-garde d'une lutte mondiale contre le néo-libéralisme et contre la nouvelle révolution conservatrice, dans laquelle la dimension symbolique est extrêmement importante."

Pierre Bourdieu - Les chercheurs, la science économique et le mouvement social (1996)

Pierre Bourdieu

"En fait, la force de l'idéologie néo-libérale, c'est quelle repose sur une sorte de néo-darwinisme social : ce sont « les meilleurs et les plus brillants », comme on dit à Harvard, qui triomphent (Becker, prix Nobel d'économie, a développé l'idée que le darwinisme est le fondement de l'aptitude au calcul rationnel qu'il prête aux agents économiques). Derrière la vision mondialiste de l'internationale des dominants, il y a une philosophie de la compétence selon laquelle ce sont les plus compétents qui gouvernent, et qui ont du travail, ce qui implique que ceux qui dont pas de travail ne sont pas compétents. Il y a les winners et les losers, il y a la noblesse, ce que j'appelle la noblesse d'État, c'est-à-dire ces gens qui ont toutes les propriétés d'une noblesse au sens médiéval du terme et qui doivent leur autorité à l'éducation, c'est-à-dire, selon eux, à l'intelligence, conçue comme un don du Ciel, dont nous savons qu'en réalité elle est distribuée par la société, les inégalités d'intelligence étant des inégalités sociales. L'idéologie de la compétence convient très bien pour justifier une opposition qui ressemble un peu à celle des maîtres et des esclaves : avec d'un côté des citoyens à part entière qui ont des capacités et des activités très rares et surpayées, qui sont en mesure de choisir leur employeur (alors que les autres sont choisis par leur employeur, dans le meilleur des cas), qui sont en mesure d'obtenir de très hauts revenus sur le marché du travail international, qui sont sur-occupés, hommes et femmes (...), et puis, de l'autre côté, une masse de gens voués aux emplois précaires ou au chômage. Max Weber disait que les dominants ont toujours besoin d'une « théodicée de leurs privilèges », ou, mieux, d'une sociodicée, c'est-à-dire d'une justification théorique du fait qu'ils sont privilégiés. La compétence est aujourd'hui au cœur de cette sociodicée, qui est acceptée, évidemment, par les dominants — c'est leur intérêt — mais aussi par les autres. Dans la misère des exclus du travail, dans la misère des chômeurs de longue durée, il y a quelque chose de plus que dans le passé. L'idéologie anglo-saxonne, toujours un peu prédicatrice, distinguait les pauvres immoraux et les deserving poor — les pauvres méritants — dignes de la charité. À cette justification éthique est venue s'ajouter ou se substituer une justification intellectuelle. Les pauvres ne sont pas seulement immoraux, alcooliques, corrompus, ils sont stupides, inintelligents."

Pierre Bourdieu - Le mythe de la "mondialisation" et l'Etat social européen (1996)"

Pierre Bourdieu

"Je pense en effet qu'on ne peut combattre efficacement la technocratie, nationale et internationale, qu'en l'affrontant sur son terrain privilégié, celui de la science, économique notamment, et en opposant à la connaissance abstraite et mutilée dont elle se prévaut, une connaissance plus respectueuse des hommes et des réalités auxquelles ils sont confrontés."

Pierre Bourdieu - Contre la destruction d'une civilisation (1995)

Pierre Bourdieu

"Le rationalisme scientiste, celui des modèles mathématiques qui inspirent la politique du FMI ou de la Banque mondiale, celui des Law firms, grandes multinationales juridiques qui imposent les traditions du droit américain à la planète entière, celui des théories de l'action rationnelle, etc., ce rationalisme est à la fois l'expression et la caution d'une arrogance occidentale, qui conduit à agir comme si certains hommes avaient le monopole de la raison, et pouvaient s'instituer, comme on le dit communément, en gendarmes du monde, c'est-à-dire en détenteurs auto-proclamés du monopole de la violence légitime, capables de mettre la force des armes au service de la justice universelle. La violence terroriste, à travers l'irrationalisme du désespoir dans lequel elle s'enracine presque toujours, renvoie à la violence inerte des pouvoirs qui invoquent la raison. La coercition économique s'habille souvent de raisons juridiques. L'impérialisme se couvre de la légitimité d'instances internationales. Et, par l'hypocrisie même des rationalisations destinées à masquer ses doubles standards, il tend à susciter ou à justifier au sein des peuples arables, sud-américains, africains, une révolte très profonde contre la raison qui ne peut pas être séparée des abus de pouvoir qui s'arment ou s'autorisent de la raison (économique, scientifique ou autre). Ces "irrationalismes" sont en partie le produit de notre rationalisme, impérialiste, envahissant, conquérant ou médiocre, étriqué, défensif, régressif et répressif, selon les lieux et les moments. C'est encore défendre la raison que de combattre ceux qui masquent sous les dehors de la raison leurs abus de pouvoir ou qui se servent des armes de la raison pour asseoir ou justifier un empire arbitraire."

Pierre Bourdieu - Les abus de pouvoir qui s'arment ou s'autorisent de la raison (1995)

Daniel Cohen

"Face aux doutes qui assaillent les pays riches sur leur propre devenir, les pays pauvres occupent à merveille la place de ces barbares dont les chevaux piaffaient aux portes de Rome. On attendait pourtant les barbares comme on attendait Godot : ils ne viendront pas. C’est en se convaincant que la menace qui pèse sur leurs sociétés vient du dehors que les pays riches se rendent aveugles aux transformations qu’ils ont eux-mêmes engagées ; c’est en cherchant au dehors des boucs émissaires qu’ils s’éloignent de la recherche du « bien commun », qu’ils renoncent à la « duce tiédeur de la richesse et de la paix ». Donner à croire que les pays du Sud son cause de nos malheurs, n’est pas seulement faire une erreur d’analyse. C’est engager les démocraties sur de fausses pistes, dont les deux plus graves sont qu’il faut affaiblir l’Etat-Providence pour « affronter » la concurrence internationale, et l’idée souvent corrélative qu’il faut « internationaliser » la vie politique elle-même pour « gérer » la mondialisation. Ces idées répétées par des gens souvent de bonne foi engagent les démocraties à rebours de ce qu’il faudrait."

Daniel Cohen - Richesse du monde Pauvreté des nations (1997)

John Meynard Keynes

"Je suis donc de ceux qui veulent minimiser les imbrications économiques des nations. Les idées, le savoir, l'art, l'hospitalité, le tourisme : voilà des choses internationales par nature. En revanche, laissons les biens à leur place chaque fois qu'il est raisonnable, commode et possible de les y laisser; notamment confinons la finance au secteur national."

John Meynard Keynes

Milton Friedman

"Un système de taux de change flexibles ou flottants - de taux de change librement déterminés sur un marché libre, essentiellement par le biais de transactions privées, et comme tout autre prix de marché, à même de varier au jour le jour - est absolument essentiel à l'accom­plissement de notre objectif économique fondamental, l'émergence et l'instauration durable d'une communauté mondiale libre et prospère, pratiquant un commerce multilatéral sans restrictions. Il n'existe pas de secteur de la politique économique internationale dans lequel le système de taux de change fixe ne crée pas de difficultés sérieuses et inutiles."

Milton Friedman - Journal of Political economy

Paul Krugman

"Il est faux de dire que les grands pays se trouvent engagés les uns contre les autres dans une vaste compétition à l’échelle mondiale, et que chacun de leurs vrais problèmes économiques peut être imputé à leur incapacité à bien se placer sur les marchés mondiaux. L’obsession croissante de la compétitivité internationale parmi les pays les plus avancés doit être analysée non pas comme une inquiétude fondée, mais comme une théorie âprement défendue malgré les preuves écrasantes du contraire ".

Paul Krugman - La mondialisation n'est pas coupable