Paroles de Sciences Sociales

De nombreuses citations de sociologie et d'économie

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Michel Crozier

"Un système d'organisation bureaucratique est un système d'organisation incapable de se corriger en fonction de ses erreurs et dont les dysfonctions sont devenues un des éléments essentiels de l'équilibre."

Michel Crozier - Le phénomène bureaucratique (1963)

Peter Berger

"On ne peut rendre compte empiriquement de la liberté. Plus précisément, alors que nous pouvons faire l'expérience de la liberté comme celle d'autres certitudes empiriques, elle n'est pas accessible à une démonstration par une méthode scientifique. Pour le dire comme Kant, la liberté n'est pas accessible rationnellement, c'est à dire qu'on ne peut la démontrer par des méthodes philosophiques reposant sur l'exercice de la raison pure. Du point de vue du constat empirique, le fait que la liberté échappe à la compréhension scientifique ne repose pas tant sur la nature indiciblement mystérieuse du phénomène (après tout, si la liberté est mystérieuse, le mystére se rencontre quotidiennement) que sur la stricte limitation de la portée des méthodes scientifiques. une science empirique doit opérer à l'intérieur de certais présupposés, donc celui de la causalité universelle. Tout objet soumis à un examen scientifique est présumé avoir une cause antérieure. Un objet, ou un évènement, qui est sa propre cause se tient en dehors de l'univers du discours scientifique. Or la liberté a précisément ce caractère. C'est pourquoi la recherche scientifique la plus poussée ne découvrira jamais un phénomène qu'on puisse caractériser comme libre. Tout ce qui peut apparaître comme libre dans une conscience individuelle trouvera sa place, dans le schéma de la science, comme un lien dans une chaîne de cause. Liberté et causalité ne sont pas des termes logiquement contradictoires : ils appartiennent à des cadres de référence d'ordres différents. Il est oiseux d'attendre que des méthodes scientifiques puisse découvrir la liberté par quelque méthode d'élimination, accumulant cause sur cause jusqu'à aboutir à un phénomène résiduel semblant ne pas avoir de cause et pouvoir être proclamé comme libre. La liberté n'est pas ce qui n'est pas causé. De même, on ne peut déduire la liberté des cas où la prédiction scientifique échoue. La liberté n'est pas ce qui est imprédictible. Comme l'a montré Weber, si tel était le cas, le fou serait l'être le plus libre. L'individu conscient de sa propre liberté ne se tient pas en dehors du monde de la causalité, mais perçoit plutôt sa propre volition comme une catégorie très particulière de cause, différente des autres causes dont il doit tenir compte. Mais cette différence n'est pas sujette à démonstration scientifique. (...) Avec la méthode des sciences sociales, on a affaire à une manière de penser qui pose a priori le monde humain comme un système causalement clos. La méthode ne serait pas scientifique autrement. La liberté comme cause de nature particulière est exclue a priori de ce système. Dans le domaine des phénomènes sociaux, le sociologue doit poser une régression indéfinie des causes, sans qu'aucune bénéficie d'un statut ontologique privilégié. S'il échoue à expliquer causalement un phénomène par un ensemble de catégories sociologiques, il en essaiera un autre. Si des causes politiques ne semblent pas satisfaisantes, il testera des causes économiques. Et si tout l'appareil conceptuel de la sociologie semble inadapté à fournir une explication, il peut passer à un autre appareil, comme celui de la psychologie ou de la biologie. Ce faisant, il se déplace encore dans l'univers scientifique, c'est à dire qu'il découvrira de nouveaux ordres de causes, mais ne rencontrera pas la liberté. Il n'y a pas d'autres manières de percevoir liberté, en soi-même ou dans un autre être humain, que de passer par une certitude intérieure qui se dissout dès qu'on l'attaque avec les outils de l'analyse scientifique. Rien n'est plus éloigné de mes intentions que de proclamer allégeance au credo positiviste, encore représenté dans les sciences sociales aux États-unis, qui réduit la réalité aux seuls aspects qu'on peut en étudier scientifiquement. Un tel positivisme aboutit presque invariablement à quelque forme de barbarie intellectuelle, comme l'a si bien montré l'histoire récente de la psychologie béhavioriste dans ce pays. Mais, Pour éviter de polluer irrémédiablement la nourriture intellectuelle, il faut respecter des prescriptions casher et ne pas verser le lait de la subjectivité sur la viande de l’analyse scientifique. Le maintien de cette séparation n’empêche pas de se régaler des deux formes de nourriture, pourvu que ce ne soit pas dans le même plat."

Peter Berger - Invitation à la sociologie (1963)

Immanuel Wallerstein

"Nous sommes aujourd'hui clairement dans une phase B d'un cycle de Kondratieff qui a commencé il y a trente à trente-cinq ans, après une phase A qui a été la plus longue (de 1945 à 1975) des cinq cents ans d'histoire du système capitaliste. Dans une phase A, le profit est généré par la production matérielle, industrielle ou autre ; dans une phase B, le capitalisme doit, pour continuer à générer du profit, se financiariser et se réfugier dans la spéculation. Depuis plus de trente ans, les entreprises, les Etats et les ménages s'endettent, massivement. Nous sommes aujourd'hui dans la dernière partie d'une phase B de Kondratieff, lorsque le déclin virtuel devient réel, et que les bulles explosent les unes après les autres : les faillites se multiplient, la concentration du capital augmente, le chômage progresse, et l'économie connaît une situation de déflation réelle. Mais, aujourd'hui, ce moment du cycle conjoncturel coïncide avec, et par conséquent aggrave, une période de transition entre deux systèmes de longue durée. Je pense en effet que nous sommes entrés depuis trente ans dans la phase terminale du système capitaliste. Ce qui différencie fondamentalement cette phase de la succession ininterrompue des cycles conjoncturels antérieurs, c'est que le capitalisme ne parvient plus à "faire système", au sens où l'entend le physicien et chimiste Ilya Prigogine (1917-2003) : quand un système, biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l'équilibre, et l'on assiste alors à une bifurcation. La situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu'alors, et l'on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer. Je réserve l'usage du mot "crise" à ce type de période. Eh bien, nous sommes en crise. Le capitalisme touche à sa fin."

Immanuel Wallerstein - "Le capitalisme touche à sa fin", interview Le Monde (11 octobre 2008)

Norbert Elias

"Quand, dans une unité sociale d'une certaine étendue, un grand nombre d'unités sociales plus petites, qui par leur interdépendance forment la grande unité, disposent d'une force sociale à peu près égale et peuvent de ce fait librement - sans être gênées par des monopoles déjà existants - rivaliser pour la conquête des chances de puissance sociale, en premier lieu des moyens de subsistance et de production, la probabilité est forte que les uns sortent vainqueurs, les autres vaincus de ce combat et que les chances finissent par tomber entre les mains d'un petit nombre, tandis que les autres sont éliminés ou tombent sous la coupe de quelques-uns."

Norbert Elias - La dynamique de l'occident (1975)

Pierre Bourdieu

"Au fond, le déterminisme n’opère pleinement qu’à la faveur de l’inconscience, avec la complicité de l’inconscient. Pour qu’il s’exerce sans frein, il faut que les dispositions soient abandonnées à leur libre jeu. Cela signifie que les agents sociaux n’ont quelque chance de devenir quelque chose comme des “sujets” que dans la mesure, et dans la mesure seulement, où ils maîtrisent consciemment la relation qu’ils entretiennent avec leurs dispositions, choisissant de les laisser «agir» ou au contraire de les inhiber, ou mieux de les soumettre… à des «volontés obliques» et d’opposer une disposition à une autre."

Pierre Bourdieu - Réponses (1992)

Emile Durkheim

"Or, la règle contraire, qui nous ordonne de nous spécialiser, a exactement la même fonction. Elle aussi est nécessaire à la cohésion des sociétés, du moins à partir d'un certain moment de leur évolution. Sans doute, la solidarité qu'elle assure diffère de la précédente ; mais si elle est autre, elle n'est pas moins indispensable. Les sociétés supérieures ne peuvent se maintenir en équilibre que si le travail y est divisé ; l'attraction du semblable pour le semblable suffit de moins en moins à produire cet effet."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Lénine

"Ce qui caractérisait l'ancien capitalisme, où régnait la libre concurrence, c'était l'exportation des marchandises. Ce qui caractérise le capitalisme actuel, où règnent les monopoles, c'est l'exportation des capitaux."

Lénine - L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916)

John Meynard Keynes

"Une victoire aussi décisive que celle de Ricardo a quelque chose de singulier et de mystérieux. Elle ne peut s'expliquer que par un ensemble de sympathies entre sa doctrine et le milieu où elle a été lancée. Le fait qu'elle aboutissait à des conclusions tout à fait différentes de celles qu'attendait le public profane ajoutait, semble-t-il, à son prestige intellectuel. Que son enseignement, appliqué aux faits, fut austère et désagréable lui conférait de la grandeur morale. Qu'elle fût apte à supporter une superstructure logique, vaste et cohérente, lui donnait de l'éclat. Qu'elle présentât beaucoup d'injustices sociales et de cruautés apparentes comme des incidents inévitables dans la marche du progrès, et les efforts destinés à modifier cet état de choses comme de nature à faire en définitive plus de mal que de bien, la recommandait à l'autorité. Qu'elle fournit certaines justifications aux libres activités du capitaliste individuel, lui valait l'appui des forces sociales dominantes groupées derrière l'autorité."

John Meynard Keynes - La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936)

Emile Durkheim

"Tant que le type segmentaire est fortement marqué, il y a à peu près autant de marchés économiques que de segments différents ; par conséquent, chacun d'eux est très limité. Les producteurs étant très près des consommateurs, peuvent se rendre facilement compte de l'étendue des besoins à satisfaire. L'équilibre s'établit donc sans peine et la production se règle d'elle-même. Au contraire, à mesure que le type organisé se développe, la fusion des divers segments les uns dans les autres entraîne celle des marchés en un marché unique, qui embrasse à peu près toute la société. Il s'étend même au delà et tend à devenir universel ; car les frontières qui séparent les peuples s'abaissent en même temps que celles qui séparaient les segments de chacun d'eux. Il en résulte que chaque industrie produit pour des consommateurs qui sont dispersés sur toute la surface du pays ou même du monde entier. Le contact n'est donc plus suffisant. Le producteur ne peut plus embrasser le marché du regard, ni même par la pensée ; il ne peut plus s'en représenter les limites, puisqu'il est pour ainsi dire illimité. Par suite, la production manque de frein et de règle ; elle ne peut que tâtonner au hasard, et, au cours de ces tâtonnements, il est inévitable que la mesure soit dépassée, tantôt dans un sens et tantôt dans l'autre. De là ces crises qui troublent périodiquement les fonctions économiques. L'accroissement de ces crises locales et restreintes que sont les faillites est vraisemblablement un effet de cette même cause."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Emile Durkheim

"L'accroissement de la division du travail est donc dû à ce fait que les segments sociaux perdent de leur individualité, que les cloisons qui les séparent deviennent plus perméables, en un mot qu'il s'effectue entre eux une coalescence qui rend la matière sociale libre pour entrer dans des combinaisons nouvelles."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Emile Durkheim

"La plupart de nos relations avec autrui sont de nature contractuelle. Si donc il fallait à chaque fois instituer à nouveau les luttes, les pourparlers nécessaires pour bien établir toutes les conditions de l'accord dans le présent et dans l'avenir, nous serions immobilisés. Pour toutes ces raisons, si nous n'étions liés que par les termes de nos contrats, tels qu'ils ont été débattus, il n'en résulterait qu'une solidarité précaire. Mais le droit contractuel est là qui détermine les conséquences juridiques de nos actes que nous n'avons pas déterminées. Il exprime les conditions normales de l'équilibre, telles qu'elles se sont dégagées d'elles-mêmes et peu à peu de la moyenne des cas. Résumé d'expériences nombreuses et variées, ce que nous ne pouvons prévoir individuellement y est prévu, ce que nous ne pouvons régler y est réglementé, et cette réglementation s'impose à nous, quoiqu'elle ne soit pas notre œuvre, mais celle de la société et de la tradition. Elle nous astreint à des obligations que nous n'avons pas contractées, au sens exact du mot, puisque nous ne les avons pas délibérées, ni même, parfois, connues par avance. Sans doute, l'acte initial est toujours contractuel ; mais il a des suites, même immédiates, qui débordent plus ou moins les cadres du contrat. Nous coopérons parce que nous l'avons voulu, mais notre coopération volontaire nous crée des devoirs que nous n'avons pas voulus."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Emile Durkheim

"Mais ce n'est pas seulement en dehors des relations contractuelles, c'est sur le jeu de ces relations elles-mêmes que se fait sentir l'action sociale. Car tout n'est pas contractuel dans le contrat. Les seuls engagements qui méritent ce nom sont ceux qui ont été voulus par les individus et qui n'ont pas d'autre origine que cette libre volonté. Inversement, toute obligation qui n'a pas été mutuellement consentie n'a rien de contractuel. Or, partout où le contrat existe, il est soumis à une réglementation qui est l'œuvre de la société et non celle des particuliers, et qui devient toujours plus volumineuse et plus compliquée."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Emile Durkheim

"Aussi bien la conception du contrat social est-elle aujourd'hui bien difficile à défendre, car elle est sans rapport avec les faits. L'observateur ne la rencontre, pour ainsi dire, pas sur son chemin. Non seulement il n'y a pas de sociétés qui aient une telle origine, mais il n'en est pas dont la structure présente la moindre trace d'une organisation contractuelle. Ce n'est donc ni un fait acquis à l'histoire, ni une tendance qui se dégage du développement historique. (...) Mais si les sociétés supérieures ne reposent pas sur un contrat fondamental qui porte sur les principes généraux de la vie politique, elles auraient ou tendraient à avoir pour base unique, suivant M. Spencer, le vaste système de contrats particuliers qui lient entre eux les individus. Ceux-ci ne dépendraient du groupe que dans la mesure où ils dépendraient les uns des autres, et ils ne dépendraient les uns des autres que dans la mesure marquée par les conventions privées et librement conclues. La solidarité sociale ne serait donc autre chose que l'accord spontané des intérêts individuels, accord dont les contrats sont l'expression naturelle. Le type des relations sociales serait la relation économique, débarrassée de toute réglementation et telle qu'elle résulte de l'initiative entièrement libre des parties. En un mot, la société ne serait que la mise en rapport d'individus échangeant les produits de leur travail, et sans qu'aucune action proprement sociale vienne régler cet échange. Est-ce bien le caractère des sociétés dont l'unité est produite par la division du travail ? S'il en était ainsi, on pourrait avec raison douter de leur stabilité. Car si l'intérêt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; (...) Car, là où l'intérêt règne seul, comme rien ne vient refréner les égoïsmes en présence, chaque moi se trouve vis-à-vis de l'autre sur le pied de guerre et toute trêve à cet éternel antagonisme ne saurait être de longue durée. L'intérêt est, en effet, ce qu'il y a de moins constant au monde. Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir à vous ; demain, la même raison fera de moi votre ennemi. Une telle cause ne peut donc donner naissance qu'à des rapprochements passagers et à des associations d'un jour. On voit combien il est nécessaire d'examiner si telle est effectivement la nature de la solidarité organique."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Emile Durkheim

"Ce n'est pas à dire, d'ailleurs, que la conscience commune soit menacée de disparaître totalement. Seulement, elle consiste de plus en plus en des manières de penser et de sentir très générales et très indéterminées, qui laissent la place libre à une multitude croissante de dissidences individuelles. Il y a bien un endroit où elle s'est affermie et précisée, c'est celui par où elle regarde l'individu. à mesure que toutes les autres croyances et toutes les autres pratiques prennent un caractère de moins en moins religieux, l'individu devient l'objet d'une sorte de religion. Nous avons pour la dignité de la personne un culte qui, comme tout culte fort, a déjà ses superstitions."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Emile Durkheim

"Ainsi tout concourt à prouver que l'évolution de la conscience commune se fait dans le sens que nous avons indiqué. Très vraisemblablement, elle progresse moins que les consciences individuelles ; en tout cas, elle devient plus faible et plus vague dans son ensemble. Le type collectif perd de son relief, les formes en sont plus abstraites et plus indécises. Sans doute, si cette décadence était, comme on est souvent porté à le croire, un produit original de notre civilisation la plus récente et un événement unique dans l'histoire des sociétés, on pourrait se demander si elle sera durable ; mais, en réalité, elle se poursuit d'une manière ininterrompue depuis les temps les plus lointains. C'est ce que nous nous sommes attaché à démontrer. L'individualisme, la libre-pensée ne datent ni de nos jours, ni de 1789, ni de la réforme, ni de la scolastique, ni de la chute du polythéisme gréco-latin ou des théocraties orientales. C'est un phénomène qui ne commence nulle part, mais qui se développe, sans s'arrêter, tout le long de l'histoire."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Emile Durkheim

"Puisque la solidarité négative ne produit par elle-même aucune intégration, et que, d'ailleurs, elle n'a rien de spécifique, nous reconnaîtrons deux sortes seulement de solidarité positive, que distinguent les caractères suivants : 1. La première relie directement l'individu à la société sans aucun intermédiaire. Dans la seconde, il dépend de la société, parce qu'il dépend des parties qui la composent. 2. La société n'est pas vue sous le même aspect dans les deux cas. Dans le premier, ce que l'on appelle de ce nom, c'est un ensemble plus ou moins organisé de croyances et de sentiments communs à tous les membres du groupe : c'est le type collectif. Au contraire, la société dont nous sommes solidaires dans le second cas est un système de fonctions différentes et spéciales qu'unissent des rapports définis. Ces deux sociétés n'en font d'ailleurs qu'une. Ce sont deux faces d'une seule et même réalité, mais qui ne demandent pas moins à être distinguées. 3. De cette seconde différence en découle une autre qui va nous servir à caractériser et à dénommer ces deux sortes de solidarités. La première ne peut être forte que dans la mesure où les idées et les tendances communes à tous les membres de la société dépassent en nombre et en intensité celles qui appartiennent personnellement à chacun d'eux. Elle est d'autant plus énergique que cet excédent est plus considérable. Or, ce qui fait notre personnalité, c'est ce que chacun de nous a de propre et de caractéristique, ce qui le distingue des autres. Cette solidarité ne peut donc s'accroître qu'en raison inverse de la personnalité. Il y a dans chacune de nos consciences, avons-nous dit, deux consciences : l'une, qui nous est commune avec notre groupe tout entier, qui, par conséquent, n'est pas nous-même, mais la société vivant et agissant en nous ; l'autre qui ne représente au contraire que nous dans ce que nous avons de personnel et de distinct, dans ce qui fait de nous un individu. La solidarité qui dérive des ressemblances est à son maximum quand la conscience collective recouvre exactement notre conscience totale et coïncide de tous points avec elle : mais, à ce moment, notre individualité est nulle. Elle ne peut naître que si la communauté prend moins de place en nous. Il y a là deux forces contraires, l'une centripète, l'autre centrifuge, qui ne peuvent pas croître en même temps. Nous ne pouvons pas nous développer à la fois dans deux sens aussi opposés. Si nous avons un vif penchant à penser et à agir par nous-même, nous ne pouvons pas être fortement enclin à penser et à agir comme les autres. Si l'idéal est de se faire une physionomie propre et personnelle, il ne saurait être de ressembler à tout le monde. De plus, au moment où cette solidarité exerce son action, notre personnalité s'évanouit, peut-on dire, par définition ; car nous ne sommes plus nous-même, mais l'être collectif. Les molécules sociales qui ne seraient cohérentes que de cette seule manière ne pourraient donc se mouvoir avec ensemble que dans la mesure où elles n'ont pas de mouvements propres, comme font les molécules des corps inorganiques. C'est pourquoi nous proposons d'appeler mécanique cette espèce de solidarité. Ce mot ne signifie pas qu'elle soit produite par des moyens mécaniques et artificiellement. Nous ne la nommons ainsi que par analogie avec la cohésion qui unit entre eux les éléments des corps bruts, par opposition à celle qui fait l'unité des corps vivants. Ce qui achève de justifier cette dénomination, c'est que le lien qui unit ainsi l'individu à la société est tout à fait analogue à celui qui rattache la chose à la personne. La conscience individuelle, considérée sous cet aspect, est une simple dépendance du type collectif et en suit tous les mouvements, comme l'objet possédé suit ceux que lui imprime son propriétaire. Dans les sociétés où cette solidarité est très développée, l'individu ne s'appartient pas, nous le verrons plus loin ; c'est littéralement une chose dont dispose la société. Aussi, dans ces mêmes types sociaux, les droits personnels ne sont-ils pas encore distingués des droits réels. Il en est tout autrement de la solidarité que produit la division du travail. Tandis que la précédente implique que les individus se ressemblent, celle-ci suppose qu'ils diffèrent les uns des autres. La première n'est possible que dans la mesure où la personnalité individuelle est absorbée dans la personnalité collective ; la seconde n'est possible que si chacun a une sphère d'action qui lui est propre, par conséquent une personnalité. Il faut donc que la conscience collective laisse découverte une partie de la conscience individuelle, pour que s'y établissent ces fonctions spéciales qu'elle ne peut pas réglementer ; et plus cette région est étendue, plus est forte la cohésion qui résulte de cette solidarité. En effet, d'une part, chacun dépend d'autant plus étroitement de la société que le travail est plus divisé, et, d'autre part, l'activité de chacun est d'autant plus personnelle qu'elle est plus spécialisée. Sans doute, si circonscrite qu'elle soit, elle n'est jamais complètement originale ; même dans l'exercice de notre profession, nous nous conformons à des usages, à des pratiques qui nous sont communes avec toute notre corporation. Mais, même dans ce cas, le joug que nous subissons est autrement moins lourd que quand la société tout entière pèse sur nous, et il laisse bien plus de place au libre jeu de notre initiative. Ici donc, l'individualité du tout s'accroît en même temps que celle des parties ; la société devient plus capable de se mouvoir avec ensemble, en même temps que chacun de ses éléments a plus de mouvements propres. Cette solidarité ressemble à celle que l'on observe chez les animaux supérieurs. Chaque organe, en effet, y a sa physionomie spéciale, son autonomie, et pourtant l'unité de l'organisme est d'autant plus grande que cette individuation des parties est plus marquée. En raison de cette analogie, nous proposons d'appeler organique la solidarité qui est due à la division du travail."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Emile Durkheim

"Nous insistons à plusieurs reprises, au cours de ce livre, sur l'état d'anomie juridique et morale où se trouve actuellement la vie économique. Dans cet ordre de fonctions, en effet, la morale professionnelle n'existe véritablement qu'à l'état rudimentaire. (...) C' est à cet état d'anomie que doivent être attribués, comme nous le montrerons, les conflits sans cesse renaissants et les désordres de toutes sortes dont le monde économique nous donne le triste spectacle. Car comme rien ne contient les forces en présence et ne leur assigne de bornes qu' elles soient tenues de respecter, elles tendent à se développer sans termes, et viennent se heurter les unes contre les autres pour se refouler et se réduire mutuellement. Sans doute, les plus intenses parviennent bien à écraser les plus faibles ou à se les subordonner. Mais si le vaincu peut se résigner pour un temps à une subordination qu'il est contraint de subir, il ne la consent pas, et, par conséquent, elle ne saurait constituer un équilibre stable. Des trêves imposées par la violence ne sont jamais que provisoires et ne pacifient pas les esprits. Les passions humaines ne s'arrêtent que devant une puissance morale qu'elles respectent. Si toute autorité de ce genre fait défaut, c'est la loi du plus fort qui règne, et, latent ou aigu, l'état de guerre est nécessairement chronique."

Émile Durkheim - De la division du travail social, préface de la seconde édition (1893)

Milton Friedman

"Ce qui compte vraiment, dans le dossier chilien, c'est que la libéralisation des marchés a donné naissance à une société libre."

Milton Fiedman - Interviewé en 2000

Naomi Klein

"Dans le présent ouvrage, je m'en prends à la revendication centrale et révérée qui sous-tend la version officielle des faits, à savoir que le triomphe du capitalisme dérèglementé est le fruit de la liberté et que la libéralisation totale des marchés et la démocratie vont de pair. Je m'emploierai à montrer que ce capitalisme fondamentaliste est toujours né des formes de coercition les plus brutales, aux dépends du "corps" politique collectif et d'innombrables corps humains au sens propre. L'histoire du libre marché contemporain - à comprendre plutôt comme celle de la montée du corporatisme - s'est écrite à grand renfort d'électrochocs."

Naomi Klein - La stratégie du choc (2008)

Alain Ehrenberg

"Le sport a perdu son côté ringard: il est devenu chic. Aujourd'hui, il symbolise l'image de l'individu autonome soucieux de sa forme physique comme de son équilibre psychologique, qui gère son apparence physique, sa vie professionnelle ou son stress comme l'entrepreneur de sa propre vie."

Alain Ehrenberg - Le culte de la performance (1991)

Julien Duval

"La vision catastrophiste que les médias ont donné du "trou de la Sécu" a donc été encouragée par une pédagogie technocratique qui cherchait à "sensibiliser l'opinion" à la "crise de la protection sociale". Il importait peu que les médias fassent appel, dans leur vision des déséquilibres financiers, à des présupposés qu'aucun expert ne pouvait ratifier, l'essentiel était d'imposer la nécessité de "réformer la Sécurité sociale"."

Julien Duval - Le mythe du "trou de la Sécu" (2007)

Pierre Bourdieu

"Il y a quelque chose de pathétique dans la docilité avec laquelle les "intellectuels libres" s'empressent de remettre leurs dissertations sur les sujets imposés du moment."

Pierre Bourdieu

Friedrich Von Hayek

"Nous devons être en mesure de proposer un nouveau programme libéral qui fasse appel à l’imagination. Nous devons à nouveau faire de la construction d’une société libre une aventure intellectuelle, un acte de courage. Ce dont nous manquons, c’est d’une utopie libérale, un programme qui ne serait ni une simple défense de l’ordre établi ni une sorte de socialisme dilué. Mais un véritable radicalisme libéral qui n’épargne pas les susceptibilités des puissants (syndicats compris), qui ne soit pas trop sèchement pratique, et qui ne se confine pas à ce qui semble politiquement possible aujourd’hui. Nous avons besoin de leaders intellectuels, prêts à résister aux séductions du pouvoir et de la popularité, et qui soient prêts à travailler pour un idéal, quand bien même ses chances de réalisation seraient maigres. Ils doivent avoir des principes chevillés au corps, et se battre pour leur avènement, même s’il semble lointain. Le libre-échange et la liberté d’entreprendre sont des idéaux qui peuvent encore éveiller l’imagination des foules. Mais un simple « libre-échange modéré » ou un « assouplissement des réglementations » ne sont ni respectables intellectuellement ni susceptibles d’inspirer le moindre enthousiasme. La principale leçon qu’un libéral conséquent doit tirer du succès des socialistes est que c’est leur courage d’être utopiques qui leur a valu l’approbation des intellectuels ainsi que leur influence sur l’opinion publique, qui rend chaque jour possible ce qui, récemment encore, semblait irréalisable. Ceux qui se sont souciés exclusivement de ce qui semblait réalisable dans tel état de l’opinion se sont constamment rendu compte que tous leurs projets devenaient politiquement impossibles en raison de l’évolution d’une opinion publique qu’ils n’avaient rien fait pour guider. Si nous retrouvons cette foi dans le pouvoir des idées qui fut la force du libéralisme dans sa grande époque, la bataille n’est pas perdue."

Friedrich von Hayek - Individualism and Economic Order (1949)

Pierre Bourdieu

"Nous naissons déterminés et nous avons une petite chance de finir libres. Nous naissons dans l’impensé et nous avons une toute petite chance de devenir des sujets. Et ce que je reproche à ceux qui invoquent à tout va la liberté, le sujet, la personne, etc., c’est d’enfermer les agents sociaux dans l’illusion de la liberté qui est une des voies à travers lesquelles s’exerce le déterminisme. Et ce que je reproche à ceux qui invoquent à tout va la liberté, le sujet, la personne, etc., c’est d’enfermer les agents sociaux dans l’illusion de la liberté qui est une des voies à travers lesquelles s’exerce le déterminisme. De toutes les catégories sociales, la plus inclinée à l’illusion de la liberté est la catégorie des intellectuels. C’est en ce sens que Sartre a été l’idéologue des intellectuels, c’est à dire celui qui a entretenu l’illusion de l’intellectuel « sans attaches, ni racines », comme disait Mannheim, l’illusion de l’auto-conscience, l’illusion que l’intellectuel peut maîtriser sa propre vérité. Et je pense que dans le refus forcené que certains opposent à la philosophie, dans la haine qu’ils opposent à la sociologie, il y a ce refus de découvrir l’intellectuel enchaîné dans des déterminismes : ceux qui tiennent aux catégories de pensée, aux structures mentales, aux adhérences et aux adhésions universitaires qui sont d’ailleurs beaucoup plus déformatrices que les adhésions politiques. Je pense que les universitaires sont beaucoup plus menés par les intérêts académiques que par les intérêts politiques, etc. Autrement dit, je pense que c’est à condition de s’approprier les instruments de pensée et aussi les objets de pensée que l’on reçoit que l’on peut devenir un petit peu le sujet de ses pensées ; c’est à dire on ne naît pas le sujet de ses pensées, on devient le sujet à condition, entre autres choses - je pense qu’il y a d’autres instruments ; il y a aussi la psychanalyse, etc. - de se réapproprier la connaissance des déterminismes. Je pense que je fais exactement le contraire de ce qu’on me fait dire."

Pierre Bourdieu - Entretien avec Roger Chartier diffusé dans "Les chemins de la connaissance" (1988)

James Galbraith

"La théorie prédominante s'appuie sur l'idée que prix et quantité s'établissent par l'interaction de l'offre et de la demande dans des marchés concurrentiels libres. Cette idée, et nulle autre, qui est au coeur de la pensée économique, est la source des errements qui font que les économistes ont presque toujours tort. La présentation des concepts de l'offre et de la demande comme principes explicatifs universels date de plus d'un siècle (ce n'était pas le cas pour Adam Smith, David Ricardo, Thomas Malthus, Karl Marx ou John Stuart Mill). Les principaux protagonistes en sont Alfred Marshall, pour la tradition anglo-saxonne, et sans aucun doute Leon Walras en Europe continentale. Au XXe siècle, de grands économistes, tels Keynes, Joseph Schumpeter et John Kenneth Galbraith, ont tenté de briser le pouvoir de ces notions dans l'imaginaire de la profession économique. En vain. Une approche de l'offre et de la demande sur le marché du travail sous-entend que le plein-emploi ne peut être réconcilié avec des prix stables, que l'évolution technologique entraîne l'inégalité des revenus et que l'augmentation du salaire minimum provoque obligatoirement le chômage. Dans tous les cas, l'erreur théorique fondamentale est essentiellement la même : la réification d'une courbe d'offre pour laquelle il n'existe aucun fondement empirique. Autrement dit, il s'agit de laisser une métaphore, dont l'idée est née en observant les marchés aux poissons, expliquer une institution humaine intrinsèquement différente."

James Galbraith - Comment les économistes se sont trompés (2000)

Pierre Bourdieu

"On peut et on doit lutter contre l'audimat au nom de la démocratie. Ça paraît très paradoxal parce que les gens qui défendent le règne de l'audimat prétendent qu'il n'y a rien de plus démocratique (c'est l'argument favori des annonceurs et des publicitaires les plus cyniques, relayés par certains sociologues, sans parler des essayistes aux idées courtes, qui identifient la critique des sondages - et de l'audimat -à la critique du suffrage universel), qu'il faut laisser aux gens la liberté de juger, de choisir ("ce sont vos préjugés d'intellectuels élitistes qui vous portent à juger tout ça comme méprisable"). L'audimat, c'est la sanction du marché, de l'économie, c'est à dire d'une légalité externe et purement commerciale, et la soumission aux exigences de cet instrument de marketing est l'exact équivalent en matière de culture de ce qu'est la démagogie orientée par les sondages d'opinion en matière de politique. La télévision régie par l'audimat contribue à faire peser sur le consommateur supposé libre et éclairé les contraintes du marché qui n'ont rien de l'expression démocratique d'une opinion collective éclairée, rationnelle, d'une raison publique comme veulent le faire croire les démagogues cyniques."

Pierre Bourdieu - Sur la télévision (1996)

Pierre Bourdieu

"A travers la maîtrise quasi absolue qu'ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d'imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Bien qu'ils n'en soient pas à proprement parler les producteurs directs, et que les expressions qu'ils en donnent dans les déclarations publiques de leurs dirigeants ne soient pas parmi les plus originales ou les plus subtiles, les grands groupes de communication contribuent pour une part décisive à la circulation quasi universelle de la doxa envahissante et insinuante du néo-libéralisme, dont il faudrait analyser en détail la rhétorique : monstres logiques tels que les constats normatifs (du type « l'économie se mondialise, il faut mondialiser notre économie » ; « les choses changent très vite, il faut changer »), les « déductions » sauvages, aussi péremptoires qu'abusives (« si le capitalisme l'emporte partout, c'est qu'il est inscrit dans la nature profonde de l'homme »), les thèses infalsifiables (« C'est en créant de la richesse que l'on crée de l'emploi », « trop d'impôt tue l'impôt », formule qui, pour les plus instruits, peut se recommander de la fameuse courbe de Laffer, dont une autre économiste, Roger Guesnerie, a démontré, - mais qui le sait ?-, qu'elle est indémontrableà), évidences si indiscutables que c'est le fait de les discuter qui paraît discutable (« L'État-providence et la sécurité du l'emploi appartiennent au passé » ; et « Comment peut-on défendre encore le principe d'un service public ? »), les paralogismes souvent tératologiques (du type « davantage de marché, c'est davantage d'égalité » ou « l'égalitarisme condamne des milliers de personnes à la misère »), les euphémismes technocratiques (« restructurer les entreprises » pour dire licencier ), et tant de notions ou de locutions toutes faites, sémantiquement à peu près indéterminées, banalisées et polies par l'usure d'un long usage automatique, qui fonctionnent comme des formules magiques, inlassablement répétées pour leur valeur incantatoire (« dérégulation », « chômage volontaire », « liberté des échanges », « libre circulation des capitaux », « compétitivité », « créativité, « révolution technologique », « croissance économique », « combattre l'inflation », « réduire la dette de l'État », « abaisser les coûts du travail », « réduire les dépenses sociales »). Imposée par un effet d'enveloppement continu, cette doxa finit par se présenter avec la force tranquille de ce qui va de soi."

Pierre Bourdieu - La culture est en danger (2000)

Thomas Coutrot

'L'histoire passée et quotidienne des entreprises montre la puissance créatrice de la coopération volontaire entre individus libres et égaux : aux hommes et femmes de la fin de ce siècle, la dictature des marchés financiers et la toute-puissance des barons de la finance, de l'industrie et des médias apparaitront aussi révoltants que l'esclavage ou l'exploitation des enfants."

Thomas Coutrot - Critique de l'organisation du travail (1999)

Thomas Coutrot

"L'équilibre social dans son ensemble est menacé quand la logique du marché sans entraves envahit la sphère productive."

Thomas Coutrot - Critique de l'organisation du travail (1999)

Stéphane Beaud

"La désorganisation temporelle liée à l'entrée en faculté, le temps vide d'études universitaires « sur le papier », notamment l'incapacité dans laquelle ils sont d'organiser un emploi du temps autour du travail scolaire, rejaillissent sur leur manière de s'approprier l'espace familial et de passer le temps. (...) Affranchis de contraintes temporelles rapprochées et toujours enclins à repousser le moment de se mettre au travail, ils n'ont plus légitimement de place à la « maison ». Le temps familial est alors vécu douloureusement parce qu'il est à la fois celui qui leur rappelle leur situation objectivement privilégiée d'étudiant libre de son temps – à la différence du père au travail ou des frères et sœurs, plus jeunes, à l'école – et celui qui atteste leur incapacité à l'occuper de manière productive pour les études. (...) Loin de la « désynchronisation » du mode de vie étudiant des années 60, le rythme de vie de ces étudiants de « cité » se fonde sur celui de la vie quotidienne des jeunes du quartier, en totale opposition avec l'ascèse nécessaire à la réussite des études universitaires. En effet, ce qui frappe lorsqu'on vit à leurs côtés, c'est la forte élasticité du temps vécu : des périodes de vie au ralenti, faites de longues palabres, de discussions au café ou sur la place – ce qui peut apparaître comme du temps perdu si l'on se réfère à l'échelle scolaire – alternent avec de brusques accélérations du temps vécu (la nécessité d'aller chercher quelqu'un, de trouver une voiture...), comme s'il fallait de temps en temps donner du rythme au cours ordinaire et routinier de l'existence, redonner brusquement des impulsions pour densifier davantage la vie sociale."

Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)

Stéphane Beaud

"La politique des 80% au bac a profondément altéré l'équi­libre entre la filière générale et la filière professionnelle. L'enseignement professionnel a été la première victime de cette politique puisque, de manière quasi mécanique, les élèves potentiellement intégrables dans cette filière se sont vu soudai­nement proposer l'accès au lycée général."

Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)

Eric Maurin

"L’égalité des chances renvoie à des politiques de lutte contre les entraves à la libre compétition entre les individus et à l’expression de leurs talents personnels, et non à des politiques visant à améliorer les conditions mêmes de construction des personnes, de leur avenir et de leur contexte d’apprentissage."

Eric Maurin - La nouvelle question scolaire (2007)

David Ricardo

"Ainsi que tout autre contrat, les salaires doivent être livrés à la con­cur­rence franche et libre du marché, et n’être jamais entravés par l’intervention du Gouverneur."

David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)

Max Weber

"Cependant, en dernière analyse, toutes ces particularités du capitalisme occidental n'ont reçu leur signification moderne que par leur association avec l'organisation capitaliste du travail. Ce qu'en général on appelle la « commercialisation », le développement des titres négociables, et la Bourse qui est la rationalisation de la spéculation, lui sont également liés. Sans l'organisation rationnelle du travail capitaliste, tous ces faits - en admettant qu'ils demeurent possibles - seraient loin d'avoir la même signification, surtout en ce qui concerne la structure sociale et tous les problèmes propres à l'Occident moderne qui lui sont connexes. Le calcul exact, fondement de tout le reste, n'est possible que sur la base du travail libre."

Max Weber - L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1905)

Maurice Halbwachs

"Les besoins sont satisfaits très inégalement dans les divers groupes sociaux, mais plus l’homme obéit à la société, plus il calcule ses dépenses d’après un plan déterminé, hors de lui et pour lui, par le groupe dont il fait partie. En d’autres termes, il y a des niveaux de vie partout où l’influence de la société s’exerce avec force: ces niveaux sont plus ou moins élevés, mais chacun d’eux représente un état d’équilibre, un système de besoins définis, et une prévision du degré jusqu’où ils pourront être satisfaits. Cela suppose que chaque besoin exprime à sa manière tous les autres, qu’une dépense définie d’une espèce correspond à des dépenses définies d’autres espèces, que la vie est organisée et liée, que les divers actes de consommation se tiennent."

Maurice Halbwachs - La classe ouvrière et les niveaux de vie, recherches sur la hiérarchie des besoins dans les sociétés industrielles (1913)

Erving Goffman

"Décrire fidèlement la situation du malade, c’est nécessairement en proposer une vue partiale. Pour ma défense, je dirai qu’en cédant à cette partialité on rétablit au moins l’équilibre, puisque tous les ouvrages spécialisés relatifs aux malades mentaux présentent le point de vue du psychiatre qui est, socialement parlant, totalement opposé."

Erving Goffman - Asiles (1968)

Georg Simmel

"La classe moyenne apporte avec elle un élément sociologique entièrement nouveau. Ce n'est pas seulement une troisième classe ajoutée aux deux autres et qui n'en diffère qu'en degrés, comme elles diffèrent elles-mêmes l'une de l'autre. Ce qu'elle a de vraiment original, c'est qu'elle fait de continuels échanges avec les deux autres classes et que ces fluctuations perpétuelles effacent les frontières et les remplacent par des transitions parfaitement continues. Car ce qui fait la vraie continuité de la vie collective, ce n'est pas que les degrés de l'échelle sociale soient peu distants les uns des autres - ce qui serait encore de la discontinuité - ; c'est que les individus puissent librement circuler du haut ou bas de cette échelle."

Georg Simmel - Comment les formes sociales se maintiennent (1896)

		

Friedrich Von Hayek

"Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de manière égale et tenter de les rendre égaux. La première est une condition pour une société libre alors que la seconde n'est qu'une nouvelle forme de servitude."

Friedrich von Hayek

Karl Marx

"Mais en général de nos jours le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l'extrême l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C'est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange."

Karl Marx - Discours sur le libre échange

Karl Marx

"Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l'extrême l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C'est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange."

Karl Marx - Discours sur le libre-échange

Karl Polanyi

"Le laissez-faire n'avait rien de naturel ; les marchés libres n'auraient jamais pu voir le jour si on avait simplement laissé les choses à elle-mêmes. Le laissez faire lui-même a été imposé par l'État."

Karl Polanyi - La grande transformation

Robert Castel

"Au delà même de la question des banlieues et des problèmes de la délinquance, on assiste bien à un glissement de l’Etat social vers un Etat sécuritaire qui prône et met en œuvre le retour à la loi et à l’ordre, comme si la puissance publique se mobilisait essentiellement autour de l’exercice de l’autorité. La question de l’insécurité civile pose des problèmes fondamentaux, et il est du devoir de l’Etat de les affronter. Mais tout se passe comme si aujourd’hui, en France, l’Etat jouait l’essentiel de sa crédibilité sur sa capacité à la combattre. Il est pourtant exclu que ce type de réponse s’étende à l’ensemble des facteurs qui produisent l’insécurité. Il faudrait pour cela aller à l’encontre des dynamiques d’individualisation dont nous avons vu qu’elles travaillaient en profondeur tout le corps social, à l’encontre aussi du libre jeu de la concurrence et de la compétitivité qui, proclame-t-on en même temps doit règner au sein de l’entreprise et sur le marché. Un Etat purement sécuritaire se condamne ainsi à creuser une contradiction entre l’exercice d’une autorité sans faille en restaurant la figure de l’Etat gendarme pour assurer la sécurité civile, et un laxisme face aux conséquences d’un libéralisme économique qui alimente l’insécurtié sociale."

Robert Castel - L'insécurité sociale

Jacques Rueff

"Assurément, en immobilisant les salaires, on peut maintenir aux ouvriers qui travaillent une rémunération quelque peu supérieure à celle qu’ils recevraient en régime de libre concurrence ; mais on en condamne d’autres au chômage et on expose ceux-ci à des maux que l’assurance chômage n’atténue que bien faiblement."

Jacques Rueff - L’assurance chômage, cause du chômage permanent

Alain Barrère

"C'est être victime d'une véritable fiction que de partir de la relation travail-salaire pour en déduire qu'il existe un authentique marché du travail. Cette fiction a été utilisée pour interpréter l'activité économique en termes d'économie d'échange. Nécessaire à la théorie de l'équilibre général des marchés comme le commissaire-priseur ou crieur de prix de Walras est nécessaire à la théorie de l'information parfaite conduisant à l'équilibre des prix et des quantités, le marché du travail n'est qu une fiction théorique qui ne correspond pas à une réalité effective."

Alain Barrère - La crise n'est pas ce que l'on croit

Joseph Stiglitz

"Les politiques d’ajustement structurel (les mesures censées aider un pays à s’ajuster face à des crises et à des déséquilibres chroniques) ont provoqué dans de nombreux cas des famines et des émeutes ; et même quand elles ont réussi à susciter une faible croissance pour un temps, une part démesurée de ces bénéfices est souvent allées au milieux les plus riches de ces pays en développement, tandis qu’au bas de l’échelle, la pauvreté s’était parfois aggravée."

Joseph Stiglitz - La grande désillusion

Milton Friedman

"Un système de taux de change flexibles ou flottants - de taux de change librement déterminés sur un marché libre, essentiellement par le biais de transactions privées, et comme tout autre prix de marché, à même de varier au jour le jour - est absolument essentiel à l'accom­plissement de notre objectif économique fondamental, l'émergence et l'instauration durable d'une communauté mondiale libre et prospère, pratiquant un commerce multilatéral sans restrictions. Il n'existe pas de secteur de la politique économique internationale dans lequel le système de taux de change fixe ne crée pas de difficultés sérieuses et inutiles."

Milton Friedman - Journal of Political economy

William Beveridge

"Il faut libérer l'homme du besoin et du risque."

William Beveridge - Du travail pour tous dans une société libre

Maurice Allais

"Si les taux de change ne correspondent pas à l'équilibre des balances commerciales, le libre-échange ne peut être que nuisible et fondamentalement désavantageux pour tous les pays participants."

Maurice Allais - Combats pour l'Europe

Friedrich List

"La protection douanière est notre voie, le libre-échange est notre but."

Friedrich List - Système national d’économie politique

Lee Iacocca

"Le problème avec le libre-échange n'est pas que j'achète aux autres, c'est qu'ils ne m'achètent rien."

Lee Iacocca

Maurice Allais

"L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile."

Maurice Allais

Edmond Malinvaud

"Même pour une analyse de court terme, toutefois, il est un peu trompeur de se concentrer sur les deux situations opposées de chômage classique et de chômage keynésien. Cela ne serait approprié que dans un monde ne comportant que deux marchés homogènes : le marché du travail et le marché des biens. En fait, il existe diverses qualités de travail, plusieurs biens différents et, pour chacune d’elles et chacun d’eux, plusieurs lieux géographiques à considérer, dans la mesure où la demande et l’offre sont spécifiques à l’un ou l’autre de ces lieux. Cela veut dire qu’il y a un grand nombre de marchés distincts, autant de déséquilibres potentiels associés, chacun d’eux pouvant se caractériser soit par une offre, soit par une demande excédentaire. On peut considérer que le chômage keynésien et le chômage classique ne résultent que de deux cas extrêmes, tous deux caractérisés par une offre excédentaire sur tous les marchés du travail, mais le premier s’accompagnant d’une offre excédentaire sur tous les marchés des biens et le second d’une demande excédentaire sur ces mêmes marchés. Une théorie réaliste doit reconnaître l’existence d’un spectre bi-dimensionnel de situations comprises entre les trois cas extrêmes suivants : offres excédentaires partout, demandes excédentaires partout, offres excédentaires simultanées des diverses qualités de travail accompagnées de demandes excédentaires pour tous les types de biens. Ces trois situations polaires correspondent respectivement au pur chômage keynésien, à l’inflation contenue pure et au chômage classique pur."

Edmond Malinvaud - Voies de la recherche macroéconomique

Arthur Cecil Pigou

"En admettant la libre concurrence des travailleurs et la parfaite mobilité du travail, (...) les taux de salaires ont toujours tendance à s'adapter à la demande de telle façon que tout le monde soit employé. Par conséquent, en condition de stabilité, chacun trouve normalement un emploi."

Arthur Cecil Pigou - La théorie du chômage

Milton Friedman

"Dans l'état actuel de nos connaissances, il me semble souhaitable d'instituer un dispositif réglementaire destiné à contrôler le comportement de la masse monétaire. A ce propos, je dois souligner que j'entends par masse monétaire l'ensemble de la monnaie en circulation, plus les dépôts dans les banques. Je voudrais également faire remarquer qu'il serait bon que le Federal Reserve System tienne compte de l'accroissement du montant global de la masse monétaire ainsi définie, qui s'élève de mois en mois et de jour en jour à un rythme annuel de X %, X se situant entre 3 et 5. J'insiste sur le fait que je ne considère pas cette proposition comme définitive et comme fondamentale pour la politique monétaire ; il ne s'agit pas d'une règle digne d'être écrite en lettres d'or et conservée pieuse¬ment. Il me semble cependant que c'est cette solution qui offre les meilleures garanties si l'on souhaite parvenir à une relative stabilité en matière monétaire, dans l'état actuel de nos connaissances. J'ose espérer que par la suite, au fur et à mesure que nous nous familiariserons avec les questions monétaires, nous serons en mesure de raffiner ces moyens, destinés à nous permettre d'obtenir des résultats toujours améliorés. De toute façon, ce chapitre s'efforce bien moins de discuter le contenu de tel ou tel type de réglementation que de suggérer qu'en donnant force de loi à une réglementation de la masse monétaire on parviendrait au même résultat qu'on serait en droit d'attendre de la part d'une banque centrale indépendante, mais qui, en fait, en est incapable. Il me semble qu'une telle règle constitue Ia seule solution réalisable et à notre portée, si nous voulons faire de la politique monétaire un des piliers de la société libre, et non une menace pour ses fondations."

Milton Friedman - Inflation et système monétaire

John Meynard Keynes

"Ce sont la propension à consommer et le montant de l'investissement nouveau qui déterminent conjointement le volume de l'emploi et c'est le volume de l'emploi qui détermine de façon unique le niveau des salaires réels - non l'inverse. Si la propension à consommer et le montant de l'investissement nouveau engendrent une demande effective insuffisante, le volume effectif de l'emploi sera inférieur à l'offre de travail qui existe en puissance au salaire réel en vigueur et le salaire réel d'équilibre sera supérieur à la désutilité marginale du volume d'équilibre de l'emploi. Cette analyse nous explique le paradoxe de la pauvreté au sein de l'abondance. Le seul fait qu'il existe une insuffisance de la demande effective peut arrêter et arrête souvent l'augmentation de l'emploi avant qu'il ait atteint son maximum. L'insuffisance de là demande effective met un frein au progrès de la production alors que la productivité marginale du travail est encore supérieure à sa désutilité."

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

John Meynard Keynes

"En réalité, le rôle du taux d'intérêt est de maintenir en équilibre non la demande et l'offre des biens de capital nouveaux, mais la demande et l'offre de monnaie."

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

John Meynard Keynes

"L'intérêt est la récompense de la renonciation à la liquidité pour une période déterminée. Car le taux d'intérêt n'est pas autre chose que l'inverse du rapport existant entre une somme de monnaie et ce qu'on peut obtenir en abandonnant la libre disposition de cette somme en échange d'une créance

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

Léon Walras

"L'économie politique pure est essentiellement la théorie de la détermination des prix sous un régime hypothétique de la libre concurrence .... Supposons d'abord un marché où se vendent et s'achètent, autrement dit où s'échangent, seulement des objets de consommation et des services consommables, la vente du service se faisant par la location du capital. Des prix ou des rapports d'échange de tous ces objets ou services en l'un d'entre eux pris pour numéraire, étant criés au hasard, chaque échangeur offre, à ces prix des objets ou services dont il estime avoir relativement trop et demande des objets ou services dont il estime n'avoir relativement pas assez pour sa consommation durant une certaine période de temps. Ces quantités effectivement demandées et offertes de chaque objet étant ainsi déterminées, on fait la hausse du prix de ceux dont la demande excède l'offre et la baisse du prix de ceux dont l'offre excède la demande. Aux nouveaux prix ainsi créés chaque échangeur offre et demande des questions nouvelles. Et l'on fait encore la hausse ou la baisse des prix jusqu'à ce que la demande et l'offre de chaque objet ou service soient égales. Alors, les prix sont prix courants d'équilibre, et l'échange s'effectue."

Léon Walras - Eléments de théorie économique pure

Léon Walras

"A l'état d'équilibre de la production, les entrepreneurs ne font ni bénéfice ni perte."

Léon Walras - Eléments d'économie politique pure

Milton Friedman

"Le taux de chômage naturel est le taux qui découlerait des équations de l’équilibre général, si y étaient intégrées les caractéristiques structurelles effective des marchés des biens et du travail, y compris les imperfections de marché, la variabilité aléatoire des offres et demandes, le coût de collecte de l’information sur les emplois vacants, les coûts de la mobilité,etc."

Milton Friedman - Le rôle de la politique monétaire

Max Weber

"Le calcul rationnel du capital n'est réalisable que sur la base du travail libre, c'est à dire lorsqu'il devient possible, du fait de la présence de travailleurs qui s'offrent de leur plein gré - du moins formellement, car ils le font, de fait, par l'aiguillon de la faim - , de calculer préalablement le coût des produits au moyen de tarifs forfaitaires."

Max Weber - Histoire économique

Karl Marx

"Or, en quoi consiste l'aliénation du travail ? D'abord, dans le fait que le travail est extérieur à l'ouvrier, c'est-à-dire qu'il n'appartient pas à son essence, que donc, dans son travail, celui-ci ne s'affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l'aise, mais malheureux, ne déploie pas une libre activité physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. En conséquence, l'ouvrier n'a le sentiment d'être auprès de lui-même qu'en dehors du travail et, dans le travail, il se sent en dehors de soi. Il est comme chez lui. quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il ne se sent pas chez lui. Son travail n'est donc pas volontaire, mais contraint, c'est du travail forcé. Il n'est donc pas la satisfaction d'un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. Le caractère étranger du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu'il n'existe pas de contrainte physique ou autre, le travail est fui comme la peste. Le travail extérieur, le travail dans lequel l'homme s'aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification. Enfin, le caractère extérieur à l'ouvrier du travail apparaît dans le fait qu'il n'est pas son bien propre, mais celui d'un autre, qu'il ne lui appartient pas, que dans le travail l'ouvrier ne s'appartient pas lui-même, mais appartient à un autre."

Karl Marx - Manuscrits de 1844

Karl Polanyi

"Antidater la politique du laissez-faire, comme cela est souvent fait, à la période à laquelle ce slogan fut utilisé pour la première fois en France au milieu du XVIIIe serait entièrement anti-historique ; il peut être affirmé tranquillement que ce n'est pas avant deux générations que le libéralisme devint quelque chose de plus qu'une tendance spasmodique. Ce n'est que dans les années 1820 qu'il reposa sur ses trois bases classiques selon lesquelles : le prix du travail se détermine sur le marché, la création de monnaie est sujette à un mécanisme automatique ; les biens sont libres de circuler de pays à pays sans obstruction ni préférence ; en bref, un marché du travail, le gold standard et la libre circulation. Créditer François Quesnay du mérite de l'imagination d'un tel état des choses serait un petit condensé d'absurdités. Tout ce que les physiocrates exigeaient dans un monde mercantiliste était la liberté d'exportation des grains afin d'assurer un meilleur revenu aux fermiers, tenanciers et propriétaires fonciers. Pour le reste leur ordre naturel n'était rien d'autre qu'un principe directeur pour la réglementation de l'industrie et de l'agriculture pour un gouvernement supposé tout puissant et omniscient. Les Maximes de Quesnay avaient pour objet d'offrir à un tel gouvernement les arguments nécessaires à la traduction en politique concrète des principes du Tableau sur la base de données statistiques qu'il s'offrait à fournir périodiquement. L'idée d'un système de marchés auto-régulés n'a jamais effleuré son esprit."

Karl Polanyi - La grande transformation

David Ricardo

"Il est donc évident que les échanges avec les colonies peuvent être réglés de telle sorte qu'ils soient à la fois moins profitables aux colonies, et plus profitables à la métropole qu'un libre échange parfait."

David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt

Ulysses Grant (Président des Etats-Unis à la fin du 19e siècle)

"Pendant des siècles, l'Angleterre a pu bénéficier d'un régime de protection qu'elle a poussé à l'extrême. (...) Sans nul doute, c'est à ce système qu'elle doit sa puissance actuelle. Au bout de deux siècles, l'Angleterre a trouvé bon d'adopter le libre échange parce qu'elle pense que la protection ne peut plus rien lui apporter. Eh bien, messieurs, ce que je sais de mon pays me porte à croire que d'ici deux siècles, lorsque l'Amérique aura tiré tout ce qu'elle peut d'un système de protection, elle aussi adoptera le libre échange."

Ulysses Grant - Discours

Alfred Marshall

"Il faut une période de temps particulièrement longue dans le cas ou il s'agit du travail pour donner libre jeu aux forces économiques qui tendent à réaliser l'adaptation entre l'offre et la demande."

Alfred Marshall - Principes d'économie politique

Friedrich Von Hayek

"Il y a toute les différences du monde entre traiter les gens de manière égale et tenter de les rendre égaux. La première est une condition pour une société libre alors que la seconde n'est qu'une nouvelle forme de servitude."

Friedrich Von Hayek - La route de la servitude

Léon Walras

"Lorsque cette égalité n'existe pas, il faut, pour arriver à cet équilibre, une hausse des prix des marchandises dont la demande effective est supérieure à l'offre effective et une baisse du prix de celles dont l'offre effective est supérieure à la demande effective."

Léon Walras - Eléments d'économie politique pure

Léon Walras

"Plusieurs marchandises étant données, dont l'échange se fait avec intervention de numéraire, pour qu'il y ait équilibre du marché à leur égard, ou prix stationnaire de toutes ces marchandises en numéraire, il faut et il suffit qu'à ces prix la demande effective de chaque marchandise soit égale à son offre effective."

Léon Walras - Eléments d'économie politique pure

Léon Walras

"Sur chaque marché va s'établir un équilibre entre la demande et l'offre de chaque service ou produit et pour lesquels en outre le prix de vente de chaque produit est égal à son prix de revient en services producteurs".

Léon Walras - Eléments d'économie politique pure

Léon Walras

"L'état d'équilibre dépend de l'obtention par chaque échangeur du maximum d'utilité et ensuite de l'égalité de la quantité demandée et de la quantité offerte de chaque marchandise par tous les échangeurs."

Léon Walras - Eléments d'économie politique pure

Jacques Rueff

"L’erreur de raisonnement est ici manifeste : la crise ne résulte pas du système capitaliste, puisqu’elle n’est apparue qu’à l’instant et dans les domaines où l’on a empêché de jouer le mécanisme caractéristique du système dont on prétend démontrer l’inefficacité (la flexibilité des prix et des salaires). Ce que prouve le chômage anglais, ce n’est pas l’impuissance du mécanisme des prix, mais, bien au contraire, le fait que lorsqu’on en paralyse le fonctionnement aucun équilibre économique ne saurait subsister."

Jacques Rueff - L'assurance-chômage: cause du chômage permanent