Paroles de Sciences Sociales

De nombreuses citations de sociologie et d'économie

Résultats de votre recherche de objectif.

Laurent Mucchielli

"Le discours sur les émeutes des experts policiers de la violence urbaine semble ordonné par trois objectifs. Accréditer l'idée d'une menace grandissante. (...) Evacuer la dimension politique du comportement des jeunes. (...) Dissimuler la coresponsabilité policière dans la tension permanente qui anime certains quartiers ainsi que dans le déclenchement direct de certaines émeutes."

Laurent Mucchielli - Violences et insécurités (2001)

Milton Friedman

"Le recours à la quantité de monnaie comme objectif n’a pas été une réussite. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr que je le recommanderais aussi vigoureusement que par le passé."

Milton Friedman - Interviewé par le Financial Times (2003)

James K. Galbraith

"À partir de 1979, la Fed adopta officiellement des objectifs monétaires à court terme. Le résultat fut une cascade de désastres : taux d’intérêt à 20%, dollar réévalué à 60%, chômage à 11%, récession, désindustrialisation de la région du Middle-West et, en dernière instance, crise de la dette du tiers monde. En août 1982, face à la faillite de l’État mexicain et à une révolte au Congrès – je m’y suis mêlé encore une fois – la Fed abandonna les objectifs monétaires pour ne plus jamais y revenir."

James K. Galbraith - La fin du « nouveau consensus monétaire » (2008)

Emile Durkheim

"Il n'y a donc aucun rapport entre les variations du bonheur et les progrès de la division du travail. Cette proposition est fort importante. Il en résulte en effet que, pour expliquer les transformations par lesquelles ont passé les sociétés, il ne faut pas chercher quelle influence elles exercent sur le bonheur des hommes, puisque ce n'est pas cette influence qui les a déterminées. La science sociale doit renoncer résolument à ces comparaisons utilitaires dans lesquelles elle s'est trop souvent complue. D'ailleurs, de telles considérations sont nécessairement subjectives, car toutes les fois qu'on compare des plaisirs ou des intérêts, comme tout critère objectif fait défaut, on ne peut pas ne pas jeter dans la balance ses idées et ses préférences propres, et on donne pour une vérité scientifique ce qui n'est qu'un sentiment personnel."

Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)

Jean Gadrey

"Supposons juste que l’on instaure un ISF mondial, qui pourrait être progressif comme en France, à un taux moyen modeste de 1,5 % des patrimoines, ne s’appliquant qu’à nos 0,15 % les plus riches du monde. Cela ferait une recette de 600 milliards de dollars, permettant de faire face à la fois aux objectifs des Nations Unies et à ceux de la lutte contre le réchauffement climatique. On ne pourrait pas nous dire alors que cet ISF fait fuir les capitaux nationaux, vu qu’il s’agirait d’un impôt mondial."

Jean Gadrey - Chic, dix millions de très riches dans le monde ! (2008)

Immanuel Wallerstein

"Le concept d'une science extérieure à la "culture", qui serait d'une certaine façon plus importante que la culture, est devenu le dernier domaine où fonder la légitimité de la distribution du pouvoir dans le monde moderne. Le scientisme représente désormais le mode le plus subtil de justification idéologique des puissants de la terre. Car il a réussi à présenter l'universalisme sous une forme idéologiquement neutre, comme s'il était indépendant de la "culture" et de l'arène politique et tirait sa justification avant tout du bien qu'il peut apporter à l'humanité grâce aux applications des connaissances théoriques que les scientifiques ont pu acquérir. En mettant l'accent sur l'universalisme scientifique, on a pu établir la vertu théorique de la méritocratie, qui attribue les positions de pouvoir uniquement en fonction des compétences, mesurées selon des critères objectifs. Ainsi les personnes qui accédèrent de cette façon à des postes de compétence devinrent les juges autonomes de leur propre valeur et de leur propre recrutement. (...) Un tour de passe-passe assez réussi nous a permis alors de supposer que l'accès à toutes les positions sociales, et pas seulement à celles du domaine de la science, était de façon mystérieuse accordé sur les bases du seul mérite, et donc justifié. Ainsi, si certaines zones particulières du monde ou certaines couches sociales récoltaient moins de dividendes que d'autres, c'était uniquement parce qu'elles ne s'étaient pas dotées de savoir-faire objectifs qui étaient à la portée de tout le monde. Partant, si l'on était en possession de moins de privilèges et de moins de pouvoir, c'était bien parce que l'on n'avait pas réussi à être à la hauteur, quelle qu'en soit la raison - incompétence native, provincialisme culturel ou mauvaise volonté."

Immanuel Wallerstein - L'universalisme européen (2006)

Jean Fourastié

"Faire progresser une Nation, c’est faire courir les citoyens. Depuis vingt ans, les citoyens français ne courent pas mal, merci. (…) La course est harassante. Si vous l’accélérez, vous consommerez plus, mais vous aurez moins de temps pour réfléchir, pour penser, pour vire (…) Car la course à la consommation se conjugue nécessairement, même sur le plan de l’individu, avec la course à la production. Mais celle-ci déclenche à son tour de grandes perturbations dans la structure sociale. Transformer les techniques de production, renouveler matériels et méthodes, désorienter les gestes habitués, réorganiser sans cesse, détruire et reconstruire indéfiniment les programmes de travail, les réseaux hiérarchiques, les relations humaines ; modifier les circuits, les règlements ; concentrer les entreprises, en fonder de nouvelles, modifier leurs objectifs (…). La course est brutale, et plus elle est rapide, plus elle est brutale. Les forts affirment d’autant plus leur force que le train est rapide ; et dans la chaleur de l’action, le faible est souvent piétiné."

Jean Fourastié - Économie et société (1972)

Raymond Boudon

"L'inégalité des chances était donc devenue, vers le milieu des années 60, un problème social aigu. Quant à la sociologie, elle était acculée à l'impasse. Aucun "facteur" ne paraissait avoir d'influence ni sur l'inégalité des chances scolaires ni sur la mobilité sociale. C'est pourquoi on vit se développer à ce moment une sociologie de l'inégalité des chances dont le ton fut plutôt celui de la dénonciation que de l'analyse et l'objectif celui de la sensibilisation plutôt que de l'explication."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"Cette conception discrètement militante de la sociologie a même fini par coller si étroitement à son image qu’une expression comme « les explications sociologiques de la délinquance » désigne normalement, pour le public, les théories qui font de la délinquance un pur effet du milieu social, exonérant le délinquant de toute responsabilité. De telles théories sont à juste titre jugées inacceptables par le public : le sociologue respectueux du réel n’a aucune peine à comprendre cette réaction, car il relève immédiatement que, nonobstant la corrélation entre conditions de vie et/ou origines sociales et délinquance, sur 100 personnes élevées dans les conditions les plus « criminogènes » possibles, seule une toute petite minorité se rend coupable d’exactions. De même, les « explications sociologiques de l’échec scolaire » sont perçues comme celles qui veulent que ledit échec soit dû exclusivement à l’institution scolaire et à « la société » ou, en termes plus pesants, aux « structures sociales » ; qu’il soit par suite injuste et inacceptable, et qu’en conséquence l’objectif premier de toute politique scolaire soit, moins d’équiper le futur citoyen de savoirs et de savoir-faire à partir desquels il puisse construire un projet professionnel viable, que d’assurer l’« égalité des chances » à tout prix : en allongeant indéfiniment le tronc commun, en supprimant toute évaluation réelle, en poussant l’ensemble de la population scolaire vers un enseignement général de plus en plus vidé de substance, en cherchant à faire de l’école un « lieu de vie ». Ce type de théorie a produit des effets calamiteux : progrès de l’illettrisme, marginalisation socio-professionnelle d’une proportion significative des adolescents, violence scolaire, etc. Ces effets sont devenus si évidents qu’on ne peut désormais plus les dissimuler."

Raymond Boudon - A quoi sert la sociologie (2002)

Raymond Boudon

"Le programme défini par le postulat de l’« individualisme méthodologique » est essentiel dès lors qu’il s’agit d’expliquer un phénomène social : tant qu’on se donne l’objectif de retrouver les causes dudit phénomène. Car on a du mal à imaginer qu’un phénomène social puisse provenir d’autre chose que des représentations, desseins, croyances, etc. des individus, et, sauf à admettre que les individus soient des choses, à accepter l’idée que ces représentations, desseins, etc. puissent être mises sur le compte exclusif de forces psychologiques, biologiques ou sociales occultes. Comme Weber l’a bien vu, il faut choisir entre une conception individualiste scientifique de l’explication sociologique et une conception non-individualiste métaphysique. C’est pourquoi il fait de ce postulat la condition de la scientificité de la sociologie, pourquoi Tocqueville le met instinctivement et régulièrement en pratique et pourquoi Durkheim lui-même y vient généralement – en opposition avec ses principes déclarés - dans la plupart de ses analyses. Mais ce postulat n’a clairement pas grand chose à faire dans les productions à finalité critique, descriptive ou expressive. Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner que les sociologues qui n’accordent pas une attention particulière à la fonction cognitive de la sociologie n’en aperçoivent pas l’importance."

Raymond Boudon - A quoi sert la sociologie (2002)

Raymond Boudon

"Si la sociologie classique adopte surtout un objectif de nature cognitive et si les genres expressif et caméraliste sont alors relativement secondaires, des rééquilibrages se sont produits ensuite, pour des raisons qui tiennent d’abord à l’augmentation de la demande publique et privée de données sociales, laquelle a contribué à gonfler l’offre sociologique de type caméraliste. Par ailleurs, l’importance sociale croissante des médias a provoqué une augmentation de la production de caractère expressif. Ces évolutions ont entraîné un déclin relatif de la sociologie à finalité cognitive. Il faut d’ailleurs noter que ces distinctions et ces processus ne sont pas propres à la sociologie, mais tendent à caractériser toutes les sciences humaines. Les productions de la psychologie qui promettent d’apaiser le mal-être de l’individu sont plus visibles que celles qui nous permettent de mieux comprendre le fonctionnement de la pensée humaine, même lorsqu’elles sont beaucoup plus fragiles. Derechef, une théorie peut être utile sans être vraie, et les théories utiles, qu’elles soient vraies ou fausses, sont généralement plus visibles que les théories vraies dont l’utilité est incertaine."

Raymond Boudon - A quoi sert la sociologie (2002)

Raymond Boudon

"Si l’on résume le programme de Tocqueville, tel qu’on peut le reconstruire à partir de ses analyses, il se définit par les principes suivants : 1) l’objectif de la sociologie est d’expliquer des phénomènes opaques pour l’esprit ; 2) expliquer un phénomène, c’est, en sociologie comme dans toute discipline scientifique, en retrouver les causes ; 3) les causes des phénomènes sociaux sont à rechercher du côté des attitudes, des choix et des représentations des individus ; 4) les attitudes, les choix et les représentations des individus sont par principe compréhensibles : leur sens pour l’individu en est la cause ; 5) étant entendu que les attitudes, les choix et les représentations des individus ne sont compréhensibles que si l’on tient compte du contexte auquel appartient l’individu."

Raymond Boudon - A quoi sert la sociologie (2002)

Pierre Bourdieu

"Le mouvement social de décembre 1995 a été un mouvement sans précédent par son ampleur, et surtout par ses objectifs. Et s'il a été considéré comme extrêmement important par une grande fraction de la population française et aussi internationale, c'est surtout parce qu'il a introduit dans les luttes sociales des objectifs tout à fait nouveaux. Confusément, sur le mode de l'esquisse, il a apporté un véritable projet de société, collectivement affirmé et capable de s'opposer à ce qui est imposé par la politique dominante, par les révolutionnaires conservateurs qui sont actuellement au pouvoir, dans les instances politiques et dans les instances de production de discours. (...) Le mouvement français peut être tenu pour l'avant-garde d'une lutte mondiale contre le néo-libéralisme et contre la nouvelle révolution conservatrice, dans laquelle la dimension symbolique est extrêmement importante."

Pierre Bourdieu - Les chercheurs, la science économique et le mouvement social (1996)

Mark Granovetter

"Les acteurs ne se comportent pas, et ne prennent pas leurs décisions, comme des atomes, indépendants de tout contexte social (...). Au contraire, les actions qu'ils entreprennent pour atteindre un objectif sont encastrées dans des systèmes concrets, continus de relations sociales."

Mark Granovetter - Le marché autrement (2000)

Mark Granovetter

"Ma critique (de l'impérialisme économique) se fonde sur trois assertions, dont chacune dérive de la tradition sociologique classique : 1) la poursuite d'objectifs économiques s'accompagne normalement de celle d'autres objectifs de nature non économique (...) ; 2) l'action économique (comme toute action) est socialement située et encastrée dans le réseau des relations personnelles (...) ; 3) les institutions économiques (comme toutes les institutions) sont socialement construites."

Mark Granovetter - Les institutions économiques comme constructions sociales (2004)

Stéphane Beaud

"Avant de porter des jugements à l'emporte-pièce sur les "jeunes de banlieue", il faut d'abord insister sur la forte hétérogénéité de cette population : il y a ceux qui s'en sortent très bien par des réussites scolaires "miraculeuses" ou des carrières artistiques (musique, théâtre), ceux qui plongent (dans le désarroi, la drogue ou la délinquance) et, entre les deux, les jeunes que l'on a étudiés. Il faut ensuite dessiner toile de fond structurelle des conduites de certains d'entre eux : insécurité économique et grande vulnérabilité des familles, précarisation des conditions de vie, ségrégation spatiale croissante, assombrissement de l'avenir objectif, détérioration des services publics, crise des organismes de loisirs collectifs, enfermement progressif dans la cité, domination et attrait de la "culture de rue", essor de l'économie souterraine, pression du groupe des pairs, violence des rapports entre les sexes, voire misère affective et sexuelle, absence de représentation politique des jeunes de cité. Rappelons toutefois que cette enquête a été en partie menée au début des années 1990. Depuis, d'autres enquêtes montrent la dégradation de la vie quotidienne dans les quartiers. L'étau se resserre donc sur les enfants de cité, le sauve-qui-peut des quartiers, la fuite des parents "respectables", les difficultés croissantes des institutions."

Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)

Stéphane Beaud

"Notre point de vue consistait donc à analyser l'école à la lumière des transformations du marché de l'emploi et du marché du travail de manière à mettre au jour son rôle dans la rupture entre les générations ouvrières. Seule la prise en compte de ce qui se passe alors à l'usine et sur le marché du travail permet de bien comprendre ce que j'appelle une "réinterprétation" de l'objectif des "80% au bac" par les familles populaires, en tout cas lors de cette période de notre enquête (1988-1996). Permettre aux enfants de "continuer" au lycée, d'avoir le bac, était perçu par beaucoup de parents comme un moyen d'échapper au destin de "précaires" et de s'arracher à la condition ouvrière. D'où l'évitement à tout prix du lycée professionnel."

Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)

Stéphane Beaud

"L’étude ethnographique des manières d’étudier de ce petit groupe de jeunes de Granvelle a mis en évidence les effets préjudiciables de l’absence d’encadrement pédagogique en faculté et de la proximité entre celle-ci et le quartier. Les dispositions inculquées au cours de leur enfance et de leur adolescence dans le quartier continuent de structurer leur personnalité sociale. (...) L’enquête ethnologique montre, dans le cas présent, que les facultés de « proximité », loin de toujours favoriser les études supérieures des enfants des classes populaires, privent notamment les étudiants de la « cité » d’une immersion dans un « milieu » étudiant dont on sait pourtant qu’elle fonctionne très fréquemment, dans les grands centres régionaux, comme une instance de socialisation universitaire. En supprimant les obstacles, notamment économiques, à la poursuite d’études des étudiants d’origine populaire, les antennes universitaires serviraient l’objectif de démocratisation de l’enseignement supérieur. L’enquête de terrain montre que ces étudiants, qui continuent à résider dans leur quartier, se trouvent pris dans le piège de la facilité de la vie étudiante « à domicile » : l’acculturation à la vie étudiante ne se fait pas, la distance avec le monde des livres se maintient, si bien que beaucoup replongent dans les « histoires » du quartier. Ces « pseudo-facs », pour reprendre l’expression d’un autre enquêté (issu, lui, d’une famille de classe moyenne), ne contribuent pas à élargir l’horizon géographique des étudiants d’origine populaire. S’il n’existe pas un fort militantisme de la part des enseignants et un volontarisme institutionnel pour contrecarrer les lois de la reproduction scolaire et sociale, il y a de fortes chances pour qu’elles enferment ces étudiants de cité dans leurs anciens réseaux d’appartenance. Les antennes universitaires risquent bien d’être de fausses bonnes solutions. Aujourd’hui, ce dont ont grand besoin les enfants de classes populaires qui entrent en première année de DEUG, ce sont avant tout de meilleures conditions d’apprentissage au travail universitaire : un encadrement plus proche et suivi de la part des enseignements, des bibliothèques dignes de ce nom, des locaux pour travailler, des lieux de sociabilité universitaire qui favorisent la création de groupes de pairs et permettent de lutter contre l’anomie du DEUG. La politique de création d’antennes universitaires, dispendieuses, contribue à empêcher la réalisation de ces objectifs et, à ce titre, est inefficace pour assurer la démocratisation de l’enseignement supérieur. »

Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)

Stéphane Beaud

"Pour les garçons, la vie de quartier constitue un obstacle objectif à l'acquisition d'une culture scolaire, notamment parce qu'ils ne vivent jamais seuls et n'ont pas intériorises l'ascétisme scolaire. Pour cette catégorie de lycéens embarqués un peu malgré eux dans la voie des études longues, le rapport qu'ils ont à la culture est un bon révélateur de leur expérience lycéenne ou étudiante. En effet, à la différence d'autres élèves d'origine populaire, ces lycées "de cité" - surtout les garçons - tendent à résister aux différentes entreprises d'acculturation scolaire dont ils sont l'objet. Par exemple, ils refusent souvent de se soumettre entièrement à l'imposition d'un mode de lecture cultivée en vigueur au lycée et n'hésitent pas à affirmer leur "quant à soi" culturel."

Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)

Stéphane Beaud

"Finalement, une sorte de "compromis histo­rique" est intervenue, sur fond de malentendus, entre, d'une part, les objectifs du ministère pour lutter à court terme contre le chômage et élever à moyen terme la qualification de la force de travail et, d'autre part, les aspirations de nombreuses familles ouvrières à une poursuite généralisée et indéterminée des études, quels qu'en soient les incertitudes et les coûts, afin d'arracher leurs enfants au monde de l'usine."

Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)

Eric Maurin

"L’application pure et simple des principes concurrentiels à l’enseignement primaire et secondaire ne semble pourtant pas produire d’indiscutables améliorations dans le niveau objectif des performances scolaires. En outre, elle place les enfants et leurs familles dans une situation d’éternels compétiteurs, dont on peut craindre qu’elle soit peu profitables aux enfants eux-mêmes, peu conforme à la manière dont ils se construisent psychologiquement et socialement, et finalement contraire aux objectifs – à la fois sociaux et économiques – de la démocratisation."

Eric Maurin - La nouvelle question scolaire (2007)

Karl Marx

"Parmi les ouvrages qui, à peu près à la même époque, traitaient le même sujet, deux seulement méritent d'être mentionnés : Napoléon le Petit, de Victor Hugo, et le Coup d'État, de Proudhon. Victor Hugo se contente d'invectives amères et spirituelles contre l'auteur responsable du coup d'État. L'événement lui-même lui apparaît comme un éclair dans un ciel serein. Il n'y voit que le coup de force d'un individu. Il ne se rend pas compte qu'il le grandit ainsi, au lieu de le diminuer, en lui attribuant une force d'initiative personnelle sans exemple dans l'histoire. Proudhon, lui, s'efforce de représenter le coup d'État comme le résultat d'un développement historique antérieur. Mais, sous sa plume, la construction historique dit coup d'État se transforme en une apologie du héros du coup d'État. Il tombe ainsi dans l'erreur que commettent nos historiens soi-disant objectifs. Quant à moi, je montre, par contre, comment la lutte des classes en France créa des circonstances et une situation telles qu'elle permit à un personnage médiocre et grotesque de faire figure de héros."

Karl Marx Le 18 brumaire de L. Bonaparte (Préface à la deuxième édition de 1869) (1869)

Anthony Giddens

"Les sociologies interprétatives reposent sur un impérialisme du sujet individuel alors que le fonctionnalisme et le structuralisme affichent un impérialisme de l’objet sociétal. La destruction de ces deux empires est un de mes principaux objectifs dans cet effort d’élaboration de la théorie de la structuration. Selon cette dernière, l’objet d’étude par excellence des sciences sociales est l’ensemble des pratiques sociales accomplies et ordonnées dans l’espace et le temps, et non l’expérience de l’acteur individuel ou l’existence de totalités sociétales."

Anthony Giddens – La constitution de la société (1987)

Milton Friedman

"Il y a un large consensus sur les buts principaux de la politique économique: emploi élevé, prix stables et croissance rapide. Il y a un consensus plus faible pour affirmer que ces objectifs sont compatibles entre eux (...). Il n'y a pas de consensus sur le rôle que les divers instruments de politique économique peuvent et devraient jouer pour satisfaire ces objectifs."

Milton Friedman - The role of monetary policy

Joseph Stiglitz

"Si l'on examine le FMI comme si son objectif était de servir les intérêts de la communauté financière, on trouve un sens à ses actes qui, sans cela, paraîtraient contradictoires et intellectuellement incohérents."

Joseph Stiglitz - La grande désillusion

Raymond Boudon

"Le seul facteur capable de réduire les inégalités devant l’enseignement dans une perspective non utopique résiderait dans la réduction des inégalités économiques et sociales. Quant aux réformes scolaires, même si elles sont excellentes par rapport à d'autres objectifs, il est peu vraisemblable qu'elles puissent avoir une incidence déterminante sur les inégalités devant l'école"

Raymond Boudon - L'inégalité des chances

Milton Friedman

"Un système de taux de change flexibles ou flottants - de taux de change librement déterminés sur un marché libre, essentiellement par le biais de transactions privées, et comme tout autre prix de marché, à même de varier au jour le jour - est absolument essentiel à l'accom­plissement de notre objectif économique fondamental, l'émergence et l'instauration durable d'une communauté mondiale libre et prospère, pratiquant un commerce multilatéral sans restrictions. Il n'existe pas de secteur de la politique économique internationale dans lequel le système de taux de change fixe ne crée pas de difficultés sérieuses et inutiles."

Milton Friedman - Journal of Political economy

Milton Friedman (Pourquoi la quantité de monnaie augmente plus vite que la production?)

"La première qui a prévalu pendant des siècles, consiste à dire que le gouvernement se trouve dans l’obligation d’augmenter ses dépenses alors qu’il n’est pas en mesure d’augmenter officiellement les impôts. Il est par conséquent amené à appliquer une forme d’imposition indirecte, à travers l’inflation. (...) La seconde raison de l’inflation, beaucoup plus récente celle-là, tient à l’objectif du " plein emploi ", qui a donné lieu à la politique du même nom. (...) Une troisième raison(...) tient aux erreurs commises par les banques centrales."

Milton Friedman - Inflation et système monétaire

Irving Fisher

"Le taux d'intérêt représente le prix de l'échange entre les biens présents et futurs (...). Il tient à un facteur subjectif : la préférence marginale pour le présent et à un élément objectif : l'opportunité d'investir."

Irving Fisher - La théorie de l'intérêt

Joseph Schumpeter

"Cependant, une telle hypothèse est précisément adoptée par les économistes qui, d'un point de vue instantané, considèrent, par exemple, le comportement d'une industrie oligopolistique - comprenant seulement quelques grandes firmes - et observent les manoeuvres et les contre-manoeuvres habituelles, lesquelles ne paraissent viser d'autre objectif que de restreindre la production en rehaussant le prix de revient. Ces économistes acceptent les données d'une situation temporaire comme si elle n'était reliée ni à un passé, ni à un avenir et ils s'imaginent avoir été au fond des choses dès lors qu'ils ont interprété le comportement des firmes en appliquant, sur la base des données observées, le principe de la maximisation du profit. En d'autres termes, le problème généralement pris en considération est celui d'établir comment le capitalisme gère les structures existantes, alors que le problème qui importe est celui de découvrir comment il crée, puis détruit ces structures."

Joseph Schumpeter - Capitalisme, socialisme et démocratie

Robert Castel

"L’objectif était donc, et reste, de prendre la mesure de cette nouvelle donne contemporaine: la présence, apparemment de plus en plus insistante, d’individus placés comme en situations de flottaison dans la structure sociale, et qui peuplent ses interstices sans y trouver une place assignée."

Robert Castel - Les métamorphoses de la question sociale

Jean-Pierre Le Goff

"Le débat politique se focalise sur le mode de gestion des contraintes économiques et de leur accompagnement social. La valorisation de l'entreprise, les appels répétés à la mobilisation des français, pour la modernisation industrielle, bien plus : la présentation de la nation et de l'Europe dans cette même logique (l'entreprise France dans le grand marché européen), tous ces discours assenés pendant près de dix ans marquent la dissolution qui semble alors s'opérer de la politique dans l'économie. Réduite de plus en plus à la gestion des contraintes économiques par des spécialistes, la politique apparait comme un discours et une pratique sur lesquels les citoyens n'ont plus guère de prise. Le paradoxe n'en est que plus saisissant: le discours politique dominant s'identifie de plus en plus à des objectifs économiques, alors que les forces politiques au pouvoir n'ont jamais fait à ce point la démonstration de leur impuissance à résoudre le chômage."

Jean-Pierre Le Goff - Le mythe de l'entreprise

David Lockwood et John Goldthorpe

"Par contre on peut observer une « convergence normative » entre certains groupes de manuels et de non-manuels, ce qui constitue une interprétation plus plausible que celle de l'embourgeoisement pour expliquer les changements survenant aux zones frontières de la classe ouvrière et des classes moyennes. Chez les cols blancs, ce processus implique essentiellement une évolution de leur individualisme traditionnel vers une plus grande confiance dans les moyens collectifs pour réaliser leurs objectifs économiques ; il se manifeste chez les travailleurs manuels par l'abandon d'une forme de vie sociale orientée vers la communauté, la famille et son avenir devenant alors les préoccupations principales. On peut parler à cet égard de privatisation des modes de vie."

David Lockwood et John Goldthorpe - L'Ouvrier de l'abondance

Robert Merton

""SI LES HOMMES DEFINISSENT LEURS SITUATIONS COMME REELLES, ELLES SONT REELLES DANS LEURS CONSEQUENCES.” La première partie du théorème nous rappelle catégoriquement que les hommes réagissent non seulement aux caractères objectifs d’une situation, mais aussi, et parfois surtout, à la signification qu’ils donnent à cette situation. Et cette signification, une fois donnée, détermine le comportement qui en résulte avec ses conséquences."

Robert Merton - Eléments de théorie et de méthode sociologique