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"Il apparaît donc qu’un pays bénéficiant d’avantages considérables en matière de machines et de savoir-faire, capable donc de fabriquer des marchandises avec beaucoup moins de travail que ses voisins, peut, en échange de ces marchandises, importer une partie de la quantité de blé nécessaire à sa consommation ; et ce, même si la terre est plus fertile et peut produire le blé en employant moins de travail que dans le pays d’où il l’importe. Supposons deux hommes fabriquant chacun des chaussures et des chapeaux, et dont l’un dépasserait l’autre dans les deux emplois ; mais supposons que sa supériorité ne soit que d’un cinquième (20%) dans la fabrication de chapeaux, et d’un tiers (33%) dans la fabrication de chaussures. Ne serait-il pas dans l’intérêt des deux que l’individu le plus compétitif se consacre exclusivement à la fabrication de chaussures, et le moins compétitif, à la fabrication de chapeaux ?"
David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)
Posté dans Mondialisation
"Si le Portugal n'avait aucun lien commercial avec d'autres pays, au lieu d'employer une grande part de son capital et de son travail à produire du vin grâce auquel il achète à d'autres pays le drap et les ustensiles dont il a besoin, il serait contraint de consacrer une part de ce capital à la fabrication de ces marchandises qu'il obtiendrait alors probablement en qualité et en quantité inférieures. (…)
La situation peut être telle en Angleterre que la production de drap exige le travail de 100 hommes pendant un an; mais, que ce pays tente de produire son vin, cela pourrait nécessiter le travail de 120 hommes pendant le même temps. L'Angleterre jugerait donc qu'elle a intérêt à importer du vin, et à le payer par ses exportations de drap.
Au Portugal, la production de vin pourrait n'exiger que le travail annuel de 80 hommes, et la production et le travail de 90 hommes pendant la même période. Il s'avérerait donc avantageux pour ce pays d'exporter du vin en échange de drap. Cet échange pourrait survenir quand bien même la marchandise importée par le Portugal pourrait être produite dans ce pays avec moins de travail qu'en Angleterre."
David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)
Posté dans Mondialisation
"En Portugal, la fabrication du vin pourrait ne demander que le travail de quatre-vingts hommes pendant une année, tandis que la fabrication du drap exigerait le travail de quatre-vingt-dix hommes. Le Portugal gagnerait donc à exporter du vin en échange du drap. Cet échange pourrait même avoir lieu dans le cas où on fabriquerait en Portugal l’article importé à moins de frais qu’en Angleterre. Quoique le Portugal pût faire son drap en n’employant que quatre-vingt-dix hommes, il préférerait le tirer d‘un autre pays où il faudrait cent ouvriers pour le fabriquer, parce qu’il trouverait plus de profit à employer son capital à la production du vin, en échange duquel il obtiendrait de l’Angleterre une quantité de drap plus forte que celle qu’il pourrait produire en détournant une portion de son capital employé à la culture des vignes, et en l’employant à la fabrication des draps."
David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)
Posté dans Mondialisation
"Le commerce avec l’étranger est très avantageux pour un pays puisqu’il augmente le nombre et la variété des objets auxquels on peut employer son revenu, et qu’en répandant avec abondance les denrées à bon marché, il encourage et favorise l’accumulation des capitaux. (…).
Dans un système de parfaite liberté de commerce, chaque pays consacre naturellement son capital et son travail aux emplois qui lui sont le plus avantageux. La recherche de son avantage propre s’accorde admirablement bien avec le bien universel. En stimulant le travail, en récompensant l’esprit d’invention, et en tirant le meilleur parti des facultés particulières de la nature, cette recherche favorise la répartition du travail la plus efficace et la plus économe ; dans le même temps, en augmentant la masse totale des productions, elle répand partout le bien-être, et réunit par le lien de l’intérêt et du commerce réciproque, les nations du monde civilisé en une société universelle. C’est ce principe qui conduit à ce que la France et le Portugal produisent du vin, que l’Amérique et la Pologne cultivent du blé, ou encore que l’Angleterre fabrique des ustensiles et les autres biens manufacturés."
David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817).
Posté dans Divers Sociologie
"Mais les mêmes opérations de mise à plat exercent aussi un autre effet que l'on peut qualifier de proprement critique, et, par conséquent, particulièrement quand elles prennent pour objet les appareils du pouvoir, de proprement politique. Celui de faire voir la médiocrité et la platitude de discours et de gestes dont le caractère dérisoire est, dans les contextes rituels où ils son rendus manifestes, recouvert par le crédit que l'on accorde avec raison à ceux qui ont le pouvoir de dire ce qu'ils font, mais comme s'ils ne faisaient rien d'autre que de dire ce qui est et, par là, celui de faire être ce qu'ils disent et ainsi de rendre réelles leurs mises en représentation de la réalité. Du même coup, ce qui est donné en tant que nécessité, sur le mode satisfait de l'évidence, peut être ressaisi comme arbitraire, dans un mouvement de déconstruction qui est le premier moment, nécessairement relativiste, d'une réappropriation critique du monde social par ceux qui subissent l'oppression de la réalité telle qu'elle est, c'est-à-dire telle que la font, à leur avantage, ceux qui la dominent."
Luc Boltanski - Rendre la réalité inacceptable (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"La démocratie pourrait être l’expression politique de ce qu’est, en termes sociologiques, une « société de semblables », c’est-à-dire une société dont les membres disposent des conditions nécessaires pour participer à part entière à la vie sociale."
Robert Castel - La citoyenneté sociale menacée, in Cités (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"Il n’est que de relire par exemple les innombrables descriptions du paupérisme au XIXe siècle pour réaliser à quel point un prolétaire est faiblement, pour ne pas dire pas du tout, un citoyen. Sans doute à partir de 1848 participe-t-il à la citoyenneté politique, puisqu’il a le droit de vote. Mais socialement parlant il n’est rien, il n’a pratiquement aucun droit ni aucune reconnaissance sociale, et il est au contraire objet de mépris."
Robert Castel - La citoyenneté sociale menacée, in Cités (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"Je voudrais souligner l’importance d’un registre qui me paraît complémentaire de la citoyenneté politique, ce que l’on peut appeler la citoyenneté sociale : montrer qu’elle constitue, avec la citoyenneté politique, l’autre socle de la citoyenneté démocratique. Il s’ensuit que le risque de dégradation de cette citoyenneté sociale, qui est une des caractéristiques inquiétantes de la conjoncture contemporaine, porte aussi une menace pour la citoyenneté elle-même."
Robert Castel - La citoyenneté sociale menacée, in Cités (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"On ne peut rendre compte empiriquement de la liberté. Plus précisément, alors que nous pouvons faire l'expérience de la liberté comme celle d'autres certitudes empiriques, elle n'est pas accessible à une démonstration par une méthode scientifique. Pour le dire comme Kant, la liberté n'est pas accessible rationnellement, c'est à dire qu'on ne peut la démontrer par des méthodes philosophiques reposant sur l'exercice de la raison pure. Du point de vue du constat empirique, le fait que la liberté échappe à la compréhension scientifique ne repose pas tant sur la nature indiciblement mystérieuse du phénomène (après tout, si la liberté est mystérieuse, le mystére se rencontre quotidiennement) que sur la stricte limitation de la portée des méthodes scientifiques. une science empirique doit opérer à l'intérieur de certais présupposés, donc celui de la causalité universelle. Tout objet soumis à un examen scientifique est présumé avoir une cause antérieure. Un objet, ou un évènement, qui est sa propre cause se tient en dehors de l'univers du discours scientifique. Or la liberté a précisément ce caractère. C'est pourquoi la recherche scientifique la plus poussée ne découvrira jamais un phénomène qu'on puisse caractériser comme libre. Tout ce qui peut apparaître comme libre dans une conscience individuelle trouvera sa place, dans le schéma de la science, comme un lien dans une chaîne de cause.
Liberté et causalité ne sont pas des termes logiquement contradictoires : ils appartiennent à des cadres de référence d'ordres différents. Il est oiseux d'attendre que des méthodes scientifiques puisse découvrir la liberté par quelque méthode d'élimination, accumulant cause sur cause jusqu'à aboutir à un phénomène résiduel semblant ne pas avoir de cause et pouvoir être proclamé comme libre. La liberté n'est pas ce qui n'est pas causé. De même, on ne peut déduire la liberté des cas où la prédiction scientifique échoue. La liberté n'est pas ce qui est imprédictible. Comme l'a montré Weber, si tel était le cas, le fou serait l'être le plus libre. L'individu conscient de sa propre liberté ne se tient pas en dehors du monde de la causalité, mais perçoit plutôt sa propre volition comme une catégorie très particulière de cause, différente des autres causes dont il doit tenir compte. Mais cette différence n'est pas sujette à démonstration scientifique. (...)
Avec la méthode des sciences sociales, on a affaire à une manière de penser qui pose a priori le monde humain comme un système causalement clos. La méthode ne serait pas scientifique autrement. La liberté comme cause de nature particulière est exclue a priori de ce système. Dans le domaine des phénomènes sociaux, le sociologue doit poser une régression indéfinie des causes, sans qu'aucune bénéficie d'un statut ontologique privilégié. S'il échoue à expliquer causalement un phénomène par un ensemble de catégories sociologiques, il en essaiera un autre. Si des causes politiques ne semblent pas satisfaisantes, il testera des causes économiques. Et si tout l'appareil conceptuel de la sociologie semble inadapté à fournir une explication, il peut passer à un autre appareil, comme celui de la psychologie ou de la biologie. Ce faisant, il se déplace encore dans l'univers scientifique, c'est à dire qu'il découvrira de nouveaux ordres de causes, mais ne rencontrera pas la liberté. Il n'y a pas d'autres manières de percevoir liberté, en soi-même ou dans un autre être humain, que de passer par une certitude intérieure qui se dissout dès qu'on l'attaque avec les outils de l'analyse scientifique.
Rien n'est plus éloigné de mes intentions que de proclamer allégeance au credo positiviste, encore représenté dans les sciences sociales aux États-unis, qui réduit la réalité aux seuls aspects qu'on peut en étudier scientifiquement. Un tel positivisme aboutit presque invariablement à quelque forme de barbarie intellectuelle, comme l'a si bien montré l'histoire récente de la psychologie béhavioriste dans ce pays. Mais, Pour éviter de polluer irrémédiablement la nourriture intellectuelle, il faut respecter des prescriptions casher et ne pas verser le lait de la subjectivité sur la viande de l’analyse scientifique. Le maintien de cette séparation n’empêche pas de se régaler des deux formes de nourriture, pourvu que ce ne soit pas dans le même plat."
Peter Berger - Invitation à la sociologie (1963)
Posté dans Divers Sociologie
"L'État social, incapable d'assurer à ses sujets la sécurité économique et sociale qu'il leur garantissait auparavant, s'est efforcé, pour reconstituer sa légitimité, de manifester sa puissance comme État national, notamment par la mise en place de la politique dite de "fermeture des frontières" et d"immigration zéro"."
Jérôme Vidal - La fabrique de l'impuissance 1 (2008)
Posté dans Stratification sociale
"Dans notre société, les différences qui séparent les modes de vie selon les classes sociales ne sont pas seulement quantitatives, mais aussi qualitatives. Donnez à un sociologue un peu compétent deux indices de base pour situer un individu dans le système des classes, comme son revenu et sa profession, et il pourra, en l'absence de toute autre indication, prédire un grand nombre de ses autres caractéristiques. Comme toutes les prédictions sociologiques, elles seront de nature statistique : il s'agira de probabilités, avec une marge d'erreur. Mais on peut les assurer avec une assez grande assurance. A partir de ces deux informations sur un individu, le sociologue sera à même de faire des hypothèses fondées sur le quartier ou la ville où il habite, la surface et le style de sa maison. Il pourra aussi donner une description générale du décor intérieur de la maison, deviner le genre de tableaux aux murs et de livres ou de magazines qui se trouvent probablement dans son salon. Il devinera encore le genre de musique que notre sujet aime écouter, s'il va au concert ou s'il écoute des disques ou la radio. Et ce n'est pas tout : il prédira aussi de quel genre d'associations il fait partie, et quelle église il fréquente. Il peut évaluer son vocabulaire, donner en gros les règles de sa syntaxe et d'autres usages langagiers. Il devinera son affiliation politique et ses vues sur un certain nombre de problèmes nationaux. Il prédira le nombre de ses enfants et s'il fait l'amour avec sa femme dans le noir ou la lumière allumée. Il pourra fournir des indications sur la probabilité qu'il soit un jour atteint de certaines maladies physiques ou mentales. Et, on l'a vu, il pourra le situer sur les tables de mortalité. En fin de compte, si le sociologue décidait de vérifier s'il a vu juste en lui demandant un entretien, il peut estimer les chances que cet entretien lui soit refusé."
Peter Berger - Invitation à la sociologie (1963)
Posté dans Divers Economie
"Nous croyons qu'il est possible de poursuivre sur le chemin du développement humain sans sacrifier les écosystèmes terrestres mais à condition d'élever notre niveau d'exigence démocratique. L'égalité écologique est la clé du développement durable."
Jean-Paul Fitoussi et Eloi Laurent - La nouvelle écologie politique (2008)
Posté dans Sociologie politique
"Il n'y a donc pas de roi dans la tribu, mais un chef qui n'est pas un chef d'État. Qu'est-ce que cela signifie ? Simplement que le chef ne dispose d'aucune autorité, d'aucun pouvoir de coercition, d'aucun moyen de donner un ordre. Le chef n'est pas un commandant, les gens de la tribu n'ont aucun devoir d'obéissance. L'espace de la chefferie n'est pas le lieu du pouvoir, et la figure (bien mal nommée) du " chef " sauvage ne préfigure en rien celle d'un futur despote. Ce n'est certainement pas de la chefferie primitive que peut se déduire l'appareil étatique en général.
En quoi le chef de la tribu ne préfigure-t-il pas le chef d'État ? En quoi une telle anticipation de l'État est-elle impossible dans le monde des Sauvages ? Cette discontinuité radicale - qui rend impensable un passage progressif de la chefferie primitive à la machine étatique - se fonde naturellement sur cette relation d'exclusion qui place le pouvoir politique à l'extérieur de la chefferie. Ce qu'il s'agit de penser, c'est un chef sans pouvoir, une institution, la chefferie, étrangère à son essence, l'autorité. Les fonctions du chef, telles qu'elles ont été analysées ci-dessus, montrent bien qu'il ne s'agit pas de fonctions d'autorité. Essentiellement chargé de résorber les conflits qui peuvent surgir entre individus, familles, lignages, etc., il ne dispose, pour rétablir l'ordre et la concorde, que du seul prestige que lui reconnaît la société. Mais prestige ne signifie pas pouvoir, bien entendu, et les moyens que détient le chef pour accomplir sa tâche de pacificateur se limitent à l'usage exclusif de la parole : non pas même pour arbitrer entre les parties opposées, car le chef n'est pas un juge, il ne peut se permettre de prendre parti pour l'un ou l'autre ; mais pour, armé de sa seule éloquence, tenter de persuader les gens qu'il faut s'apaiser, renoncer aux injures, imiter les ancêtres qui ont toujours vécu dans la bonne entente. Entreprise jamais assurée de la réussite, pari chaque fois incertain, car la parole du chef n'a pas force de loi. Que l'effort de persuasion échoue, alors le conflit risqué de se résoudre dans la violence et le prestige du chef peut fort bien n'y point survivre, puisqu'il a fait la preuve de son impuissance à réaliser ce que l'on attend de lui."
Pierre Clastres - La société contre l'État (1969)
Posté dans Sociologie politique
"Pour l'homme des sociétés primitives, l'activité de production est exactement mesurée, délimitée par les besoins à satisfaire, étant entendu qu'il s'agit essentiellement des besoins énergétiques : la production est rabattue sur la reconstitution du stock d'énergie dépensée. En d'autres termes, c'est la vie comme nature qui - à la production près des biens consommés socialement à l'occasion des fêtes - fonde et détermine la quantité de temps consacré à la reproduire. C'est dire qu'une fois assurée la satisfaction globale des besoins énergétiques, rien ne saurait inciter la société primitive à désirer produire plus, c'est-à-dire à aliéner son temps en un travail sans destination, alors que ce temps est disponible pour l'oisiveté, le jeu, la guerre ou la fête. À quelles conditions peut se transformer ce rapport de l'homme primitif à l'activité de production ? À quelles conditions cette activité s'assigne-t-elle un but autre que la satisfaction des besoins énergétiques ? C'est là poser la question de l'origine du travail comme travail aliéné.
Dans la société primitive, société par essence égalitaire, les hommes sont maîtres de leur activité, maîtres de la circulation des produits de cette activité : ils n'agissent que pour eux-mêmes, quand bien même la loi d'échange des biens médiatise le rapport direct de l'homme à son produit. Tout est bouleversé, par conséquent, lorsque l'activité de production est détournée de son but initial, lorsque, au lieu de produire seulement pour lui-même, l'homme primitif produit aussi pour les autres, sans échange et sans réciprocité. C'est alors que l'on peut parler de travail : quand la règle égalitaire d'échange cesse de constituer le " code civil " de la société, quand l'activité de production vise à satisfaire les besoins des autres, quand à la règle échangiste se substitue la terreur de la dette. C'est bien là en effet qu'elle s'inscrit, la différence entre le Sauvage amazonien et l'Indien de l'empire inca. Le premier produit en somme pour vivre, tandis que le second travaille, en plus, pour faire vivre les autres, ceux qui ne travaillent pas, les maîtres qui lui disent : il faut payer ce que tu nous dois, il faut éternellement rembourser la dette à notre égard.
Quand, dans la société primitive, l'économique se laisse repérer comme champ autonome et défini, quand l'activité de production devient travail aliéné, comptabilisé et imposé par ceux qui vont jouir des fruits de ce travail, c'est que la société n'est plus primitive, c'est qu'elle est devenue une société divisée en dominants et dominés, en maîtres et sujets, c'est qu'elle a cessé d'exorciser ce qui est destiné à la tuer : le pouvoir et le respect du pouvoir. La division majeure de la société, celle qui fonde toutes les autres, y compris sans doute la division du travail, c'est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c'est la grande coupure politique entre détenteurs de la force, qu'elle soit guerrière ou religieuse, et assujettis à cette force. La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d'exploitation. Avant d'être économique, l'aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l'économique est une dérive du politique, l'émergence de l'État détermine l'apparition des classes".
Pierre Clastres - La société contre l'État (1969)
Posté dans Sociologie politique
"1) On ne peut répartir les sociétés en deux groupes : sociétés à pouvoir et sociétés sans pouvoir. Nous estimons au contraire (en toute conformité aux données de l'ethnographie) que le pouvoir politique est universel, immanent au social (que le social soit déterminé par les " liens du sang " ou par les classes sociales), mais qu'il se réalise en deux modes principaux : pouvoir coercitif, pouvoir non coercitif.
2) Le pouvoir politique comme coercition (ou comme relation de commandement-obéissance) n'est pas le modèle du pouvoir vrai, mais simplement un cas particulier, une réalisation concrète du pouvoir politique en certaines cultures, telle l'occidentale (mais elle n'est pas la seule, naturellement). Il n'y a donc aucune raison scientifique de privilégier cette modalité-là du pouvoir pour en faire le point de référence et le principe d'explication d'autres modalités différentes.
3) Même dans les sociétés où l'institution politique est absente (par exemple, où il n'existe pas de chefs), même là le politique est présent, même là se pose la question du pouvoir : non au sens trompeur qui inciterait à vouloir rendre compte d'une absence impossible, mais au contraire au sens où, mystérieusement peut-être, quelque chose existe dans l'absence. Si le pouvoir politique n'est pas une nécessité inhérente à la nature humaine, c'est-à-dire à l'homme comme être naturel (et là Nietzsche se trompe), en revanche il est une nécessité inhérente à la vie sociale. On peut penser le politique sans la violence, on ne peut penser le social sans le politique : en d'autres termes, il n'y a pas de sociétés sans pouvoir".
Pierre Clastres - La société contre l'État (1969)
Posté dans Divers Sociologie
"Plus les gens sont dépossédés, culturellement surtout, plus ils sont contraints et enclins à s'en remettre à des mandataires pour avoir une parole politique. En fait, les individus à l'état isolé, silencieux, sans parole, n'ayant ni la capacité ni le pouvoir de se faire écouter, de se faire entendre, sont placés devant l'alternative de se taire ou d'être parlés."
Pierre Bourdieu - La délégation et le fétichisme politique, in Actes de la recherche en sciences sociales (1984)
Posté dans Divers Sociologie
"C’est encore une illusion scolastique que de décrire la résistance à la domination dans le langage de la conscience – comme toute la tradition marxiste et aussi ces théoriciennes féministes qui, cédant aux habitudes de pensée, attendent l’affranchissement politique de l’effet automatique de la « prise de conscience » – en ignorant, faute d’une théorie dispositionnelle des pratiques, l’extraordinaire inertie qui résulte de l’inscription des structures sociales dans les corps."
Pierre Bourdieu - Méditations pascaliennes (1997)
Posté dans Croissance
"Je ne vois pas pourquoi il y aurait lieu de se féliciter de ce que des individus, déjà plus riches qu'il n'est besoin, doublent la faculté de consommer des choses qui ne leur procurent que peu ou point de plaisir, autrement que comme signe de richesse. (...) C'est seulement dans les pays arriérés que l'accroissement de la production a encore quelque importance: dans ceux qui sont plus avancés, on a bien plus besoin d'une distribution meilleure dont la condition indispensable est une restriction du principe de la population. (...) Il n'y a pas grand plaisir à considérer un monde où il ne resterait rien de livré à l'activité spontanée de la nature, où tout pouce de terre propre à produire les aliments pour l'homme serait mis en culture ; où tout désert fleuri, toute prairie naturelle seraient labourés; où tous les quadrupèdes et tous les oiseaux qui ne seraient pas apprivoisés pour l'usage de l'homme, seraient exterminés comme des concurrents qui viennent lui disputer sa nourriture ; où toute haie, tout arbre inutile seraient déracinés ; où il resterait à peine une place où pût venir un buisson ou une fleur sauvage, sans qu'on vînt aussitôt les arracher au nom des progrès de l'agriculture."
John Stuart Mill - Principes d'économie politique (1848)
Posté dans Sociologie politique
"Prendre au sérieux les sociétés primitives revient ainsi à réfléchir sur cette proposition qui, en effet, les définit parfaitement: on ne peut y isoler me sphère politique distincte de la sphère du social."
Pierre Clastres - La question du pouvoir dans les sociétés primitives (1976)
Posté dans Sociologie politique
"Comme tous les groupements politiques qui l'ont précédé historiquement, l'État consiste en un rapport de domination de l'homme sur l'homme fondé sur le moyen de la violence
légitime (c'est-à-dire sur la violence qui est considérée comme légitime). L'État ne peut donc exister qu'à la condition que les hommes dominés se soumettent à l'autorité revendiquée
chaque fois par les dominateurs. Les questions suivantes se posent alors. Dans quelles conditions se soumettent-ils et pourquoi? Sur quelles justifications internes et sur quels
moyens externes, cette domination s'appuie-t-elle ? Il existe en principe - nous commencerons par là - trois raisons internes qui justifient la domination, et par conséquent il existe trois fondements de la légitimité. Tout d'abord l'autorité de l'« éternel hier », c'est-à-dire celle des coutumes sanctifiées par leur validité immémoriale et par l'habitude enracinée en l'homme de les respecter. Tel est le « pouvoir traditionnel » que le patriarche ou le seigneur terrien exerçaient autrefois. En second lieu l'autorité fondée sur la grâce personnelle et extraordinaire d'un individu (charisme); elle se caractérise par le dévouement tout personnel des sujets à la cause d'un homme et par leur confiance en sa seule personne en tant qu'elle se singularise par des qualités prodigieuses, par l'héroïsme ou d'autres particularités exemplaires qui font le chef. C'est là le pouvoir « charismatique » que le prophète exerçait, ou - dans le domaine politique - le chef de guerre élu, le souverain plébiscité, le grand démagogue ou le chef d'un parti politique. Il y a enfin l'autorité qui s'impose en vertu de la « légalité », en vertu de la croyance en la validité d'un statut légal et d'une a compétence » positive fondée sur des règles établies rationnellement, en d'autres termes l'autorité fondée sur l'obéissance qui s'acquitte des obligations conformes au statut établi. C'est là le pouvoir tel que l'exerce le « serviteur de l'État » moderne, ainsi que tous les détenteurs du pouvoir qui s'en rapprochent sous ce rapport."
Max Weber - Le savant et le politique (1919)
Posté dans Contrôle social et Déviance
"Si les angoisses provoquées par les comportements des adolescents ne sont pas nouvelles, ces comportements le sont-ils? Certes non. Toutes les sociétés industrielles urbaines connaissent de lourds problèmes de délinquance juvénile (que les sociétés paysannes savaient mieux canaliser). En réalité, au moins depuis les années 1830, à des degrés divers selon le moment, la société française a toujours eu peur de sa jeunesse ouvrière, sorte d'avant-garde des "classes dangereuses". Par exemple, au début du XXè siècle, à Paris, on parlait de bandes d'"apaches". Cela étant, tout en renouvelant des questions plus anciennes, les problèmes actuels présentent quelques spécificités liées au développement de la société de consommation, à l'irruption du chômage de masse et à la concentration spatiale des inégalités, à la façon dont la société française a construit économiquement et politiquement un "problème de l'immigration" dont elle fait mine de s'étonner des conséquences et, enfin, à l'introduction de la drogue dans les milieux populaires et aux conséquences de l'organisation des trafics."
Laurent Mucchielli - Violences et insécurités (2001)
Posté dans Contrôle social et Déviance
"En amalgamant en permanence incivilité et délinquance, injure et agression physique, usage/revente dans le groupe de pairs et trafic organisé de drogues, incendie de voitures une nuit d'émeutes et trafic de voitures volées, drogue dure et drogue douce, motivation crapuleuse, motivation ostentatoire et motivation politique, contestation et terrorisme, etc., et en généralisant de façon outrancière certains processus réels mais marginaux, la hiérarchie policière tend à criminaliser l'ensemble de la jeunesse des quartiers défavorisés, et tout particulièrement celle qui n'a pas la peau tout à fait blanche. Ce faisant, il est permis de penser que, loin de favoriser le règlement des conflits qui traversent la société française, elle risque de contribuer à leur aggravation."
Laurent Mucchielli - Violences et insécurités (2001)
Posté dans Contrôle social et Déviance
"Le discours sur les émeutes des experts policiers de la violence urbaine semble ordonné par trois objectifs. Accréditer l'idée d'une menace grandissante. (...) Evacuer la dimension politique du comportement des jeunes. (...) Dissimuler la coresponsabilité policière dans la tension permanente qui anime certains quartiers ainsi que dans le déclenchement direct de certaines émeutes."
Laurent Mucchielli - Violences et insécurités (2001)
Posté dans Contrôle social et Déviance
"En matière de délinquance, il existe un épais brouillard sur les critères de ce que peut être une expertise légitime. A coté des chercheurs et des universitaires, et rencontrant souvent un écho beaucoup plus large, est apparue une foule d'auteurs qui se donnent fréquemment des apparences scientifiques, alors qu'il s'agit en réalité de policiers, de marchands de sécurité, de journalistes politiquement engagés, bref, d'auteurs dont les intérêts ne sont pas neutres."
Laurent Mucchielli - Violences et insécurités (2001)
Posté dans Sociologie politique
"Ne pas évoluer dans un univers professionnel ou rester cantonné aux marges du travail, comme c’est le cas des salariés précaires, constitue un obstacle – qui se révèle souvent insurmontable – à la politisation et à la mobilisation électorale. Tout particulièrement dans les milieux les plus populaires, où la socialisation politique par le travail représentait l’un des rares moyens de compenser les faibles capacités politiques de l’environnement familial et amical."
Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)
Posté dans Sociologie politique
"Au cours de notre enquête, nous avons, à nouveau, pu vérifier combien les environnements professionnels peuvent influer sur le rapport que les individus entretiennent au politique."
Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)
Posté dans Sociologie politique
"On peut, en effet, considérer que les raisons de la progression de la non-inscription (en milieu populaire) et de l’abstention (dans l’ensemble de la population) ne sont pas uniquement à rechercher dans les transformations de l’offre électorale, ni même seulement dans l’évolution des prédispositions politiques ou civiques incorporées, mais aussi dans les transformations structurelles des environnements concrets au sein desquels évoluent les électeurs potentiels. Notre enquête a été construite sur le postulat théorique selon lequel la participation aux élections gagne à être considérée comme la conséquence d’une authentique mobilisation collective."
Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)
Posté dans Sociologie politique
"Lorsqu’on cherche à établir les ressorts de la mobilisation électorale, on s’aperçoit que les normes environnementales auxquelles sont exposés les individus dans leurs univers de référence constituent un facteur au moins aussi décisif que l’intérêt pour la politique."
Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)
Posté dans Sociologie politique
"Avant de chercher les raisons proprement politiques que certains électeurs politisés pourraient avoir de s’abstenir, il importe d’abord de comprendre les raisons de voter de ceux qui n’ont a priori guère de raisons politiques de le faire parce qu’ils n’attendent rien ou presque rien de la politique. Or, si la pratique électorale ne dépend pas uniquement du niveau de politisation, c’est entre autres parce qu’une seconde grande prédisposition se révèle tout aussi décisive. Et peut-être même plus décisive encore. Le rapport que les individus entretiennent aux normes socialement dominantes en général et à la norme civique en particulier apparaît, en effet, hautement prédictif de leurs chances de voter ou de s’abstenir et, plus en amont, de s’être inscrits sur les listes."
Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)
Posté dans Sociologie politique
"Il existe, en effet, des modes d’évaluation non politiques du politique : juger un candidat sur ce qui se dégage de son aspect physique, de sa manière de parler ou de se tenir, par exemple. (...) L’absence de sensibilité à la politique institutionnelle a, entre autres, pour conséquence une quasi-impossibilité à appliquer des critères d’évaluation spécifiquement politiques aux candidats. Ceux-ci sont perçus essentiellement à partir de leur apparence physique. (...) L’offre électorale ne passe pas uniquement, loin de là, par les références idéologiques et les proposition programmatiques. Elle passe également par les corps, par la manière de se tenir, par le niveau de langage employé, par les expressions et les intonations mobilisées. (...) Le corps est une dimension à part entière du message politique à laquelle seront particulièrement sensibles les moins prédisposés à entretenir un rapport politique à l’offre politique et à s’intéresser aux discours, aux programmes, aux alliances, aux positionnements idéologiques des candidats. (...) Le fait de ne pas interpréter dans les catégories politiques du champ politique le message des candidats ne signifie donc pas que les électeurs les moins politisés ne mettent pas en œuvre, eux aussi, des schèmes d’appréciation structurés et consolidés dans la production de leurs préférences. (...) Si les corps parlent tant aux habitants, c’est parce que les mots politiques, eux, ne leur disent (presque) rien. »
Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)
Posté dans Sociologie politique
"Contrairement à ce que l’on croit fréquemment, surtout dans les milieux politisés, les mobilisations électorales ne fonctionnent pas exclusivement à la politique, loin de là."
Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)
Posté dans Sociologie politique
"L’objectivation statistique des pratiques de vote conduit à rompre avec la représentation d’un divorce irrémédiable entre les habitants de la cité et l’institution électorale, qui reposerait sur un rejet consolidé de la représentation politique. Car ce n’est pas ce type d’abstention protestataire qui semble ici s’imposer."
Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)
Posté dans Sociologie politique
"L’abstentionnisme constant se révèle (...) un comportement très minoritaire. Ce qui doit conduire à nuancer la thèse largement répandue de l’abstention comme manifestation d’un comportement protestataire, voire d’un rejet consolidé de la pratique électorale et du monde politique dans sa globalité. En réalité, l’analyse attentive des listes d’émargement révèle que c’est dans la qualité de l’inscription que se jouent très largement les chances de participations aux scrutins."
Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)
Posté dans Divers Economie
"Une économie nationale, c’est un espace politique transformé par l’État, en raison des nécessités et des innovations de la vie matérielle, en un espace économique cohérent, unifié, dont les activités peuvent se porter ensemble dans une même direction."
Fernand Braudel - La dynamique du capitalisme (1985)
Posté dans Divers Sociologie
"La question que nous aurons rapidement à traiter n’est plus de savoir s’il faut introduire des catégories ethniques « directes », mais comment limiter les effets pervers de l’établissement de ces statistiques, sachant que les chercheurs sont unanimes à vouloir en faire un instrument de la politique d’égalité de tous. Ma réticence se fonde sur le caractère essentiellement politique de l’établissement des statistiques ethniques, particulièrement contraires à la tradition de l’intégration à la française. (...) Mais ma réticence s’accompagne du sentiment fort que l’adoption des catégories ethniques, qui, dans une société qui valorise la raison scientifique, apparaît nécessaire pour consacrer « scientifiquement » l’existence des discriminations et donner aux militants antiracistes et aux responsables politiques des instruments de lutte fondés en raison – en raison sociologique –, est inéluctable dans la mesure où elle participe de la
dynamique démocratique."
Dominique Schnapper - Les enjeux démocratiques de la statistique ethnique, In Revue Française de Sociologie (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"La politique et la recherche, en prenant en compte les catégories ethniques, ne peuvent manquer de concourir à ce que la conscience « ethnique » se renforce."
Dominique Schnapper - Les enjeux démocratiques de la statistique ethnique, In Revue Française de Sociologie (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"Le refus d’élaborer des catégories religieuses et ethniques en France est lié à la tradition de la sociologie française, elle-même liée aux modalités particulières de la conception de la « République ». Selon le mythe fondateur de la nation, la citoyenneté, dont la vocation est universelle, transcende les appartenances particulières. Le citoyen est sans origine régionale ou nationale et sans religion. Jusqu’à une vingtaine d’années, les statistiques nationales reflétaient cette conception en ignorant en principe les « origines » historiques et religieuses. Cette cécité voulue et organisée renforçait l’utopie créatrice de la conception individuelle de la citoyenneté, de l’égalité de tous les citoyens indépendamment de leurs caractéristiques. Bien entendu, il ne s’agissait pas de nier le fait que les citoyens étaient également des individus historiques, dotés de qualités particulières, mais d’affirmer que leurs particularités
n’étaient pas prises en compte dans l’espace public. C’était contribuer par l’appareil statistique à la fiction juridique et politique de la citoyenneté. Le poids de cette histoire est d’autant plus fort que l’exception à cette règle en métropole fut tragique, le gouvernement vichyssois, dès 1940, sépara les juifs du reste de la population pour leur appliquer un régime juridique particulier avant de les livrer aux autorités allemandes. Les services de la statistique publique furent durablement marqués par cette expérience."
Dominique Schnapper - Les enjeux démocratiques de la statistique ethnique, In Revue Française de Sociologie (2008)
Posté dans Divers Economie
"Si Friedman s’est trompé, le « nouveau consensus monétaire » se trompe encore plus. Ce consensus, qui adopte l’attitude de l’autruche face à la spéculation sur les marchandises, et qui n’a rien à dire sur les prêts abusifs, la titrisation spéculative et la fraude d’entreprise, n’a rien à dire des problèmes qu’affronte aujourd’hui la politique monétaire. Respectées à la lettre, ses instructions mèneraient au désastre. Il n’y a par bonheur aucun risque que les banques centrales choisissent de suivre cette voie, quelles que soient les convictions qu’elles affichent en public. Et si aussi bien Friedman que le « nouveau consensus » se trompent, que peuvent faire les banques centrales aux abois ? Il faut qu’elles se rendent à l’évidence : l’instabilité du capitalisme, l’irresponsabilité des spéculateurs rendent la régulation et l’intervention nécessaire plus nécessaire que jamais."
James K. Galbraith - La fin du « nouveau consensus monétaire » (2008)
Posté dans Stratification sociale
"Toute société évoluée admet plusieurs hiérarchies, disons plusieurs escaliers permettant de quitter le rez-de-chaussée où végète le peuple massif de base (...) : hiérarchie religieuse, hiérarchie politique, hiérarchie militaire, hiérarchies diverses de l'argent. De l'une à l'autre, selon les siècles et selon les lieux, il y a des oppositions, ou des compromis, ou des alliances ; parfois, il y a même confusion."
Fernand Braudel - La dynamique du capitalisme (1985)
Posté dans Divers Economie
"Privilège du petit nombre, le capitalisme est impensable sans la complicité active de la société. Il est forcément une réalité de l’ordre social, même une réalité de l’ordre politique, même une réalité de civilisation. Car il faut que, d’une certaine manière, la société tout entière en accepte plus ou moins consciemment les valeurs."
Fernand Braudel - La dynamique du capitalisme (1985)
Posté dans Divers Sociologie
"Supposons connus et les formes générales de la vie politique et morale (voir plus haut), et généralement chacun des autres systèmes de faits sociaux et leurs rapports entre eux : religion, économie, techniques, sciences, etc.; - restent à étudier au moins deux groupes de faits : la solidité du tout, la perpétuité du tout : 1. la cohésion sociale et l'autorité qui l'exprime et la crée; 2. la tradition et l'éducation qui la transmettent de génération en génération."
Marcel Mauss - Fragment d'un plan de sociologie générale descriptive (1934)
Posté dans Divers Sociologie
"Le jour où, à côté des sociologues, quelques théoriciens de la politique ou quelques sociologues eux-mêmes, épris du futur, arriveront à cette fermeté dans le diagnostic et à une certaine sûreté dans la thérapeutique, dans la propédeutique, dans la pédagogie surtout, ce jour-là la cause de la sociologie sera gagnée. L'utilité de la sociologie s'imposera; elle imprimera une formation expérimentale à l'esprit moral et à l'éducation politique; elle sera justifiée en fait, comme elle l'est en raison. Le principal but sera ainsi atteint le jour où, séparée d'elle, mais inspirée d'elle, une politique positive pourra venir en application d'une sociologie complète et concrète. Si elle ne donne pas les solutions pratiques, elle donnera du moins le sens de l'action rationnelle. L'instruction, l'information, l'entraînement sociologiques donneront aux générations qui montent le sentiment de la délicatesse des procédés de la politique. Ceux-ci, inconsciemment usités en ce moment, pourront être portés au degré de conscience voulue quand une, deux générations de savants auront analysé les mécanismes des sociétés vivantes, celles qui nous intéressent pratiquement. Les hommes politiques et les hommes d'action, ne se borneront plus à des choix instinctifs. Sans attendre une théorie trop poussée, ils sauront consciemment balancer les intérêts et les droits, le passé et le futur. Ils sauront de façon constante estimer ce milieu interne qu'est la société, ces milieux secondaires que forment les générations, les sexes et les sous-groupes sociaux. Ils sauront peser les forces que sont les idées et les idéaux, les courants et les traditions. Ils sauront enfin ne pas méconnaître les milieux externes où se meuvent les intérêts qu'ils administrent : les autres sociétés qui peuvent les contrarier; le sol dont il faut administrer les réserves en vue des générations futures. Voilà, sans utopie, mais sans confusion avec la science, un programme de politique positive."
Marcel Mauss - Division concrète de la sociologie (1927)
Posté dans Divers Sociologie
"Tout en refusant de sacrifier à une recherche du bien un instant qui ne serait pas exclusivement consacré par la recherche du vrai, il faut évidemment que les sociologues remplissent leur devoir social. Il faut qu'ils aident à diriger l'opinion, voire le gouvernement. Naturellement, si c'est en tant qu'homme politique qu'un sociologue veut agir, il doit, autant qu'il peut, séparer sa science de ses actions. Mais il est possible de produire des travaux sur des sujets moins brûlants, plus généraux et cependant destinés à la pratique morale et à la politique. (...) Il y a en effet tout un domaine, à mi-chemin de l'action et de la science, dans la région de la pratique rationnelle où le sociologue doit et peut s'aventurer."
Marcel Mauss - Division concrète de la sociologie (1927)
Posté dans Divers Sociologie
"L'art de diriger une société, l'action, l'administration, le commandement sont choses autrement vitales et puissantes que cette influence indirecte de la science des sociétés. Cette action à distance est relativement peu de chose par rapport à la politique tout court. Comment pouvons-nous contribuer efficacement à celle-ci? Voilà le problème final de la sociologie. Déjà, au contact de celle-ci, l'action politique est singulièrement agrandie : on l'entend au sens large sous son inspiration; on comprend en elle, non seulement la direction des organes de la souveraineté, mais encore le contrôle des forces financières, des industries, de l'éducation, des relations matérielles, morales et intellec¬tuelles avec les autres nations. De plus, éclairée, rehaussée, affinée par la sociologie, cette action peut être infiniment meilleure que si on la laisse aveugle. Donc l'art politique ne doit pas être indépendant de la sociologie, et celle-ci ne doit pas se désintéresser de lui."
Marcel Mauss - Division concrète de la sociologie (1927)
Posté dans Divers Sociologie
"Les sociétés modernes savent que bien des choses éminemment sociales ne doivent pas être remises à des fonctionnaires, à des conseillers, à des légistes. Celles qui mettent en jeu et même en question la société elle-même, comme la guerre et la paix, doivent être décidées autrement qu'autrefois. Le service principal que les sociologues ont rendu jusqu'à maintenant et rendront de plus en plus à la politique, par une théorie de la politique elle-même, consiste donc à faire sentir à quel degré les problèmes politiques sont des problèmes sociaux. Ils auraient par suite le plus grave tort si, pour ne pas verser dans l'erreur commune, ils restaient tous dans leur tour, s'ils s'abstenaient tous de prendre parti, s'ils laissaient la politique aux théoriciens politiciens et aux théoriciens bureaucrates. L'art de la vie sociale les concerne en particulier et transmettre une tradition, éduquer les jeunes générations, les intégrer dans une société déterminée, les « élever » et surtout les faire progresser, tout cela dépasse les limites du droit et de tout ce qu'on convient d'appeler l'État. La science de cet art fait donc partie de la sociologie générale, ou, dans une sociologie divisée de façon concrète, d'une partie toute spéciale de la sociologie de l'action."
Marcel Mauss - Division concrète de la sociologie (1927)
Posté dans Divers Sociologie
"La Sociologie est plus près qu'aucune autre science de l'art pratique correspondant, de la politique, du moins de celle des temps modernes. L'une et l'autre supposent que, hors de tous préjugés religieux, moraux ou autres, la société prend conscience d'elle-même, de son devenir d'une part, de son milieu d'autre part, pour régler son action."
Marcel Mauss - Division concrète de la sociologie (1927)
Posté dans Divers Sociologie
"Nous, ici, en France, et dans l'Année sociologique, nous ne nous occupons intentionnellement pas de la politique. Nous avons pour cela une raison de principe que Durkheim a souvent indiquée et précisée : ceux qui font cette confusion entre la science et l'art se trompent et au point de vue de la science et au point de vue de l'art. Chercher des applications ne doit être ni l'objet d'une science, ni le but d'une science : ce serait fausser celle-ci, Et l'art n'a pas à attendre la science : celle-ci n'a pas pareil primat. Mais si la sociologie doit rester pure, elle doit se préoccuper de son application."
Marcel Mauss - Division concrète de la sociologie (1927)
Posté dans Stratification sociale
"Déjà affaiblie au sein de l’institution statistique, la nomenclature des catégories socioprofessionnelles l’est également dans le champ académique hexagonal. Les modélisations qui suggèrent une société d’individus émancipés des déterminismes sociaux, d’une part, et les analyses centrées sur l’activité de production symbolique des « personnes » (leurs « récits », leurs « grandeurs », etc.), d’autre part, n’ont guère besoin d’outil statistique pour mesurer la position sociale des acteurs qu’ils mettent en scène."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Stratification sociale
"Il est toujours difficile d’identifier des causes univoques à l’évolution des représentations, mais on peut se demander si le déclin de l’usage de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles par les statisticiens n’a pas lui-même contribué à alimenter les discours sur la fin des classes sociales en France."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Stratification sociale
"L’abandon progressif de l’usage des catégories socioprofessionnelles semble découler d’une volonté pragmatique de prendre en compte, en les spécifiant de façon
autonome, les différentes dimensions qui contribuent à façonner le monde social : l’usage de variables plus localisées, plus précises permettrait d’obtenir des résultats plus « significatifs». Le gain incontestable que procure la mobilisation d’autres variables, tels le revenu, le diplôme, le statut d’emploi ou l’origine nationale, risque néanmoins de s’imposer au détriment d’une pensée relationnelle du monde social qui permet de restituer la cohérence de l’ensemble des pratiques économiques, culturelles ou politiques."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Stratification sociale
"En plaçant sur un même plan analytique (voire en mettant en concurrence dans des modélisations) la catégorie socioprofessionnelle et le revenu, on suggère implicitement que le maintien d’inégalités de destinées sociales entre individus n’est pas imputable à des formes de relégation pluridimensionnelles, mais à de simples différences de dotation économique et/ou de capital humain (notamment en termes d’investissement scolaire)."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Stratification sociale
"La force explicative de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles a longtemps tenu en grande partie au fait qu’elle permet de synthétiser un très grand nombre d’attributs sociaux. À ce titre, elle a longtemps été la variable clef pour comprendre les variations des comportements et des pratiques. L’hypothèse sous-jacente consistait à postuler que des groupes d’individus ayant des caractéristiques objectivement comparables (du point de vue des conditions de travail, de formation et des origines sociales) ont toutes les chances de développer des pratiques sociales communes (loisirs, consommations...) précisément parce qu’elles sont le produit des conditions sociales dans lesquelles ils vivent. Or, c’est justement cette capacité de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles à rendre raison de la communauté de destins sociaux qui est de plus en plus contestée, au sein même de l’institution statistique qui l’avait vu naître."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Stratification sociale
"La montée en puissance des méthodes économétriques au sein de l’Insee et l’attention apportée par les statisticiens aux transformations du marché du travail ont progressivement relégué la nomenclature des PCS au rang de variable secondaire, susceptible dans certains cas d’être prise en compte. Cette désaffection s’est traduite par une absence de réflexion sur la possibilité de rénover cet outil."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Stratification sociale
"Parallèlement à ces transformations affectant la formation des statisticiens, le souci de la direction de l’Insee d’internationaliser une recherche statistique dépeinte comme trop « hexagonale » conduit les responsables des publications à se conformer davantage aux canons de scientificité anglo-saxons. Dès lors, c’est la légitimité même de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles qui va se trouver progressivement remise en cause, en particulier en raison de son incompatibilité avec d’autres outils en vigueur dans les pays européens."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Stratification sociale
"Plus fondamentalement, c’est la nébuleuse planificatrice qui s’était constituée après guerre autour de l’Insee qui semble s’être délitée au profit d’un consensus centré sur le référentiel de l’acteur rationnel tel que le conçoit le raisonnement microéconomique. Cette nouvelle épistémologie pratique est à mettre en relation avec les transformations intervenues dans le recrutement des statisticiens : leur origine et leur position sociale, d’une part, et l’organisation de leur formation et de leur carrière, d’autre part, expliquent en grande partie le déclin d’une vision du monde en termes de groupes sociaux au sein de l’institution statistique."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"Au recul de l’usage de la nomenclature (des PCS) dans les publications de l’Insee correspond un effacement progressif de l’enseignement de la sociologie dans les lieux de formation des futurs statisticiens."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Stratification sociale
"Dans le cadre de l’analyse factorielle, la catégorie socioprofessionnelle s’avère très précieuse pour étudier la relation entre la position sociale et les pratiques. En revanche, dans le cadre de la modélisation, cette variable discrète, synthétique et multidimensionnelle ne peut qu’embarrasser l’économètre qui cherche à isoler l’effet propre de chaque variable."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Stratification sociale
"Sans minimiser les profonds changements sociaux qui ont affecté le salariat au cours de la dernière période, nous voudrions montrer que le déclin des représentations en termes de groupes sociaux est en grande partie le produit d’évolutions qui sont intervenues du côté des agents du système statistique et de leurs modes de vision (et de division) de l’espace social."
Emmanuel Pierru et Alexis Spire - Le crépuscule des catégories socioprofessionnelles, in Revue Française de sciences politiques (2008)
Posté dans Divers Sociologie
"Qu'est-ce en effet qu'une institution sinon un ensemble d'actes ou d'idées tout institué que les individus trouvent devant eux et qui s'impose plus ou moins à eux? Il n'y a aucune raison pour réserver exclusivement, comme on le fait d'ordinaire, cette expression aux arrangements sociaux fondamentaux. Nous entendons donc par ce mot aussi bien les usages et les modes, les préjugés et les superstitions que les constitutions politiques ou les organisations juridiques essentielles; car tous ces phénomènes sont de même nature et ne diffèrent qu'en degré. L'institution est en somme dans l'ordre social ce qu'est la fonction dans l'ordre biologique : et de même que la science de la vie est la science des fonctions vitales, la science de .la société est la science des institutions ainsi définies. (...) Ce sont donc les institutions vivantes, telles qu'elles se forment, fonctionnent et se transforment aux différents moments, qui constituent les phénomènes proprement sociaux, objets de la sociologie."
Paul Fauconnet et Marcel Mauss - La sociologie : objet et méthode, in La Grande Encyclopédie (1901)
Posté dans Divers Sociologie
"Une société est en effet un organisme composé d'unités disparates, distinctes, mais enfin, communiquant entre elles, formant un ensemble. La société et ses différents groupements ayant au moins un minimum de cohésion, de morale, d'ordre, de confiance et de prévoyance, et de prévisibilités. C'est quelque chose qui « tient ». L'observation de la façon dont j'ai vu ma charcutière passer de la gelée de viande à ma bouchère m'a illuminé sur la situation. La crise est un état dans lequel les choses irrégulières sont la règle, et les choses régulières impossibles. C'est le moment où « ça ne colle plus », où tout le monde décolle d'avec tout le monde. De là, je me suis souvenu des belles doctrines de Duclaux Père, répétées par Duclaux Fils : tout ce qui est organique, à quelque degré de complexité que ce soit, y compris la cellule animale la plus fine, est un composé qui colle. C'est un « gel » comme la gelée de viande. La crise, c'est le « dégel », c'est le départ des molécules de la gelée de viande sur le macaroni, c'est le contraire de l'état colloïdal, c'est l'état moléculaire où les hasards forment les grands nombres naturels."
Marcel Mauss - Note sur les crises, in Écrits politiques (1942)
Posté dans Divers Sociologie
"Depuis que j'ai collaboré avec mon oncle à son livre sur le Suicide, et lui ai fourni les documents à analyser directement sur pièces originales pour son livre sur le Suicide (partie concernant le suicide en France), j'ai réfléchi au fait des crises sociales. Il y avait une chose dans son oeuvre qui m'a toujours chiffonné, depuis mon âge de vingt-trois ans, c'était l'emploi du mot « anomique » pour désigner la crise. Il est bien évident que les crises économiques et autres provoquent des maxima de suicides, en particulier en France ; mais, si j'étais d'accord complètement avec mon oncle sur le fond, je n'ai jamais aimé ce terme d' « anomique ». À la grande irritation de mon oncle, je le trouvais trop philosophique, trop juridique, trop moraliste, insuffisamment concret."
Marcel Mauss - Note sur les crises, in Écrits politiques (1942)
Posté dans Divers Sociologie
"Aussi bien la conception du contrat social est-elle aujourd'hui bien difficile à défendre, car elle est sans rapport avec les faits. L'observateur ne la rencontre, pour ainsi dire, pas sur son chemin. Non seulement il n'y a pas de sociétés qui aient une telle origine, mais il n'en est pas dont la structure présente la moindre trace d'une organisation contractuelle. Ce n'est donc ni un fait acquis à l'histoire, ni une tendance qui se dégage du développement historique. (...) Mais si les sociétés supérieures ne reposent pas sur un contrat fondamental qui porte sur les principes généraux de la vie politique, elles auraient ou tendraient à avoir pour base unique, suivant M. Spencer, le vaste système de contrats particuliers qui lient entre eux les individus. Ceux-ci ne dépendraient du groupe que dans la mesure où ils dépendraient les uns des autres, et ils ne dépendraient les uns des autres que dans la mesure marquée par les conventions privées et librement conclues. La solidarité sociale ne serait donc autre chose que l'accord spontané des intérêts individuels, accord dont les contrats sont l'expression naturelle. Le type des relations sociales serait la relation économique, débarrassée de toute réglementation et telle qu'elle résulte de l'initiative entièrement libre des parties. En un mot, la société ne serait que la mise en rapport d'individus échangeant les produits de leur travail, et sans qu'aucune action proprement sociale vienne régler cet échange. Est-ce bien le caractère des sociétés dont l'unité est produite par la division du travail ? S'il en était ainsi, on pourrait avec raison douter de leur stabilité. Car si l'intérêt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; (...) Car, là où l'intérêt règne seul, comme rien ne vient refréner les égoïsmes en présence, chaque moi se trouve vis-à-vis de l'autre sur le pied de guerre et toute trêve à cet éternel antagonisme ne saurait être de longue durée. L'intérêt est, en effet, ce qu'il y a de moins constant au monde. Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir à vous ; demain, la même raison fera de moi votre ennemi. Une telle cause ne peut donc donner naissance qu'à des rapprochements passagers et à des associations d'un jour. On voit combien il est nécessaire d'examiner si telle est effectivement la nature de la solidarité organique."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Travail et Emploi
"Il faut en effet penser ensemble ces trois composantes de la situation présente : primo, il y a du non-emploi, c'est-à-dire une pénurie de places disponibles sur le marché du travail susceptibles d'assurer le plein-emploi ; deuxio, il y a une survalorisation du travail qui en fait un impératif catégorique, une exigence absolue de travailler pour être socialement respectable ; tertio, il y a cette stigmatisation du non-travail, assimilé à l'oisiveté coupable, à la figure traditionnelle du "mauvais pauvre" vivant aux dépens de ceux qui travaillent. Ces trois dimensions fonctionnent d'une manière complémentaire pour impulser une politique pouvant conduire à la pleine activité sans que cela signifie le retour au plein-emploi. Tout le monde doit et pourrait travailler si on abaisse le seuil d'exigence qui commande l'accès au travail. Il faut donc travailler même si le travail n'assure pas les conditions minimales d'une certaine indépendance économique. C'est ainsi que l'on devient un travailleur pauvre, figure qui est en train de s'installer dans notre paysage social. Ce n'est pas très gratifiant à aucun point de vue d'être un travailleur pauvre. Cependant c'est mieux que d'être un mauvais pauvre, un misérable parasite assisté."
Robert Castel - Travailler plus, pour gagner quoi ?, in Le Monde (8 juillet 2008)
Posté dans Divers Sociologie
"La division du travail n'est pas spéciale au monde économique ; on en peut observer l'influence croissante dans les régions les plus différentes de la société. Les fonctions politiques, administratives, judiciaires, se spécialisent de plus en plus. Il en est de même des fonctions artistiques et scientifiques. (...) Non seulement le savant ne cultive plus simultanément des sciences différentes, mais il n'embrasse même plus l'ensemble d'une science tout entière. Le cercle de ses recherches se restreint à un ordre déterminé de problèmes ou même à un problème unique."
Émile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Famille
"La famille ne doit donc pas ses vertus à l'unité de descendance : c'est tout simplement un groupe d'individus qui se trouvent avoir été rapprochés les uns des autres, au sein de la société politique, par une communauté plus particulièrement étroite d'idées, de sentiments et d'intérêts. La consanguinité a pu faciliter cette concentration ; car elle a naturellement pour effet d'incliner les consciences les unes vers les autres. Mais bien d'autres facteurs sont intervenus : le voisinage matériel, la solidarité des intérêts, le besoin de s'unir pour lutter contre un danger commun, ou simplement pour s'unir, ont été des causes autrement puissantes de rapprochement."
Émile Durkheim - De la division du travail social, préface de la seconde édition (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"Du moment que, au sein d'une société politique, un certain nombre d'individus se trouvent avoir en commun des idées, des intérêts, des sentiments, des occupations que le reste de la population ne partage pas avec eux, il est inévitable que, sous l'influence de ces similitudes, ils soient attirés les uns vers les autres, qu'ils se recherchent, entrent en relations, s'associent, et qu'ainsi se forme peu à peu un groupe restreint, ayant sa physionomie spéciale, au sein de la société générale. Mais une fois que le groupe est formé, il s'en dégage une vie morale qui porte naturellement la marque des conditions particulières dans lesquelles elle s'est élaborée. Car il est impossible que des hommes vivent ensemble, soient en commerce fréquent, sans qu'ils prennent le sentiment du tout qu'ils forment par leur union, sans qu'ils s'attachent à ce tout, s'en préoccupent, en tiennent compte dans leur conduite. Or cet attachement à quelque chose qui dépasse l'individu, aux intérêts du groupe auquel il appartient, c'est la source même de toute activité morale."
Émile Durkheim - De la division du travail social, préface de la seconde édition (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"Si l'anomie est un mal, c'est avant tout parce que la société en souffre, ne pouvant se passer, pour vivre, de cohésion et de régularité. Une réglementation morale ou juridique exprime donc essentiellement des besoins sociaux que la société seule peut connaître; elle repose sur un état d' opinion, et toute opinion est chose collective, produit d'une élaboration collective. Pour que l'anomie prenne fin, il faut donc qu'il existe ou qu' il se forme un groupe où se puisse constituer le système de règles qui fait actuellement défaut. Ni la société politique dans son ensemble, ni l'état ne peuvent évidemment s'acquitter de cette fonction; la vie économique, parce qu'elle est très spéciale et qu'elle se spécialise chaque jour davantage, échappe à leur compétence et à leur action. L'activité d'une profession ne peut être réglementée efficacement que par un groupe assez proche de cette profession même pour en bien connaître le fonctionnement, pour en sentir tous les besoins et pouvoir suivre toutes leurs variations. Le seul qui réponde à ces conditions est celui que formeraient tous les agents d'une même industrie réunis et organisés en un même corps. c'est ce qu'on appelle la corporation ou le groupe professionnel. Or, dans l'ordre économique, le groupe professionnel n'existe pas plus que la morale professionnelle. Depuis que, non sans raison, le siècle dernier a supprimé les anciennes corporations, il n'a guère été fait que des tentatives fragmentaires et incomplètes pour les reconstituer sur des bases nouvelles."
Émile Durkheim - De la division du travail social, préface de la seconde édition (1893)
Posté dans Divers Sociologie
"A Raymond Aron qui me reprochait de tirer de deux cas seulement des conclusions générales sur le modèle français d'administration, je répondis qu'il vaut tout de même mieux faire des généralisations à partir de deux cas qu'à partir de pas de cas du tout."
Michel Crozier - Comment je me suis découvert sociologue, in Revue française de science politique (1996)
Posté dans Divers Sociologie
"Le pouvoir peut se comprendre sous forme de relations-négociations fondées sur l'utilisation faite par les partenaires du contrôle qu'ils exercent sur les incertitudes commandant les résultats du travail commun."
Michel Crozier - Comment je me suis découvert sociologue, in Revue française de science politique (1996)
Posté dans Stratification sociale
"On peut grossièrement distinguer trois grandes catégories d'inégalités sociales :
- Les inégalités dans l'ordre de l'avoir : les inégalités dans la distribution des ressources matérielles de la société, dans la répartition de la richesse sociale ;
- Les inégalités dans l'ordre du pouvoir : les inégalités dans la distribution des ressources sociales et politiques de la société, dans la répartition du pouvoir, de la capacité de défendre ses intérêts et ses droits, d'imposer sa volonté aux autres par différents biais, de peser au moins partiellement sur l'organisation de la société et sur le cours des évènements historiques ;
- Les inégalités dans l'ordre du savoir : les inégalités dans la distribution et la maîtrise des savoirs, dans la capacité d'élaborer des connaissances et de donner un sens au monde dans lequel on vit, de proposer et d'imposer des définitions légitimes des choses, des gens, des situations, des rapports et des pratiques."
Alain Bihr et Roland Pfefferkorn - Le système des inégalités (2008)
Posté dans Monnaie
"Après avoir observé durant un demi-siècle de nombreuses bulles de prix se développer et éclater, je suis arrivé à regret à la conclusion que les bulles ne peuvent être désamorcées sans danger par une politique monétaire ou par d’autres initiatives avant que la fièvre spéculative ne s’éteigne d’elle-même. Il est clair qu’il y avait très peu que les banques centrales des différents pays auraient pu faire pour tempérer la manifestation la plus récente de cette disposition humaine à l’euphorie, rappelant d’ailleurs par certains aspects la tulipomanie en Hollande au XVIIème siècle ou la bulle des Mers du Sud au XVIIIème en Angleterre."
Alan Greenspan - The Roots of the Mortgage Crisis,in The Wall Street Journal (12 décembre 2007)
Posté dans Etat
"La bourgeoisie, depuis l'établissement de la grande industrie et du marché mondial, s'est finalement emparée de la souveraineté politique exclusive dans l'Etat représentatif moderne. Le gouvernement moderne n'est qu'un comité qui gère les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière."
Karl Marx et Friedrich Engels - Le manifeste du parti communiste (1847)
Posté dans Divers Economie
"Je suis d'avis, pour ma part, que l'idéologie du libéralisme, comme projet politique efficace, a aujourd'hui atteint ses limites, et qu'elle est en train de s'effondrer sous l'effet de la crise structurelle de l'économie-monde capitaliste."
Immanuel Wallerstein - Trois idéologies ou une seule ? La problématique de la modernité, in Genèses (1992)
Posté dans Divers Economie
"Telles sont les conséquences systématiquement passées sous silence des politiques que le FMI qualifie de "programmes de stabilisation", un peu comme si les pays étaient des navires ballotés par les mers démontées du marché. Ils finissent par se stabiliser, certes, mais pas avant d'avoir dû jeter par-dessus bord des millions de passagers : fonctionnaires, propriétaires de petites entreprises, agriculteurs produisant le minimum vital, syndicalistes. Le secret honteux de la "stabilisation", c'est que la vaste majorité des gens ne réussissent pas à remonter dans le navire. Au lieu de quoi ils finissent dans des bidonvilles - où s'entassent aujourd'hui un milliard de personnes -, dans des bordels ou dans des conteneurs de marchandises. Ce sont les déshérités de la terre."
Naomi Klein - La stratégie du choc (2008)
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"On l’a fondé le FMI parce que l’on jugeait nécessaire d’exercer sur les États une pression internationale pour les amener à adopter des politiques expansionnistes (augmentation des dépenses publiques, réduction d’impôts ou baisse des taux d’intérêt pour stimuler l’économie), et voici qu’aujourd’hui en règle générale, il ne leur fournit des fonds que s’ils mènent des politiques d’austérité (réduction des déficits, augmentation d’impôts ou hausse des taux d’intérêt entraînant une contraction de l’économie). Keynes doit se retourner dans sa tombe en voyant ce qu’est devenu son enfant."
Joseph Stiglitz - La grande désillusion (2002)
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"Malgré mon profond désaccord avec le système politique autoritaire du Chili, je ne vois pas ce qu'il y a de mal, pour un économiste, à fournir des conseils économiques techniques au gouvernement chilien."
Milton Fiedman - Two lucky people (1998)
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"Le coup d'État chilien s'assortit de trois types de chocs distincts, recette qui allait être suivie dans les pays voisins avant de resurgir, trois décennies plus tard, en Irak. La secousse imprimée par le coup d'État lui-même fut immédiatement suivie de deux types de chocs différents. Le premier fut le "traitement de choc" capitaliste de Milton Friedman, méthode à laquelle des centaines d'économistes avaient été initiés à l'université et dans ses diverses franchises. L'autre fut la recherche d'Ewen Cameron sur les électrochocs, les drogues et la privation sensorielle, source des techniques de torture codifiées dans le manuel Kubark et, par le truchement des programmes de formation de la CIA, enseignées aux policiers et aux militaires d'Amérique latine. Ces trois formes de choc convergèrent sur les corps des Latino-Américains et sur le "corps" politique de la région, et soulevèrent un ouragan irrépressible de destructions et de reconstructions, d'annihilations et de créations qui se renforçaient mutuellement. Le choc provoqué par le coup d'État pava la voie à la thérapie de choc économique ; les chocs de la salle de torture terroriseraient quiconque aurait pu songer à faire obstacles aux chocs économiques."
Naomi Klein - La stratégie du choc (2008)
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"Dans le présent ouvrage, je m'en prends à la revendication centrale et révérée qui sous-tend la version officielle des faits, à savoir que le triomphe du capitalisme dérèglementé est le fruit de la liberté et que la libéralisation totale des marchés et la démocratie vont de pair. Je m'emploierai à montrer que ce capitalisme fondamentaliste est toujours né des formes de coercition les plus brutales, aux dépends du "corps" politique collectif et d'innombrables corps humains au sens propre. L'histoire du libre marché contemporain - à comprendre plutôt comme celle de la montée du corporatisme - s'est écrite à grand renfort d'électrochocs."
Naomi Klein - La stratégie du choc (2008)
Posté dans Divers Economie
"Ayant fait partie du mouvement de lutte contre l’accroissement démesuré des pouvoirs du secteur privé qui avait été propulsé sur la scène internationale à Seattle en 1999, je connaissais bien les politiques, hautement favorables aux entreprises, qu’on imposait lors de sommets de l’Organisation mondiale du commerce ou encore comme conditions assorties aux prêts du Fonds monétaire international. Les trois exigences traditionnelles – privatisation, déréglementation et réduction draconienne des dépenses sociales – étaient en général très impopulaires auprès des citoyens, mais, au moment de la signature des accords, on pouvait au moins invoquer comme prétexte le consentement mutuel des gouvernements participant aux négociations et l’existence d’un consensus chez les prétendus experts. Désormais, on imposait le même programme idéologique par les moyens les plus ouvertement coercitifs qui soient : lors d’une occupation militaire étrangère ou encore dans le sillage immédiat d’une immense catastrophe naturelle."
Naomi Klein - La stratégie du choc (2008)
Posté dans Divers Economie
"Seule une crise – réelle ou supposée – peut produire des changements. Lorsqu’elle se produit, les mesures à prendre dépendent des idées alors en vigueur. Telle est, me semble-t-il, notre véritable fonction : trouver des solutions de rechange aux politiques existantes et les entretenir jusqu’à ce que des notions politiquement impossibles deviennent politiquement inévitables."
Milton Friedman - Capitalisme et liberté (1971)
Posté dans Divers Sociologie
"Dans la mesure où les intellectuels consentiront à se défaire d'une fausse neutralité sur le chapitre des valeurs, ils pourront jouer un rôle non négligeable dans la transition dans laquelle nous nous engageons. Je voudrais que l'on me comprenne tout à fait. En affirmant que l'objectivité est à la fois un mirage et une tromperie sur la marchandise, je ne soutiens nullement qu'il n'y ait aucune distinction à opérer entre les tâches analytique, éthique et politique. Bien entendu, cette distinction existe et elle est fondamentale. On ne peut prétendre qu'il suffit de fusionner les trois. Néanmoins, on ne peut non plus prétendre les séparer. Toute notre problématique actuelle est d'apprendre à naviguer entre les récifs de cet apparent paradoxe : voilà trois tâches qui ne peuvent ni fusionner, ni être séparées."
Immanuel Wallerstein - L'universalisme européen (2006)
Posté dans Divers Sociologie
"L'intellectuel opère nécessairement sur trois niveaux : en tant qu'expert, il recherche la vérité ; en tant qu'instance éthique, il recherche le bien et le beau ; en tant qu'acteur politique, il cherche à unifier le vrai avec le bien et le beau. Les structures du savoir qui ont prévalu depuis deux siècles ont perdu de leur naturel, précisément parce qu'elles ont décrété que l'intellectuel ne pouvait désormais plus se déplacer avec aisance entre ces trois niveaux. On a encouragé les intellectuels à se restreindre à l'analyse intellectuelle, à l'expertise. Et si ces derniers s'avéraient incapables de réprimer leurs pulsions éthiques et politiques, ils devaient respecter la règle qui veut que l'on compartimente les trois domaines d'activité de façon draconienne. Une telle ségrégation ou compartimentation était extrêmement difficile, sinon impossible, à assurer indéfiniment. Ce n'est donc pas un hasard si la plupart des intellectuels sérieux n'ont jamais réussi à la maintenir étanche, y compris ceux qui en pronaient la nécessité. Max Weber en fournit un exemple flagrant. Ses deux célèbres essais Le Métier et la vocation de politique et Le Métier et la vocation de Savant révèlent la façon quasi schizophrénique dont il a dû lutter contre ces contraintes et comment il a sur-rationalisé son engagement politique afin d'en réduire l'apparente contradiction avec son engagement envers l'objectivité en sciences sociales."
Immanuel Wallerstein - L'universalisme européen (2006)
Posté dans Divers Sociologie
"A quel point notre universalisme a-t-il vraiment été universel? Une fois que nous avons divisé le monde entre deux cultures, l'universalisme est tombé dans le domaine des scientifiques, qui partaient d'une certaine méthodologie, d'une certaine posture politique (la science délestée des valeurs) et d'un isolationnisme corporatiste face à toute évaluation sociale directe des retombées de leur travail. Il en résulta inévitablement une concentration géographique aussi bien du travail que des travailleurs qui partageaient ces critères, et par conséquent un certain degré d'inégalité sociale non reconnue mais très réelle. Mais par-dessus tout, cela a permis de protéger les puissants contre toute critique éthique, en dévaluant fondamentalement la crédibilité et l'objectivité de la critique éthique elle-même. On pouvait se permettre d'ignorer les humanistes, surtout s'il s'agissait d'humanistes critiques, en objectant que leurs analyses ne relevaient pas de la science. C'était là le verrouillage définitif du processus d'autojustification du système-monde moderne."
Immanuel Wallerstein - L'universalisme européen (2006)
Posté dans Divers Sociologie
"Le concept d'une science extérieure à la "culture", qui serait d'une certaine façon plus importante que la culture, est devenu le dernier domaine où fonder la légitimité de la distribution du pouvoir dans le monde moderne. Le scientisme représente désormais le mode le plus subtil de justification idéologique des puissants de la terre. Car il a réussi à présenter l'universalisme sous une forme idéologiquement neutre, comme s'il était indépendant de la "culture" et de l'arène politique et tirait sa justification avant tout du bien qu'il peut apporter à l'humanité grâce aux applications des connaissances théoriques que les scientifiques ont pu acquérir. En mettant l'accent sur l'universalisme scientifique, on a pu établir la vertu théorique de la méritocratie, qui attribue les positions de pouvoir uniquement en fonction des compétences, mesurées selon des critères objectifs. Ainsi les personnes qui accédèrent de cette façon à des postes de compétence devinrent les juges autonomes de leur propre valeur et de leur propre recrutement. (...) Un tour de passe-passe assez réussi nous a permis alors de supposer que l'accès à toutes les positions sociales, et pas seulement à celles du domaine de la science, était de façon mystérieuse accordé sur les bases du seul mérite, et donc justifié. Ainsi, si certaines zones particulières du monde ou certaines couches sociales récoltaient moins de dividendes que d'autres, c'était uniquement parce qu'elles ne s'étaient pas dotées de savoir-faire objectifs qui étaient à la portée de tout le monde. Partant, si l'on était en possession de moins de privilèges et de moins de pouvoir, c'était bien parce que l'on n'avait pas réussi à être à la hauteur, quelle qu'en soit la raison - incompétence native, provincialisme culturel ou mauvaise volonté."
Immanuel Wallerstein - L'universalisme européen (2006)
Posté dans Travail et Emploi
"Le déterminant fondamental des coûts de la main-d'œuvre a toujours été la lutte des classes, lutte politique à la fois sur le lieu de production et dans l'arène de l'État. Dans ce combat, l'arme fondamentale des travailleurs a toujours été l'organisation syndicale, et celle des employeurs leur capacité de localiser géographiquement d'autres travailleurs prêts à accepter une moindre rémunération. Les deux parties disposaient aussi d'une arme d'appoint : il est avantageux pour les employeurs de maintenir une production régulière et de rester sur place, tant qu'existe un marché porteur pour leurs produits, ce dont les travailleurs ont pu tirer profit ; de leur coté, les employeurs ont montré leur capacité d'entraîner l'appareil étatique dans la répression des revendications des travailleurs."
Immanuel Wallerstein - L'universalisme européen (2006)
Posté dans Divers Sociologie
"La question soulevée - à qui revient le droit d'ingérence ? - plonge ses racines au cœur de la structure politique et éthique du système-monde moderne. En pratique, l'intervention est un droit dont s'empare le plus fort. Mais il s'agit d'un droit difficile à légitimer et qui, par conséquent, s'expose toujours à la contestation politique et morale. Les forces d'intervention, lorsqu'elles se voient en buttes à la contestation, ont toujours recours à la justification éthique - le droit naturel et le christianisme au XVIè siècle, la mission civilisatrice au XIXè , les droits de l'homme et la démocratie à la fin du XXè et au début du XXIè siècle."
Immanuel Wallerstein - L'universalisme européen (2006)
Posté dans Divers Economie
"Le discours des dirigeants du monde paneuropéen - en premier lieu, mais pas seulement, des États-Unis et de Grande-Bretagne - et celui des grands médias et des intellectuels de l'establishment, font constamment appel à l'universalisme en tant que clé de voûte de leur politique. Cela est particulièrement vrai lorsque ces derniers évoquent leurs stratégies vis-à-vis des «autres» - les pays du monde non européen, les populations des nations les plus pauvres et les «moins développées». Leur ton est souvent moralisateur, dénonciateur et arrogant, même si les politiques préconisées sont toujours présentées comme reflétant des valeurs et des vérités universelles. Il existe trois variantes essentielles de cette invocation de l'universalisme. La première argue que les politiques mises en oeuvre par les dirigeants du monde paneuropéen consistent en la défense des «droits de l'homme» et en la promotion de quelque chose qu'ils désignent sous le nom de «démocratie.» La deuxième revêt le jargon étincelant du «choc des civilisations», suivant lequel il est toujours implicitement supposé que la civilisation «occidentale» est supérieure aux «autres» parce qu'elle serait la seule à être fondée sur de telles valeurs et de telles vérités universelles. Et la troisième proclame les vérités scientifiques du marché, et prétend qu'«il n'y a pas d'autre voie» pour les gouvernements que de l'accepter et de subir la férule des lois économiques néolibérales."
Immanuel Wallerstein - L'universalisme européen (2006)
Posté dans Divers Sociologie
"Les critiques de la société de consommation de masse des années soixante étaient construites sur une configuration à trois termes : la domination des travailleurs dans l'entreprise et la difficulté à situer la position des cadres, le gavage passif des classes populaires et l'épanouissement individuel mais provisoire des classes moyennes dans la consommation, enfin le projet d'une libération collective globale dans la politique. Seule la politique pouvait dénouer les contradictions entre la vie privée et la vie publique. Si, dans l'histoire des relations à la consommation, l'épanouissement personnel a pris la place de l'émancipation et le paraître des individus celui de leur indifférenciation, c'est parce que le modèle de société promu par la citoyenneté républicaine comme solution aux rapports de domination entre les classes sociales a succombé en même temps que l'image de la société comme société de classes a perdu de sa force. Dans ce mouvement, l'image de l'infériorité populaire a été balayée au profit de l'individu qui condense l'ensemble de ces transformations. Alors que le thème de l'aliénation débouchait sur une interrogation concernant le progrès de la société (la croissance, pour quoi faire?), celui de l'autonomie se solde par la promotion de l'adaptation de l'individu, adaptation exigée par la société de changement permanent. C'est cela être soi-même. C'est pourquoi la singularisation de masse est devenue un idéal crédible dans la vie privée."
Alain Ehrenberg - Le culte de la performance (1991)
Posté dans Divers Sociologie
"L'émancipation de l'individu propre au modèle politique de la citoyenneté républicaine est à la fois transformée et concurrencée par ce modèle de l'autoréalisation dont nous, les modernes, pensons qu'il fait le sel de l'existence."
Alain Ehrenberg - Le culte de la performance (1991)
Posté dans Divers Sociologie
"La généralisation de la compétition se produit sur fond de fragmentation de l'existence - dont le recul des repères politiques et sociaux institués est l'une des manifestations les plus nettes - caractérisée par le double mouvement indépendant d'un néo-individualisme et d'un néo-communautarisme. Le premier se manifeste par la valorisation de l'individu souple, mobile, autonome, indépendant, qui trouve par lui-même ses repères dans l'existence et se réalise par son action personnelle. Le second s'exprime par le développement de formes d'appartenance communautaire nouvelles (les mouvements charismatiques catholiques, par exemple), dont les plus dures (comme le fondamentalisme islamique qui se nourrit de l'institutionnalisation de véritables ghettos d'immigrés, le renouveau des idéologies nationalistes avec le lepénisme produit par le déclin d'anciennes passions politiques ou l'apparition de bandes liées par l'appartenance ethnique) sont le résultat d'un processus d'exclusion sociale que l'État-providence n'a pu maitriser. Ils sont les deux faces de la société française d'aujourd'hui."
Alain Ehrenberg - Le culte de la performance (1991)
Posté dans Divers Sociologie
"Le discours économique est aujourd'hui moteur en politique et le chef d'entreprise est érigé en personnage d'avant-garde d'une attitude de masse. Il n'y a plus d'opposition de nature entre la démocratie et l'entreprise car l'une comme l'autre ont changé de signification : l'instrument de domination sur les classes populaires devient un modèle de conduite pour tous les individus."
Alain Ehrenberg - Le culte de la performance (1991)
Posté dans Divers Sociologie
"Vogue du sport, médiatisation de l'entreprise, explosion de l'aventure, glorification de la réussite sociale et apologie de la consommation : en une dizaine d'années, la société française s'est convertie au culte de la performance. Le nouveau credo s'est installé dans les mœurs et a notablement modifié les images que l'Hexagone se donne de lui-même : les mouvements sociaux semblent avoir fait place aux gagneurs, le confort à la suractivité et les passions politiques aux charmes rudes de la concurrence. L'action individuelle devient partout la valeur de référence, y compris dans la consommation qui promeut un rapport "actif" aux objets, aux services ou aux loisirs. La concurrence, évadée du marché depuis le début de nos roaring eighties, enfièvre la société française et investit largement les esprits en devenant le vecteur d'un épanouissement personnel de masse. Elle accède ainsi au statut d'une mythologie, au même titre que le bien-être dans les années soixante parce qu'elle pousse chacun, quelle que soit sa position dans la hiérarchie sociale, à se construire par lui-même en jouant simultanément de son autonomie et de son apparence."
Alain Ehrenberg - Le culte de la performance (1991)
Posté dans Intégration et Solidarité
"Les politiques libérales engendrent donc une situation problématique pour une Sécurité sociale qui, essentiellement financée par les revenus du travail, s'efforce de répondre aux besoins de la population. Elle doit faire face à un accroissement sensible des besoins en raison de la fragilisation des salariés, mais les politiques qui s'accommodent d'un haut niveau de chômage et des pressions à la baisse sur les salaires bloquent la croissance des ressources. Leurs tenants ont beau jeu, dans ces conditions, de stigmatiser le "déficit" et de conclure au dysfonctionnement de l'institution. Ce sont les choix politiques qui doivent être mis en question. Le souci de "sauvegarder la Sécurité sociale" tient du vœu pieux lorsque les gouvernements mettent parallèlement en œuvre des programmes d'inspiration libérale dans l'ensemble de leurs domaines d'intervention. Avec les réformes successives dont elle fiat l'objet, la Sécurité sociale renonce progressivement à ses ambitions."
Julien Duval - Le mythe du "trou de la Sécu" (2007)
Posté dans Intégration et Solidarité
"Qu'il s'agisse de l'assurance-maladie ou de l'assurance-vieillesse, la vision dominante tend donc à produire un double aveuglement : d'abord, braquée sur les questions économiques et financières, elle conduit à ignorer tous les facteurs qui, dans la situation actuelle, plaident pour une protection sociale renforcée. Elle empêche ainsi de s'interroger sur le principe même de mesures qui organisent un recul, au moins relatif, de la protection sociale publique. Ensuite, elle fait écran aux effets sociaux des réformes, par l'imposition d'un regard enchanté selon lequel les remèdes politiques apparaissent comme de bonnes solutions aux problèmes les plus urgents. Il y a bien des raisons de penser l'inverse : ces réformes sont totalement décalées par rapport à une situation sociale qu'elles risquent, de surcroit, d'aggraver dangereusement."
Julien Duval - Le mythe du "trou de la Sécu" (2007)
Posté dans Intégration et Solidarité
"Tout comme les organisations internationales, nombre d’intellectuels « de gauche » ont érigé « l’exclusion » en priorité sociale ; ils ont plus souvent affirmé que la Sécurité sociale était incapable de l’endiguer qu’ils n’ont dénoncé les politiques économiques qui en favorisent le développement."
Julien Duval - Le mythe du "trou de la Sécu" (2007)
Posté dans Intégration et Solidarité
"Durant la période récente et particulièrement ces trente dernières années, l'histoire de la protection sociale a été marquée par un retour en force du libéralisme économique. Impulsé par les États-Unis, ce mouvement, à l'ampleur internationale, peut s'interpréter comme une contre-offensive menée par les milieux économiques. Il a utilisé des instruments politiques de disqualification pour faire oublier des visions du monde qui s'étaient lentement imposées pour justifier la création des institutions de protection sociale."
Julien Duval - Le mythe du "trou de la Sécu" (2007)
Posté dans Divers Sociologie
"Le repli de la sociologie académique sur ses divisions internes et ses propres enjeux de pouvoir, qui n'ont du reste rien de vraiment scientifique, permet à une sociologie d'État de s'instituer en discours légitime sur le monde social, en légitimant le discours politique auquel elle doit une grande part de son efficacité."
Franck Poupeau - Une sociologie d'État, l'école et ses experts en France (2003)
Posté dans Divers Sociologie
"Les menaces qui pèsent sur l'autonomie de la sociologie viennent sans doute moins des injonctions de politiques en quête d'experts sur un domaine comme l'école, que des travaux même des savants dont les préoccupations se trouvent ajustées aux préoccupations politiques du moment, et dont les analyses reprennent, sans aucune vigilance épistémologique, les catégories administratives forgées par le ministère."
Franck Poupeau - Une sociologie d'Etat, l'école et ses experts en France (2003)
Posté dans Divers Economie
"Une société où l'économique domine le politique (et dans l'économique la compétition donc le calcul et l'appétit du gain, ce qui est la définition même d'une économie de marché) est une société qui crée des inégalités insupportables."
Paul Ricoeur
Posté dans Divers Economie
"Henri IV ne fut pas un des moins despotes des rois de France, et cependant la France prospéra sous son règne, parce qu'on n'y tracassait pas les particuliers."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique (1840)
Posté dans Stratification sociale
"On peut attendre de l'atténuation la rigidité du système de stratification (l'atténuation des inégalités sociales et particulièrement économiques) une atténuation de l'inégalité des chances scolaires. Sans doute même une "politique de l'inégalité des chances" (Miller) passe-t-elle principalement par la réduction des inégalités sociales."
Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)
Posté dans Divers Economie
"Nous devons être en mesure de proposer un nouveau programme libéral qui fasse appel à l’imagination. Nous devons à nouveau faire de la construction d’une société libre une aventure intellectuelle, un acte de courage. Ce dont nous manquons, c’est d’une utopie libérale, un programme qui ne serait ni une simple défense de l’ordre établi ni une sorte de socialisme dilué. Mais un véritable radicalisme libéral qui n’épargne pas les susceptibilités des puissants (syndicats compris), qui ne soit pas trop sèchement pratique, et qui ne se confine pas à ce qui semble politiquement possible aujourd’hui. Nous avons besoin de leaders intellectuels, prêts à résister aux séductions du pouvoir et de la popularité, et qui soient prêts à travailler pour un idéal, quand bien même ses chances de réalisation seraient maigres. Ils doivent avoir des principes chevillés au corps, et se battre pour leur avènement, même s’il semble lointain. Le libre-échange et la liberté d’entreprendre sont des idéaux qui peuvent encore éveiller l’imagination des foules. Mais un simple « libre-échange modéré » ou un « assouplissement des réglementations » ne sont ni respectables intellectuellement ni susceptibles d’inspirer le moindre enthousiasme. La principale leçon qu’un libéral conséquent doit tirer du succès des socialistes est que c’est leur courage d’être utopiques qui leur a valu l’approbation des intellectuels ainsi que leur influence sur l’opinion publique, qui rend chaque jour possible ce qui, récemment encore, semblait irréalisable. Ceux qui se sont souciés exclusivement de ce qui semblait réalisable dans tel état de l’opinion se sont constamment rendu compte que tous leurs projets devenaient politiquement impossibles en raison de l’évolution d’une opinion publique qu’ils n’avaient rien fait pour guider. Si nous retrouvons cette foi dans le pouvoir des idées qui fut la force du libéralisme dans sa grande époque, la bataille n’est pas perdue."
Friedrich von Hayek - Individualism and Economic Order (1949)
Posté dans Stratification sociale
"L’hypothèse d’une société non stratifiée, qui ne fut pas toujours perçue comme une utopie, est aujourd’hui généralement considérée comme telle. Toutefois, le modèle précédent fait apparaître qu'une réduction même modérée des inégalités sociales et économiques peut engendre des effets de nature exponentielle sur l'inégalité des chances devant l'enseignement. (...) Une réduction modérée de la différenciation des paramètres décisionnels en fonction des classes sociales peut engendrer une réduction appréciable de l'inégalité devant l'enseignement à tous les niveaux, indiquant qu'une politique d'égalité sociale et économique, même si elle est impuissante à éliminer le phénomène de la stratification peut avoir une influence non négligeable sur l'égalité des chances devant l'enseignement."
Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)
Posté dans Divers Sociologie
"Cette conception discrètement militante de la sociologie a même fini par coller si étroitement à son image qu’une expression comme « les explications sociologiques de la délinquance » désigne normalement, pour le public, les théories qui font de la délinquance un pur effet du milieu social, exonérant le délinquant de toute responsabilité. De telles théories sont à juste titre jugées inacceptables par le public : le sociologue respectueux du réel n’a aucune peine à comprendre cette réaction, car il relève immédiatement que, nonobstant la corrélation entre conditions de vie et/ou origines sociales et délinquance, sur 100 personnes élevées dans les conditions les plus « criminogènes » possibles, seule une toute petite minorité se rend coupable d’exactions. De même, les « explications sociologiques de l’échec scolaire » sont perçues comme celles qui veulent que ledit échec soit dû exclusivement à l’institution scolaire et à « la société » ou, en termes plus pesants, aux « structures sociales » ; qu’il soit par suite injuste et inacceptable, et qu’en conséquence l’objectif premier de toute politique scolaire soit, moins d’équiper le futur citoyen de savoirs et de savoir-faire à partir desquels il puisse construire un projet professionnel viable, que d’assurer l’« égalité des chances » à tout prix : en allongeant indéfiniment le tronc commun, en supprimant toute évaluation réelle, en poussant l’ensemble de la population scolaire vers un enseignement général de plus en plus vidé de substance, en cherchant à faire de l’école un « lieu de vie ». Ce type de théorie a produit des effets calamiteux : progrès de l’illettrisme, marginalisation socio-professionnelle d’une proportion significative des adolescents, violence scolaire, etc. Ces effets sont devenus si évidents qu’on ne peut désormais plus les dissimuler."
Raymond Boudon - A quoi sert la sociologie (2002)
Posté dans Divers Sociologie
"L’idée de ranger Tocqueville, Durkheim ou Weber dans la catégorie des « intellectuels » apparaît comme saugrenue et sonne faux aujourd’hui, où l’usage tend –malheureusement peut-être, mais non sans raison- à qualifier d’« intellectuels » les artistes, écrivains, sociologues, philosophes ou scientifiques, dont la visibilité est due davantage aux messages publics qu’ils délivrent dans les media « branchés » sur des sujets sociaux, moraux ou politiques sur lesquels ils n’ont pas toujours une compétence particulière, qu’à l’importance de leur œuvre dans le registre qui est le leur."
Raymond Boudon - A quoi sert la sociologie (2002)
Posté dans Contrôle social et Déviance
"Dès lors qu'un individu affligé d'un stigmate atteint une position élevée dans sa profession, la politique ou les finances — et quelle que soit sa dépendance vis-à-vis du groupe stigmatique auquel il appartient —, il se voit le plus souvent investi d'une nouvelle carrière : représenter sa catégorie. Il s'aperçoit qu'il est désormais trop éminent pour éviter d'être présenté par les siens comme un exemple. (La faiblesse d'un stigmate peut donc se mesurer au degré d'éminence que peut conquérir un membre de la catégorie ainsi affligée, tout en réussissant à se soustraire à de telles pressions.) On fait parfois deux remarques à propos de cette sorte de professionnalisation. En premier lieu, puisqu'ils font profession de leur stigmate, les dirigeants issus du groupe sont obligés d'avoir des rapports avec des représentants d'autres catégories, ce qui les amène à sortir du cercle fermé de leurs semblables. Au lieu de s'appuyer sur leur béquille, ils s'en font une crosse de golf, et cessent, du point de vue de la participation sociale, d'être représentatifs des gens qu'ils représentent. D'autre part, il peut arriver que ceux dont c'est le métier de présenter les opinions de leur catégorie les gauchissent de façon plus ou moins systématique, pour la simple raison que, s'ils écrivent sur le problème, c'est qu'il les intéresse suffisamment."
Erving Goffman - Stigmate (1963)
Posté dans Divers Sociologie
"L'ordre professionnel et, de proche en proche, tout l'ordre social, paraît fondé sur un ordre des «compétences» ou, pire, des «intelligences». Plus peut-être que les manipulations techniciennes des rapports de travail et les stratégies spécialement aménagées en vue d'obtenir la soumission et l'obéissance qui font l'objet d'une attention incessante et d'une réinvention permanente, plus que l'énorme investissement en personnel, en temps, en recherche et en travail que suppose l'invention continue de nouvelles normes de gestion de la main-d'œuvre et de nouvelles techniques de commandement, c'est la croyance dans la hiérarchie des compétences scolairement garanties qui fonde l'ordre et la discipline dans l'entreprise privée et aussi, de plus en plus, dans la fonction publique: obligés de se penser par rapport à la grande noblesse d'école, vouée aux tâches de commandement, et à la petite noblesse des employés et des techniciens cantonnés dans les tâches d'exécution et toujours en sursis, parce que toujours obligés de faire leurs preuves, les travailleurs condamnés à la précarité et à l'insécurité d'un emploi sans cesse suspendu et menacés de relégation dans l'indignité du chômage ne peuvent concevoir qu'une image désenchantée et d'eux-mêmes en tant qu'individus, et de leur groupe ; autrefois objet de fierté, enraciné dans des traditions et fort de tout un héritage technique et politique, le groupe ouvrier, si tant est qu'il existe encore en tant que tel, est voué à la démoralisation, à la dévalorisation et à la désillusion politique, qui s'exprime dans la crise du militantisme ou, pire, dans le ralliement désespéré aux thèses de l'extrémisme fascistoïde."
Pierre Bourdieu - Le néo-libéralisme, utopie (en voie de réalisation) d'une exploitation sans limites (1998)
Posté dans Divers Economie
"Le monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit - plus exceptionnellement - par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’OCDE, et des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la main- d’oeuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ? Cette théorie tutélaire est une pure fiction mathématique, fondée, dès l’origine, sur une formidable abstraction : celle qui, au nom d’une conception aussi étroite que stricte de la rationalité identifiée à la rationalité individuelle, consiste à mettre entre parenthèses les conditions économiques et sociales des dispositions rationnelles et des structures économiques et sociales qui sont la condition de leur exercice. Il suffit de penser, pour donner la mesure de l’omission, au seul système d’enseignement, qui n’est jamais pris en compte en tant que tel en un temps où il joue un rôle déterminant dans la production des biens et des services, comme dans la production des producteurs. De cette sorte de faute originelle, inscrite dans le mythe walrasien de la « théorie pure », découlent tous les manques et tous les manquements de la discipline économique, et l’obstination fatale avec laquelle elle s’accroche à l’opposition arbitraire qu’elle fait exister, par sa seule existence, entre la logique proprement économique, fondée sur la concurrence et porteuse d’efficacité, et la logique sociale, soumise à la règle de l’équité. Cela dit, cette « théorie » originairement désocialisée et déshistoricisée a, aujourd’hui plus que jamais, les moyens de se rendre vraie, empiriquement vérifiable."
Pierre Bourdieu - Le néo-libéralisme, utopie (en voie de réalisation) d'une exploitation sans limites (1998)
Posté dans Intégration et Solidarité
"La précarité agit directement sur ceux qu'elle touche (et qu'elle met en fait hors d'état de se mobiliser) et indirectement sur tous les autres, par la crainte qu'elle suscite et qu'exploitent méthodiquement les stratégies de précarisation, comme l'introduction de la fameuse « flexibilité », - dont on aura compris qu'elle s'inspire de raisons politiques autant qu'économiques. On commence ainsi à soupçonner que la précarité est le produit non d'une fatalité économique, identifiée à la fameuse « mondialisation », mais d'une volonté politique. L'entreprise « flexible » exploite en quelque sorte délibérément une situation d'insécurité qu'elle contribue à renforcer : elle cherche à abaisser ses coûts, mais aussi à rendre possible cet abaissement en mettant le travailleur en danger permanent de perdre son travail.
Pierre Bourdieu - La précarité est aujourd'hui partout (1997)
Posté dans Conflits et Mobilisations
"Les peuples de l’Europe sont aujourd’hui à un tournant de leur histoire. Les conquêtes de plusieurs siècles de luttes sociales, de combats intellectuels et politiques pour la dignité des travailleurs sont directement menacées. Les mouvements qui s’observent, ici et là ,dans l’ensemble de l’Europe, et même ailleurs, jusqu’en Corée, ces mouvements qui se succèdent, en Allemagne, en France, en Grèce, en Italie, etc…apparemment sans coordination véritable, sont autant de révoltes contre une politique qui prend des formes différentes selon les domaines et selon les pays et qui, néanmoins, s’inspirent toujours de la même intentions : détruire les acquis sociaux, qui sont, quoi qu’on en dise, parmi les conquêtes les plus hautes de la civilisation. Des conquêtes qu’il s’agit d’universaliser, d’étendre à tout l’univers, de mondialiser, au lieu de prendre prétexte de la « mondialisation », de la concurrence de pays moins avancés économiquement et socialement, pour les mettre en question. Rien n’est plus naturel et plus légitime que la défense de ces acquis, que certains veulent présenter comme une forme de conservatisme, ou d’archaïsme."
Pierre Bourdieu - Pour un nouvel internationalisme (1997)
Posté dans Divers Sociologie
"Nous naissons déterminés et nous avons une petite chance de finir libres. Nous naissons dans l’impensé et nous avons une toute petite chance de devenir des sujets. Et ce que je reproche à ceux qui invoquent à tout va la liberté, le sujet, la personne, etc., c’est d’enfermer les agents sociaux dans l’illusion de la liberté qui est une des voies à travers lesquelles s’exerce le déterminisme. Et ce que je reproche à ceux qui invoquent à tout va la liberté, le sujet, la personne, etc., c’est d’enfermer les agents sociaux dans l’illusion de la liberté qui est une des voies à travers lesquelles s’exerce le déterminisme. De toutes les catégories sociales, la plus inclinée à l’illusion de la liberté est la catégorie des intellectuels. C’est en ce sens que Sartre a été l’idéologue des intellectuels, c’est à dire celui qui a entretenu l’illusion de l’intellectuel « sans attaches, ni racines », comme disait Mannheim, l’illusion de l’auto-conscience, l’illusion que l’intellectuel peut maîtriser sa propre vérité. Et je pense que dans le refus forcené que certains opposent à la philosophie, dans la haine qu’ils opposent à la sociologie, il y a ce refus de découvrir l’intellectuel enchaîné dans des déterminismes : ceux qui tiennent aux catégories de pensée, aux structures mentales, aux adhérences et aux adhésions universitaires qui sont d’ailleurs beaucoup plus déformatrices que les adhésions politiques. Je pense que les universitaires sont beaucoup plus menés par les intérêts académiques que par les intérêts politiques, etc. Autrement dit, je pense que c’est à condition de s’approprier les instruments de pensée et aussi les objets de pensée que l’on reçoit que l’on peut devenir un petit peu le sujet de ses pensées ; c’est à dire on ne naît pas le sujet de ses pensées, on devient le sujet à condition, entre autres choses - je pense qu’il y a d’autres instruments ; il y a aussi la psychanalyse, etc. - de se réapproprier la connaissance des déterminismes. Je pense que je fais exactement le contraire de ce qu’on me fait dire."
Pierre Bourdieu - Entretien avec Roger Chartier diffusé dans "Les chemins de la connaissance" (1988)
Posté dans Conflits et Mobilisations
"Le mouvement social de décembre 1995 a été un mouvement sans précédent par son ampleur, et surtout par ses objectifs. Et s'il a été considéré comme extrêmement important par une grande fraction de la population française et aussi internationale, c'est surtout parce qu'il a introduit dans les luttes sociales des objectifs tout à fait nouveaux. Confusément, sur le mode de l'esquisse, il a apporté un véritable projet de société, collectivement affirmé et capable de s'opposer à ce qui est imposé par la politique dominante, par les révolutionnaires conservateurs qui sont actuellement au pouvoir, dans les instances politiques et dans les instances de production de discours. (...) Le mouvement français peut être tenu pour l'avant-garde d'une lutte mondiale contre le néo-libéralisme et contre la nouvelle révolution conservatrice, dans laquelle la dimension symbolique est extrêmement importante."
Pierre Bourdieu - Les chercheurs, la science économique et le mouvement social (1996)
Posté dans Divers Sociologie
"La rupture des liens d'intégration sociale que l'on demande à la culture de renouer est la conséquence directe d'une politique, d'une politique économique. Et l’on attend souvent des sociologues qu’ils réparent les pots cassés par les économistes. Donc, au lieu de me contenter de proposer ce que, dans les hopitaux on appelle les soins palliatifs, je voudrais essayer de poser la question de la contribution du médecin à la maladie. Il se pourrait en effet que, pour une grande part, les "maladies sociales" que nous déplorons soient produites par la médecine souvent brutale que l’on applique à ceux qu’on est censé soigner."
Pierre Bourdieu - La pensée Tietmeyer (1996)
Posté dans Divers Sociologie
"C’est à travers de telles complicités passives qu’est venue peu à peu à s`imposer une vision dite néolibérale, en fait conservatrice, reposant sur une foi d’un autre âge dans l’inévitabilité historique fondée sur le primat des forces productives sans autres régulations que les volontés concurrentes des producteurs économiques. Et ce n’est peut-être pas par hasard si tant de gens de ma génération sont passés sans peine d’un fatalisme marxiste à un fatalisme néolibéral : dans les deux cas, l’économisme déresponsabilise et démobilise en annulant le politique et en imposant toute une série de fins indiscutées, la croissance maximum, l’impératif de compétitivité, l’impératif de productivité, et du même coup un idéal humain. (...) Ce qui peut surprendre, c’est que ce message fataliste se donne les allures d’un message de libération, par toute une série de jeux lexicaux autour de l’idée de liberté, de libéralisation, de dérégulation, etc., par toute une série d’euphémismes, ou de double jeux avec les mots - le mot de réforme par exemple -, visant à présenter une restauration comme une révolution, selon une logique qui est celle de toutes les révolutions conservatrices."
Pierre Bourdieu - La pensée Tietmeyer (1996)
Posté dans Divers Sociologie
"Il faudrait que toutes les forces sociales critiques insistent sur l'incorporation dans les calculs économiques des coûts sociaux des décisions économiques. Qu'est-ce que cela coûtera à long terme en débauchages, en souffrances, en maladies, en suicides, en alcoolisme, en consommation de drogue, en violence dans la famille, etc. autant de choses qui coûtent très cher, en argent, mais aussi en souffrance ? Je crois que, même si cela peut paraître très cynique, il faut retourner contre l'économie dominante ses propres armes, et rappeler que, dans la logique de l'intérêt bien compris, la politique strictement économique n'est pas nécessairement économique — en insécurité des personnes et des biens, donc en police, etc."
Pierre Bourdieu - Le mythe de la "mondialisation" et l'Etat social européen (1996)"
Posté dans Divers Sociologie
"Le rationalisme scientiste, celui des modèles mathématiques qui inspirent la politique du FMI ou de la Banque mondiale, celui des Law firms, grandes multinationales juridiques qui imposent les traditions du droit américain à la planète entière, celui des théories de l'action rationnelle, etc., ce rationalisme est à la fois l'expression et la caution d'une arrogance occidentale, qui conduit à agir comme si certains hommes avaient le monopole de la raison, et pouvaient s'instituer, comme on le dit communément, en gendarmes du monde, c'est-à-dire en détenteurs auto-proclamés du monopole de la violence légitime, capables de mettre la force des armes au service de la justice universelle. La violence terroriste, à travers l'irrationalisme du désespoir dans lequel elle s'enracine presque toujours, renvoie à la violence inerte des pouvoirs qui invoquent la raison. La coercition économique s'habille souvent de raisons juridiques. L'impérialisme se couvre de la légitimité d'instances internationales. Et, par l'hypocrisie même des rationalisations destinées à masquer ses doubles standards, il tend à susciter ou à justifier au sein des peuples arables, sud-américains, africains, une révolte très profonde contre la raison qui ne peut pas être séparée des abus de pouvoir qui s'arment ou s'autorisent de la raison (économique, scientifique ou autre). Ces "irrationalismes" sont en partie le produit de notre rationalisme, impérialiste, envahissant, conquérant ou médiocre, étriqué, défensif, régressif et répressif, selon les lieux et les moments. C'est encore défendre la raison que de combattre ceux qui masquent sous les dehors de la raison leurs abus de pouvoir ou qui se servent des armes de la raison pour asseoir ou justifier un empire arbitraire."
Pierre Bourdieu - Les abus de pouvoir qui s'arment ou s'autorisent de la raison (1995)
Posté dans Divers Sociologie
"Le monde intellectuel est aujourd'hui le lieu d'une lutte visant à produire et à imposer de "nouveaux intellectuels", donc une nouvelle définition de l'intellectuel et de son rôle politique, une nouvelle définition de la philosophie et du philosophe, désormais engagé dans les vagues débats d'une philosophie politique sans technicité, d'une science sociale réduite à une politologie de soirée électorale et à un commentaire sans vigilance de sondages commerciaux sans méthode. Platon avait un mot magnifique pour tous ces gens, celui de doxosophe: ce « technicien-de-l’opinion-qui-se-croit-savant » pose les problèmes de la politique dans les termes mêmes où se les posent les hommes d’affaire, les hommes politiques et les journalistes politiques (c’est-à-dire très exactement ceux qui peuvent se payer des sondages ...). Le sociologue s'oppose au doxosophe, comme le philosophe, en ce sens qu'il met en question les évidences."
Pierre Bourdieu - La main gauche et la main droite de l'Etat (1992)
Posté dans Divers Sociologie
"On m’objectera que collaborer avec les médias, ce n’est pas du tout la même chose que collaborer avec l’ennemi nazi. C’est certain et je ne condamne pas a priori, évidemment, toute forme de collaboration avec les journaux, la radio, la télévision. Mais du point de vue des facteurs qui inclinent à la collaboration, entendue comme soumission sans conditions à des contraintes destructrices des normes des champs autonomes, la correspondance est frappante. Si les champs scientifiques, politiques, littéraires sont menacés par l’emprise des médias, c’est qu’il y a à l’intérieur de ces champs, des gens hétéronomes, peu consacrés du point de vue des valeurs spécifiques du champ, ou, pour employer le langage ordinaire, des « ratés » ou en voie de le devenir, qui ont intérêt à l’hétéronomie, qui ont intérêt à aller chercher au dehors des consécrations (rapides, précoces, prématurées ou éphémères) qu’ils n’ont pas obtenues à l’intérieur du champ et qui, en outre, seront très bien vus par les journalistes parce qu’ils ne leur font pas peur (à la différence des auteurs plus autonomes) et qu’ils sont prêts à passer par leurs exigences. S’il me parait indispensable de combattre les intellectuels hétéronomes, c’est qu’ils sont le cheval de Troie à travers lequel l’hétéronomie, c'est-à-dire les lois du commerce, de l’économie, s’introduit dans le champ."
Pierre Bourdieu - Sur la télévision (1996)
Posté dans Travail et Emploi
""Le plein-emploi sans inflation est impossible" Il y a quatre ans, presque tous les économistes "sérieux", même les keynésiens auto-désignés, acceptaient l'idée qu'il existait un "taux de chômage naturel". Ce taux variait aux alentours de 6 % et, en dessous de ce seuil critique, l'inflation était présumée imminente. Il est apparu que ce chiffre n'était basé sur aucune recherche sérieuse. Il a été proposé pour la première fois par Robert J. Gordon, qui s'en servait comme illustration dans son manuel. Depuis, le chômage est resté sous le seuil des 6 % sans hausse de l'inflation. Il atteint presque les 4 % aujourd'hui. Face à cette réalité embarrassante, seule une poignée d'économistes continuent à défendre la notion de taux naturel. Pourtant, les défenseurs du taux naturel influencent toujours les politiques économiques."
James Galbraith - Comment les économistes se sont trompés (2000)
Posté dans Divers Sociologie
"Les contraintes de la concurrence se conjuguent avec les routines professionnelles pour conduire les télévisions à produire l'image d'un monde plein de violences et de crimes, de guerres ethniques et de haines racistes, et à proposer à la contemplation quotidienne un environnement de menaces, incompréhensible et inquiétant, dont il faut avant tout se retirer et se protéger, une succession absurde de désastres auxquels on ne comprend rien et sur lesquels on ne peut rien. Ainsi s'insinue peu à peu une philosophie pessimiste de l'histoire qui encourage à la retraite et à la résignation plus qu'à la révolte et à l'indignation, qui, loin de mobiliser et de politiser, ne peut que contribuer à élever les craintes xénophobes, de même que l'illusion que le crime et la violence ne cessent de croître favorise les anxiétés et les phobies de la vision sécuritaire."
Pierre Bourdieu - La télévision, le journalisme et la politique (1997)
Posté dans Divers Sociologie
"On peut et on doit lutter contre l'audimat au nom de la démocratie. Ça paraît très paradoxal parce que les gens qui défendent le règne de l'audimat prétendent qu'il n'y a rien de plus démocratique (c'est l'argument favori des annonceurs et des publicitaires les plus cyniques, relayés par certains sociologues, sans parler des essayistes aux idées courtes, qui identifient la critique des sondages - et de l'audimat -à la critique du suffrage universel), qu'il faut laisser aux gens la liberté de juger, de choisir ("ce sont vos préjugés d'intellectuels élitistes qui vous portent à juger tout ça comme méprisable"). L'audimat, c'est la sanction du marché, de l'économie, c'est à dire d'une légalité externe et purement commerciale, et la soumission aux exigences de cet instrument de marketing est l'exact équivalent en matière de culture de ce qu'est la démagogie orientée par les sondages d'opinion en matière de politique. La télévision régie par l'audimat contribue à faire peser sur le consommateur supposé libre et éclairé les contraintes du marché qui n'ont rien de l'expression démocratique d'une opinion collective éclairée, rationnelle, d'une raison publique comme veulent le faire croire les démagogues cyniques."
Pierre Bourdieu - Sur la télévision (1996)
Posté dans Divers Sociologie
"Un des enjeux des luttes politiques, à l'échelle des échanges quotidiens ou à l'échelle globale, est la capacité d’imposer des principes de vision du monde, des lunettes telles que les gens voient le monde selon certaines divisions (les jeunes et les vieux, les étrangers et les français). En imposant ces divisions, on fait des groupes, qui se mobilisent et qui, se faisant, peuvent parvenir à convaincre de leur existence, à faire pression et à obtenir des avantages."
Pierre Bourdieu - Sur la télévision (1996)
Posté dans Divers Sociologie
"Je pense en effet que la télévision, à travers les différents mécanismes que je m'efforce de décrire d'une manière rapide, fait courir un danger très grand aux différentes sphères de la production culturelle, art, littérature, science, philosophie, droit ; je crois même que, contrairement à ce que pensent et à ce que disent, sans doute en toute bonne foi, les journalistes les plus conscients de leurs responsabilités, elle fait courir un danger non moins grand à la vie politique et à la démocratie."
Pierre Bourdieu - Sur la télévision (1996)
Posté dans Mondialisation
"La "globalization" économique n'est pas un effet mécanique des lois de la technique ou de l'économie, mais le produit d'une politique mise en œuvre par un ensemble d'agents et d'institutions et le résultat de l'application de règles délibérément créées à des fins spécifiques, à savoir la libéralisation du commerce (trade liberalization), c'est-à-dire l'élimination de toutes les régulations nationales qui freinent les entreprises et leurs investissements. Autrement dit, le "marché mondial" est une création politique (comme l'avait été le marché national), le produit d'une politique plus ou moins consciemment concertée. Et cette politique, comme à son échelle celle qui avait conduit à la naissance des marchés nationaux, a pour effet (et peut-être aussi pour fin, au moins chez les plus lucides et les plus cyniques des défenseurs du néo-libéralisme), de créer les conditions de la domination en confrontant brutalement des agents et des entreprises jusque là enfermés dans les limites nationales à la concurrence de forces productives et de modes de production plus efficients et plus puissants."
Pierre Bourdieu - Unifier pour mieux dominer (2000)
Posté dans Divers Economie
"Tout ce que l'on décrit sous le nom à la fois descriptif et normatif de « mondialisation » est l'effet non d'une fatalité économique, mais d'une politique, consciente et délibérée, mais le plus souvent inconsciente de ses conséquences. Tout à fait paradoxale, puisqu’il s’agit d’une politique de dépolitisation, cette politique qui puise sans vergogne dans le lexique de la liberté, libéralisme, libéralisation, dérégulation, vise à conférer une emprise fatale aux déterminismes économiques en les libérant de tout contrôle et à obtenir la soumission des gouvernements et des citoyens aux forces économiques et sociales ainsi "libérées"."
Pierre Bourdieu - Contre la politique de dépolitisation (2000)
Posté dans Divers Sociologie
"Toute la pensée politique critique est donc à reconstruire, et elle ne peut pas être l’œuvre d’un seul, maître à penser livré aux seules ressources de sa pensée singulière, ou porte-parole autorisé par un groupe ou une institution pour porter la parole supposée des gens sans parole. C’est là que l’intellectuel collectif peut jouer son rôle, irremplaçable, en contribuant à créer les conditions sociales d’une production collective d’utopies réalistes."
Pierre Bourdieu - Pour un savoir engagé (1999)
Posté dans Divers Sociologie
"Les think tanks d’où sont sortis les programmes politiques de Reagan ou Thatcher, ou, après eux, Clinton, Blair, Schröder ou Jospin, ont dû, pour être en mesure de rompre avec la tradition du Welfare State, opérer une véritable contre-révolution symbolique et produire une doxa paradoxale : conservatrice, cette doxa se présente comme progressiste ; restauration du passé dans ce qu’il a parfois de plus archaïque (en matière de relations économiques notamment), elle donne des régressions, des rétrocessions. pour des réformes ou des révolutions. Cela se voit bien dans toutes les mesures visant à démanteler le Welfare State, c’est-à-dire à détruire tous les acquis démocratiques en matière de législation du travail, de santé, de protection sociale ou d’enseignement. Combattre une telle politique, c’est s’exposer à apparaître comme conservateur lorsqu’on défend les acquis les plus progressistes du passé. Situation d’autant plus paradoxale que l’on est amené à défendre des choses que l’on souhaite au demeurant transformer, comme le service public et l’État national, que nul ne songe à conserver en l’état, ou les syndicats ou même l’École publique, qu’il faut continuer à soumettre à la critique la plus impitoyable."
Pierre Bourdieu - Pour un savoir engagé (1999)
Posté dans Divers Sociologie
"Les écrivains, les artistes et surtout les chercheurs qui sont déjà, par profession, plus enclins et plus aptes à dépasser les frontières nationales, doivent transcender la frontière sacrée, qui est inscrite aussi dans leur cerveau, plus ou moins profondément selon les traditions nationales, entre le scholarship et le committment, pour sortir résolument du microcosme académique, entrer en interaction avec le monde extérieur (c’est-à-dire notamment avec les syndicats, les associations, et tous les groupes en lutte) au lieu de se contenter des conflits « politiques» à la fois intimes et ultimes, et toujours un peu irréels, du monde scolastique, et inventer une combinaison improbable, mais indispensable : le savoir engagé, scholarship with committment, c'est-à-dire une politique d'intervention dans le monde politique qui obéisse, autant que possible, aux règles en vigueur dans le champ scientifique."
Pierre Bourdieu - Pour un savoir engagé (1999)
Posté dans Conflits et Mobilisations
"L'histoire sociale enseigne qu'il n'y a pas de politique sociale sans un mouvement social capable de l'imposer et que ce n'est pas le marché, comme on tente de le faire croire aujourd'hui, mais le mouvement social qui a « civilisé » l'économie de marché, tout en contribuant grandement à son efficacité."
Pierre Bourdieu - Pour un mouvement social européen (1999)
Posté dans Divers Sociologie
"J'ai aussi conscience qu'en appelant, comme je le fais ici, les chercheurs à se mobiliser pour défendre leur autonomie et pour imposer les valeurs attachées à leur métier, je m'expose à choquer ceux d'entre eux qui, choisissant les facilités vertueuses de l'enfermement dans leur tour d'ivoire, voient dans l'intervention hors de la sphère académique un dangereux manquement à la fameuse « neutralité axiologique », identifiée à tort à l'objectivité scientifique, et à être mal compris, voire condamné sans examen, au nom de la vertu académique même que j'entends défendre contre elle-même. Mais je suis convaincu qu'il faut coûte que coûte faire entrer dans le débat public, d'où elles sont tragiquement absentes, les conquêtes de la science — et rappeler au passage à la prudence les essayistes bavards et incompétents qui occupent à longueur de temps les journaux, les radios et les télévisions -; libérant ainsi l'énergie critique qui reste enfermée dans les murs de la cité savante, pour partie par une vertu scientifique mal comprise, qui interdit à l'homo academicus de se mêler aux débats plébéiens du monde journalistique et politique, pour partie par l'effet des habitudes de pensée et d'écriture qui font que les spécialistes trouvent plus facile et aussi plus payant, du point de vue des profits proprement académiques, de réserver les produits de leur travail pour des publications scientifiques qui ne sont lues que de leurs pareils."
Pierre Bourdieu - Contre-feux 2 (2001)
Posté dans Stratification sociale
"Les enfants de la démocratisation scolaire ici rencontrés, promus par le prolongement de leurs études, sont en quelque sorte passés de l'"autre coté" de la barrière et considèrent souvent que l'héritage politique des pères ouvriers ne les concerne pas véritablement. Non parce qu'ils le renient - certains y voient de la "grandeur", mais parce qu'ils le trouvent inadapté à leur situation : c'est un héritage dont ils ne veulent pas parce qu'il leur semble d'un autre âge et trop éloigné de leur condition sociale. Les outils de résistance syndicale et politique ne leur semblent pas ajustés à la situation et certains cours de fac sur le syndicalisme pouvant leur faire apparaitre celui-ci comme une institution conservatrice, voire archaïque. Loin de leur donner des armes et de la force pour contester, tout se passe comme si le passage prolongé par le système scolaire avait pour effet de développer une sorte de mauvaise foi structurelle, de renforcer une tendance à la soumission et à l'obéissance de l'ordre dominant".
Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)
Posté dans Stratification sociale
"Avant de porter des jugements à l'emporte-pièce sur les "jeunes de banlieue", il faut d'abord insister sur la forte hétérogénéité de cette population : il y a ceux qui s'en sortent très bien par des réussites scolaires "miraculeuses" ou des carrières artistiques (musique, théâtre), ceux qui plongent (dans le désarroi, la drogue ou la délinquance) et, entre les deux, les jeunes que l'on a étudiés. Il faut ensuite dessiner toile de fond structurelle des conduites de certains d'entre eux : insécurité économique et grande vulnérabilité des familles, précarisation des conditions de vie, ségrégation spatiale croissante, assombrissement de l'avenir objectif, détérioration des services publics, crise des organismes de loisirs collectifs, enfermement progressif dans la cité, domination et attrait de la "culture de rue", essor de l'économie souterraine, pression du groupe des pairs, violence des rapports entre les sexes, voire misère affective et sexuelle, absence de représentation politique des jeunes de cité. Rappelons toutefois que cette enquête a été en partie menée au début des années 1990. Depuis, d'autres enquêtes montrent la dégradation de la vie quotidienne dans les quartiers. L'étau se resserre donc sur les enfants de cité, le sauve-qui-peut des quartiers, la fuite des parents "respectables", les difficultés croissantes des institutions."
Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)
Posté dans Travail et Emploi
"La déqualification est une tentation permanente des politiques d’organisation capitaliste du travail."
Thomas Coutrot - Critique de l'organisation du travail (1999)
Posté dans Travail et Emploi
"Les formes de la division du travail résultent de processus historiques où la politique, l'éthique, les rapports de forces sociaux jouent des rôles déterminants. Si, dans l'"économie tout entière", la division du travail a progressé en réservant les tâches les plus pénibles à une fraction de la population, le pouvoir économique et le prestige à une autre, ce n'est pas sous l'effet irrésistible de la rationalité économique."
Thomas Coutrot - Critique de l'organisation du travail (1999)
Posté dans Divers Sociologie
"Ceux qui déplorent le pessimisme désenchanteur ou les effets démobilisateurs de l'analyse sociologique lorsqu'elle formule par exemple les lois de la reproduction sociale, sont à peu près aussi fondés à le faire que ceux qui reprocheraient à Galilée d'avoir découragé le rêve de vol en construisant la loi de la chute des corps. Enoncer une loi sociale comme celle qui établit que le capital culturel va au capital culturel, c'est offrir la possibilité d'introduire parmi les circonstances propres à contribuer à l'effet qu'elle prévoit - dans le cas particulier, l'élimination scolaire des enfants les plus dépourvus de capital culturel - les "éléments modificateurs", comme disait Auguste Comte, qui, si faibles soient-ils en eux-mêmes, peuvent suffire à transformer dans le sens de nos souhaits le résultat des mécanismes. Du fait que la connaissance des mécanismes permet, ici comme ailleurs, de déterminer les conditions et les moyens d'une action destinée à les maîtriser, le refus du sociologisme qui traite le probable comme un destin se justifie en tout cas : et les mouvements d'émancipation sont là pour prouver qu'une certaine dose d'utopisme, cette négation magique du réel qu'on dirait ailleurs névrotique, peut même contribuer à créer les conditions politiques d'une négation pratique du constat réaliste. Mais surtout, la connaissance exerce par soi un effet - qui me paraît libérateur - toutes les fois que les mécanismes dont elle établit les lois de fonctionnement doivent une part de leur efficacité à la méconnaissance, c'est-à-dire toutes les fois qu'elle touche aux fondements de la violence symbolique."
Pierre Bourdieu - Extrait de la leçon inaugurale de Pierre Bourdieu au Collège de France prononcée le 23 avril 1982
Posté dans Travail et Emploi
"Loin d‘être un enjeu purement technique, l‘organisation du travail a une dimension politique et sociale, qui renvoie aux rapports de pouvoir dans la société."
Thomas Coutrot - Critique de l'organisation du travail (1999)
Posté dans Stratification sociale
"Le cas limite des enfants d'immigrés est particulièrement intéressant parce qu'il opère ici comme un miroir grossissant des relations entre générations ouvrières. Faute d'une culture historique et d'une maîtrise des enjeux de la politique sociale, beaucoup d'étudiants comme lui ont tendance à s'en remettre aux oracles scolaires ou universitaires, qui ne leur proposent pourtant qu'un savoir désincarné, pour trancher sur la réalité de la condition ouvrière d'aujourd'hui. Leurs propos peuvent parfois paraitre conservateurs ou libéraux ("réacs") : ils montrent en tout cas l'ignorance dans laquelle ils veulent rester des rapports conflictuels au travail."
Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)
Posté dans Stratification sociale
"L’étude ethnographique des manières d’étudier de ce petit groupe de jeunes de Granvelle a mis en évidence les effets préjudiciables de l’absence d’encadrement pédagogique en faculté et de la proximité entre celle-ci et le quartier. Les dispositions inculquées au cours de leur enfance et de leur adolescence dans le quartier continuent de structurer leur personnalité sociale. (...) L’enquête ethnologique montre, dans le cas présent, que les facultés de « proximité », loin de toujours favoriser les études supérieures des enfants des classes populaires, privent notamment les étudiants de la « cité » d’une immersion dans un « milieu » étudiant dont on sait pourtant qu’elle fonctionne très fréquemment, dans les grands centres régionaux, comme une instance de socialisation universitaire. En supprimant les obstacles, notamment économiques, à la poursuite d’études des étudiants d’origine populaire, les antennes universitaires serviraient l’objectif de démocratisation de l’enseignement supérieur. L’enquête de terrain montre que ces étudiants, qui continuent à résider dans leur quartier, se trouvent pris dans le piège de la facilité de la vie étudiante « à domicile » : l’acculturation à la vie étudiante ne se fait pas, la distance avec le monde des livres se maintient, si bien que beaucoup replongent dans les « histoires » du quartier. Ces « pseudo-facs », pour reprendre l’expression d’un autre enquêté (issu, lui, d’une famille de classe moyenne), ne contribuent pas à élargir l’horizon géographique des étudiants d’origine populaire. S’il n’existe pas un fort militantisme de la part des enseignants et un volontarisme institutionnel pour contrecarrer les lois de la reproduction scolaire et sociale, il y a de fortes chances pour qu’elles enferment ces étudiants de cité dans leurs anciens réseaux d’appartenance. Les antennes universitaires risquent bien d’être de fausses bonnes solutions. Aujourd’hui, ce dont ont grand besoin les enfants de classes populaires qui entrent en première année de DEUG, ce sont avant tout de meilleures conditions d’apprentissage au travail universitaire : un encadrement plus proche et suivi de la part des enseignements, des bibliothèques dignes de ce nom, des locaux pour travailler, des lieux de sociabilité universitaire qui favorisent la
création de groupes de pairs et permettent de lutter contre l’anomie du DEUG. La politique de création d’antennes universitaires, dispendieuses, contribue à empêcher la réalisation de ces objectifs et, à ce titre, est inefficace pour assurer la démocratisation de l’enseignement supérieur. »
Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)
Posté dans Stratification sociale
"La politique des 80% au bac a profondément altéré l'équilibre entre la filière générale et la filière professionnelle. L'enseignement professionnel a été la première victime de cette politique puisque, de manière quasi mécanique, les élèves potentiellement intégrables dans cette filière se sont vu soudainement proposer l'accès au lycée général."
Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)
Posté dans Stratification sociale
"Le mot d'ordre politique des "80% au bac" a souvent été pris au pied de la lettre tant par les parents que par les enfants, c'est-à-dire comme ouvrant grand les portes du lycée général. En fait, il y a eu un malentendu persistant autour de ce slogan: le ministère a dit après coup que les 80% signifiaient "niveau bac" (dixit J.-P. Chevènement) et incluaient bien évidemment les bacs professionnels qui venaient d'être créés, alors que les parents, eux, ont entendu et compris "bac général" uniquement. Telle qu'elle a été interprétée, cette nouvelle donne scolaire a contribué à ancrer dans la tête des parents la certitude que leurs enfants avaient aussi "droit" à la poursuite d'études, qu'il s'agissait d'une revendication égalitaire, d'une sorte de conquête sociale ("Le lycée, c'est aussi pour nos enfants")."
Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)
Posté dans Divers Sociologie
"Contrairement à certaines formulations de Durkheim, qui nous enseigne que la réalité objective des faits sociaux est le principe fondamental de la sociologie, on postulera, à titre de politique de recherche, que pour les membres qui font de la sociologie le phénomène fondamental est la réalité objective des faits sociaux en tant qu’accomplissement continu des activités concertées de la vie quotidienne des membres, qui utilisent, en les considérant comme connus et allant de soi, des procédés ordinaires et ingénieux pour cet accomplissement."
Harold Garfinkel - Studies in Ethnomethodology (1967)
Posté dans Divers Sociologie
"C'est difficile d'avoir un jugement définitif pour ou contre Bourdieu dans la mesure où son œuvre est en partie de la tradition revisitée. Au delà du relief personnel, il a effectué un travail de synthèse et de transmission de la tradition sociologique. Pour être juste, il faut absolument distinguer une œuvre importante et discutable, dans le bon sens du terme, de l'espèce d'agit-prop des dernières années entretenue par un groupe de suiveurs dogmatisés. Comme pour le lacanisme, il y avait autour de lui, une espèce de petit groupe de suiveurs auto-proclamés fonctionnant comme une secte politique et se servant de cette appartenance comme un coup de pouce. La partie que je trouve la plus intéressante, c'est ce qu'il a fait en anthropologie. Le plus discutable à mon avis, c'est le durcissement du système à partir de la moitié des années 70 avec un fort accent positiviste. C'est à ce moment là que je me suis écarté de lui. Je laisse complètement de côté les dix ou quinze dernières années. Sur les médias notamment, ce n'était plus de la sociologie, c'était de l'agit-prop. Personnellement, j'ai été l'élève de Bourdieu à la Sorbonne puis son assistant au moment de la création du centre de sociologie européen avec Raymond Aron. Ce que je retiens aussi de lui, c'est la qualité du professeur dans les années 60-70."
Luc Boltanski - Interview Le Monde (24/01/2002)
Posté dans Divers Sociologie
"Le monde social est donc à la fois le produit et l’enjeu de luttes symboliques, inséparablement cognitives et politiques, pour la connaissance, dans lesquelles chacun poursuit non seulement l’imposition d’une représentation avantageuse de soi, comme les stratégies de « présentation de soi » magnifiquement analysées par Goffman, mais aussi le pouvoir d’imposer comme légitimes les principes de construction de la réalité sociale les plus favorables à son être social (individuel et collectif, avec par exemple les luttes sur les limites des groupes) ainsi qu’à l’accumulation d’un capital symbolique de reconnaissance."
Pierre Bourdieu - Méditations pascaliennes (1997)
Posté dans Divers Sociologie
"En l’absence d’une pédagogie rationnelle mettant tout en œuvre pour neutraliser méthodiquement et continûment, de l’Ecole maternelle à l’Université, l’action des facteurs sociaux d’inégalité culturelle, la volonté politique de donner à tous des chances égales devant l’enseignement ne peut venir à bout des inégalités réelles, lors même qu’elle s’arme de tous les moyens institutionnels et économiques."
Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron - Les Héritiers (1964)
Posté dans Culture et Socialisation
"Et l’on n'en finirait pas d'énumérer les valeurs faites corps, par la transsubstantiation qu'opère la persuasion clandestine d'une pédagogie implicite, capable d'inculquer toute une cosmologie, une éthique, une métaphysique, une politique, à travers des injonctions aussi insignifiantes que « tiens-toi droit » ou « ne tiens pas ton couteau de la main gauche » et d'inscrire dans les détails en apparence les plus insignifiants de la tenue, du maintien ou des manières corporelles et verbales les principes fondamentaux de l'arbitraire culturel, ainsi placés hors des prises de la conscience et de l’explicitation."
Pierre Bourdieu - Le sens pratique (1980)
Posté dans Divers Economie
"J’ai toujours été convaincu que si nous voulons garder notre liberté économique et politique, nous devons diriger nos efforts vers la conversion des intellectuels en tant que faiseurs d’opinions."
Friedrich von Hayek - 20 years of economic dissent (1977)
Posté dans Stratification sociale
"L’égalité des chances renvoie à des politiques de lutte contre les entraves à la libre compétition entre les individus et à l’expression de leurs talents personnels, et non à des politiques visant à améliorer les conditions mêmes de construction des personnes, de leur avenir et de leur contexte d’apprentissage."
Eric Maurin - La nouvelle question scolaire (2007)
Posté dans Economie de marché
"L’innovation du néo-libéralisme fut d’imaginer l’État comme acteur de son propre dessaisissement."
François Denord - Néo-libéralisme, version française. Histoire d'une idéologie politique (2007)
Posté dans Travail et Emploi
"Ainsi que tout autre contrat, les salaires doivent être livrés à la concurrence franche et libre du marché, et n’être jamais entravés par l’intervention du Gouverneur."
David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)
Posté dans Intégration et Solidarité
"L'opposition contemporaine, en France tout particulièrement, entre "équité" et "égalité" - à partir de laquelle on instruit en règle générale le procès de l'égalitarisme - est très largement tributaire de préoccupations politiques étroites. Face aux abus conceptuels auxquels elle donne lieu, il nous apparaît important de rappeler que l'équité est une des interprétations possibles de l'égalitarisme et non le contraire."
Patrick Savidan - Repenser l'égalité des chances (2007)
Posté dans Sociologie politique
"Il faut concevoir l’Etat contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé -l a notion de territoire étant l’une de ses caractéristiques -, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. Ce qui est en effet le propre de notre époque, c’est qu’elle n’accorde à tous les autres groupements, ou aux individus, le droit de faire appel à la violence que dans la mesure où l’Etat le tolère : celui-ci passe donc pour l’unique source du « droit » à la violence."
Max Weber - Le métier et la vocation d’homme politique (1919)
Posté dans Sociologie politique
"Le recours à la violence sans fard, comme moyen de contrainte pour l’extérieur mais aussi pour l’intérieur, est tout simplement constitutif de tout groupement politique."
Max Weber - Economie et société (1922)
Posté dans Contrôle social et Déviance
« Chez les journalistes comme chez les politiques, l’indignation tend de plus en plus à remplacer l’analyse, l’émotion à prévaloir sur la réflexion. Dès lors, tous les sujets qui semblent mettre en cause le civisme et la morale font l’objet d’un consensus immédiat. La sécurité en est un, la défense des femmes un autre. La réunion des deux donnait au thème des viols collectifs une force exceptionnelle. Le problème est que, dès lors, les questions trouvent des réponses immédiates et des conclusions écrites d’avance. Il n’y a plus besoin de faire enquête et de réfléchir outre mesure – ce serait presque suspect –, il suffit d’entretenir l’indignation collective en couvrant les innombrables faits divers qui semblent confirmer quotidiennement le bien-fondé de ce rassurant consensus moral ».
Laurent Mucchielli – Le scandale des « tournantes » (2005)
Posté dans Contrôle social et Déviance
"L’idée d’une culture maghrébine et d’une religion musulmane qui prédisposeraient à la violence envers les femmes constitue donc un grossier préjugé ethnocentrique (consistant comme toujours à considérer l’autre comme un barbare) et un argument de lutte politique malhonnête (consistant à prétendre que les hommes d’origine maghrébine ou africaine violentent particulièrement leurs femmes, pensant ainsi promouvoir l’émancipation de ces dernières). Loin de ces idées reçues, nous avons vu que la pratique des viols collectifs dans les quartiers pauvres des grandes agglomérations doit se comprendre à travers l’analyse des groupes de pairs ou de bandes de jeunes et de leurs systèmes de normes propres : c’est parce que le virilisme compensant la marginalisation sociale des jeunes hommes ainsi que les mécanismes de formation des bandes jouent beaucoup plus dans ces quartiers que les viols collectifs y sont plus nombreux. La preuve en est que, à des époques et dans des populations différentes, des mécanismes similaires ont produit des comportements similaires."
Laurent Mucchielli – Le scandale des « tournantes » (2005)
Posté dans Contrôle social et Déviance
« A travers la question des viols collectifs, c’est en effet un certain nombre d’enjeux sociaux et politiques fondamentaux qui sont, à notre avis, bien mal posés. Encore une fois, nous ne doutons pas de l’importance de la question de la place des femmes dans la sociétés francises et des violences qu’elles subissent, ni de la question des délinquances juvéniles et de leur évolution, ni de celles des rapports entre les différents groupes sociaux et les différentes pratiques culturelles qui coexistent plus ou moins bien dans la société française actuelle. Nous doutons en revanche fortement de la pertinence des discours à la mode qui voudraient nous convaincre que la « violence des jeunes », le « communautarisme » et l’islam constituent des phénomènes qui se développeraient de façon souterraine et grandissante pour venir menacer fondamentalement les « valeurs républicaines ». Or c’est bien dans un tel cadre, on le verra, qu’a été posée, entre autres, la question des viols collectifs ».
Laurent Mucchielli – Le scandale des « tournantes » (2005)
Posté dans Travail et Emploi
"Un homme qui ne fait pendant toute sa vie qu'une même opération, parvient à coup sûr à l'exécuter mieux et plus promptement qu'un autre homme; mais en même
temps il devient moins capable de toute autre occupation, soit physique, soit morale; ses autres facultés s'éteignent, et il en résulte une dégénération dans l'homme
considéré individuellement. C'est un triste témoignage à se rendre que de n'avoir jamais fait que la dix-huitième partie d'une épingle : et qu'on ne s'imagine pas que ce
soit uniquement l'ouvrier, qui toute sa vie conduit une lime ou un marteau, qui dégénère ainsi de la dignité de sa nature : c'est encore l'homme qui par état exerce les
facultés les plus déliées de son esprit... En résultat, on peut dire que la séparation des travaux est un habile emploi des forces de l'homme; qu'elle accroît prodigieusement les produits de la société; mais qu'elle ôte quelque chose à la capacité de chaque homme pris individuellement."
Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique (1832)
Posté dans Mondialisation
"L’erreur de raisonnement qui consiste à partir de la mondialisation pour comprendre la crise actuelle porte aussi manifestement le risque, en fait le plus grave, d’alimenter la montée d’un nouveau protectionnisme qui briserait les attentes des pays pauvres. Pour ces pays, le commerce mondial n’est pas une figure de rhétorique : c’est la promesse que soit annulé ce qui apparaîtra peut-être comme une parenthèse de l’histoire de l’humanité : deux siècles au cours desquels les nations du monde ont laissé se creuser des écarts de prospérité et de puissance sans aucun précèdent dans l’histoire du monde. Le « grand espoir du XXIe siècle » pourrait être d’abord qu’il permette de resserrer les inégalités entre les nations : on a vu que c’était un espoir raisonnable. Il est aussi de souhaiter que les nations occidentales réapprennent à penser le politique, à l’heure où l’économique cesse de fortifier le lien social. Il est hélas plus difficile en ce domaine de professer l’optimisme."
Daniel Cohen - Richesse du monde Pauvreté des nations (1997)
Posté dans Mondialisation
"Face aux doutes qui assaillent les pays riches sur leur propre devenir, les pays pauvres occupent à merveille la place de ces barbares dont les chevaux piaffaient aux portes de Rome. On attendait pourtant les barbares comme on attendait Godot : ils ne viendront pas. C’est en se convaincant que la menace qui pèse sur leurs sociétés vient du dehors que les pays riches se rendent aveugles aux transformations qu’ils ont eux-mêmes engagées ; c’est en cherchant au dehors des boucs émissaires qu’ils s’éloignent de la recherche du « bien commun », qu’ils renoncent à la « duce tiédeur de la richesse et de la paix ». Donner à croire que les pays du Sud son cause de nos malheurs, n’est pas seulement faire une erreur d’analyse. C’est engager les démocraties sur de fausses pistes, dont les deux plus graves sont qu’il faut affaiblir l’Etat-Providence pour « affronter » la concurrence internationale, et l’idée souvent corrélative qu’il faut « internationaliser » la vie politique elle-même pour « gérer » la mondialisation. Ces idées répétées par des gens souvent de bonne foi engagent les démocraties à rebours de ce qu’il faudrait."
Daniel Cohen - Richesse du monde Pauvreté des nations (1997)
Posté dans Etat
"Que l’orientation des politiques économiques de l’Union soit, pour l’essentiel, indépendante de tout processus démocratique est à la fois contraire aux traditions politiques des peuples européens, et dangereux pour l’efficacité économique de l’ensemble."
Jean-Paul Fitoussi - La politique de l'impuissance (2005)
Posté dans Travail et Emploi
"On a dans une première phase instrumentalisé le chômage pour combattre l’inflation. Chaque "banquier central" de la planète sait que, dès qu’il augmente les taux d’intérêts, il met au chômage une partie des catégories les plus vulnérables de la population. Non seulement il le sait, mais c’est précisément pour ça qu’il le fait. Pourquoi augmente-t-on les taux d’intérêts ? Parce qu’on est persuadé que la demande est trop forte et que les entreprises produisant à pleine capacité ne pourraient la satisfaire qu’en augmentant leurs prix. La douche froide des taux d’intérêts réduit ainsi la demande et incite les entreprises à licencier."
Jean-Paul Fitoussi - La politique de l'impuissance (2005)
Posté dans Divers Economie
"Le problème politique de l’humanité consiste à combiner trois choses: l’efficacité économique, la justice sociale et la liberté politique."
John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936)
Posté dans Divers Economie
"On peut soutenir que la science sociale est particulièrement astreinte à produire des paradoxes. C’est parce que nous savons tous tellement de choses, déjà, sur les sociétés sans avoir suivi le moindre cours de science sociale. .. Nous avons une considérable intelligence intuitive, de bon sens, des “problèmes” de science sociale tels que les crimes de la rue, la corruption de personnages haut placés et même l’inflation, et chacun ou chacune de nous est toujours prêt à avancer sa propre “solution” ou sa panacée. Ainsi donc la science sociale .. doit apporter quelque chose qui n’apparaissait pas ou ne transparaissait pas jusque-là ou, mieux encore, quelque chose qui montre à quel point notre bon sens nous a égarés. Les découvertes importantes en science sociale vont donc, de manière caractéristique, à l’encontre de l’intuition; elles choquent et s’intéressent aux conséquences involontaires et inattendues de l’action des hommes."
Albert Hirschman - L’économie comme science morale et politique (1984)
Posté dans Stratification sociale
"L’adaptation à une position dominée implique une forme d’acceptation de la domination. Les effets de la mobilisation politique elle-même ont peine à contrebalancer complètement les effets de la dépendance inévitable de l’estime de soi à l’égard des signes de la valeur sociale que sont le statut professionnel et le salaire, d’avance légitimés par le marché scolaire. Il serait facile d’énumérer les traits du style de vie des classes dominées qui enferment à travers le sentiment de l’incompétence, de l’échec ou de l’indignité culturelle, une forme de reconnaissance des classes dominantes."
Pierre Bourdieu - La distinction (1979)
Posté dans Divers Sociologie
"Il importe de se demander pourquoi la prolongation des études et l’élévation des qualifications scolaires s’imposent comme des politiques consensuelles, qui confèrent à l’école et à ses diplômes une emprise toujours plus forte sur les destinées individuelles. Cette emprise est en fait le lot de toutes les sociétés modernes, confrontées à la double tâche d’introduire dans la vie les jeunes générations et de les répartir dans les différentes professions. L’affirmation de l’idéal égalitaire et la complexification de la division du travail ont progressivement rendu intenable une gestion purement privée de ces deux processus, et inacceptables les inégalités qui en découlaient. Pour résoudre la tension entre des individus devenus égaux en droit et des positions de plus en plus diversifiées et inégales, la méritocratie s’est progressivement imposée comme une idéologie fondatrice des sociétés démocratiques. L’égalité politique est censée se doubler d’une égalité, non pas dans les positions sociales et les divers avantages qui leur sont attachés, mais dans les chances qu’ont les individus d’y accéder, sur la base de leurs aspirations et de leurs qualités personnelles. La place qu’on occupe in fine dans la division sociale du travail doit dépendre non plus de facteurs hérités, mais de ressources propres, acquises et mobilisées par l’individu lui-même : le mérite en devient le grand ordonnateur. C’est l’institution scolaire qui s’est vu allouer la mission de le détecter, de cultiver et de sanctionner ce mérite par des diplômes."
Marie Duru-Bellat - L'inflation scolaire (2006)
Posté dans Stratification sociale
"Nous ne serons jamais assez reconnaissants à la Révolution de nous avoir donné l'égalité civile et l'égalité politique. Elle ne nous a pas donné l'égalité sociale. Les hommes de ce temps n'ont pas prévu, ne pouvaient guère prévoir cette espèce de pseudo-aristocratie qui se fonda presque aussitôt sur les ruines de l'ancienne et acheva de l'abolir en la supplantant : la bourgeoisie moderne."
Edmond Goblot – La barrière et le niveau (1925)
Posté dans Stratification sociale
"Les habitus sont des principes générateurs de pratiques distinctes et distinctives - ce que mange l’ouvrier et surtout sa manière de le manger, le sport qu’il pratique et sa manière de le pratiquer, les opinions politiques qui sont les siennes et sa manière de les exprimer diffèrent systématiquement des consommations ou des activités correspondantes du patron d’industrie; mais ce sont aussi des schèmes classificatoires, des principes de classement, des principes de vision et de division, des goûts différents. Ils font des différences entre ce qui est bon et ce qui est mauvais, entre ce qui est bien et ce qui est mal, entre ce qui est distingué et ce qui est vulgaire, etc., mais ce ne sont pas les mêmes. Ainsi, par exemple, le même comportement ou le même bien peut apparaître distingué à l’un, prétentieux ou m’as-tu-vu à l’autre, vulgaire à un troisième. Mais l’essentiel est que, lorsqu’elles sont perçues au travers de ces catégories sociales de perception, de ces principes de vision et de division, les différences dans les pratiques, les biens possédés, les opinions exprimées deviennent des différences symboliques et constituent un véritable langage. Les différences associées aux différentes positions, c’est-à-dire les biens, les pratiques et surtout les manières, fonctionnent, dans chaque société, à la façon des différences constitutives de systèmes symboliques, comme l’ensemble des phonèmes d’une langue ou l’ensemble des traits distinctifs et des écarts différentiels qui sont constitutifs d’un système mythique, c’est-à-dire comme des signes distinctifs."
Pierre Bourdieu - Raisons Pratiques (1996)
Posté dans Economie de marché
"Quand il analyse ces stratégies d'affaires d'un point de vue instantané, l'économiste ou le fonctionnaire-enquêteur observe des politiques de prix qui lui semblent
abusives et des restrictions de production qu'il assimile à un refus d'exploiter toutes les possibilités de vente. Mais il ne voit pas que les agissements de cette nature
constituent, au milieu de « l'ouragan perpétuel », de simples incidents, souvent inévitables, qui encouragent, bien loin de le freiner, le processus d'expansion à long terme. Une telle affirmation n'est pas davantage paradoxale que celle consistant à dire : les automobiles parce qu'elles sont munies de freins roulent plus vite que si elles en étaient dépourvues."
Joseph Schumpeter - Capitalisme, socialisme et démocratie (1942)
Posté dans Divers Sociologie
"Si l'anomie est un mal, c'est avant tout parce que la société en souffre, ne pouvant se passer, pour vivre, de cohésion et de régularité. Une réglementation morale ou juridique exprime donc essentiellement des besoins sociaux que la société seule peut connaître ; elle repose sur un état d'opinion, et toute opinion est chose collective, produit d'une élaboration collective. Pour que l'anomie prenne fin, il faut donc qu'il existe ou qu'il se forme un groupe où se puisse constituer le système de règles qui fait actuellement défaut. Ni la société politique dans son ensemble, ni l'état ne peuvent évidemment s'acquitter de cette fonction ; la vie économique, parce qu'elle est très spéciale et qu'elle se spécialise chaque jour davantage, échappe à leur compétence et à leur action. L'activité d'une profession ne peut être réglementée efficacement que par un groupe assez proche de cette profession même pour en bien connaître le fonctionnement, pour en sentir tous les besoins et pouvoir suivre toutes leurs variations. Le seul qui réponde à ces conditions est celui que formeraient tous les agents d'une même industrie réunis et organisés en un même corps. C'est ce qu'on appelle la corporation ou le groupe professionnel."
Emile Durkheim - De la division du travail social (1893)
Posté dans Culture et Socialisation
"L'éducation est l'action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale. Elle a pour objet de susciter et de développer chez l'enfant un certain nombre d'états physiques, intellectuels et moraux que réclament de lui et la société politique dans son ensemble et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné... Il résulte de la définition qui précède que l'éducation consiste en une socialisation méthodique de la jeune génération."
Emile Durkheim - Éducation et sociologie (1922)
Posté dans Conflits et Mobilisations
"A un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors, et qui ne sont que l’expression juridique. Hier encore formes de développement des forces productives, ces conditions se changent en de lourdes entraves. Alors commence une ère de révolution sociale."
Karl Marx - Avant-propos à la critique de l'économie politique (1859)
Posté dans Stratification sociale
"Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés nécessaires, indépendants de leur volonté, ces rapports de production correspondent à un degré donné du développement de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s'élève un édifice juridique et politique et à quoi répondent des formes déterminées de la conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience."
Karl Marx - Avant-propos à la critique de l'économie politique (1859)
Posté dans Divers Sociologie
"C'est dans l'économie politique qu'il convient de chercher l'anatomie de la société civile."
Karl Marx - Avant-propos de la critique de l'économie politique (1859)
Posté dans Intégration et Solidarité
"L'inégalité des revenus et des fortunes est un caractère inhérent de l'économie de marché. Son élimination détruirait complètement l'économie de marché. Les gens qui réclament l'égalité ont toujours à l'esprit un accroissement de leur propre pouvoir de consommation. Personne, en adoptant le principe d'égalité comme postulat politique, ne souhaite partager son propre revenu avec ceux qui en ont moins. Lorsque le salarié américain parle d'égalité, il veut dire que les dividendes des actionnaires devraient lui être attribués. Il ne suggère pas une réduction de son propre revenu au profit des 95 % de la population mondiale qui gagnent moins que lui."
Ludwig von Mises - L'Action humaine
Posté dans Intégration et Solidarité
"La question est de savoir dans quels cas et jusqu’à quel point nous sommes obligés d’obéir à un système injuste. On dit parfois qu’il n’est jamais nécessaire d’obéir dans de telles conditions. Mais ceci est une erreur. L’injustice d’une loi n’est pas, en général, une raison suffisante pour ne pas y obéir, pas plus que la validité légale d’une législation (définie par la constitution en vigueur) n’est pas une raison suffisante pour se conformer à la loi. Quand la structure de base d’une société est suffisamment juste, dans les limites du contexte prévalant, nous devons reconnaître comme obligatoire les lois injustes, à condition qu’elles ne dépassent pas un certain degré d’injustice. En essayant de discerner ces limites, nous nous rapprochons du problème plus profond de l’obligation et du devoir politiques."
John Rawls - A theory of justice
Posté dans Divers Economie
"Il n’y a donc véritablement production de richesse que là où il y a création ou augmentation d’utilité."
Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique
Posté dans Divers Sociologie
"Moi-même, j'ai été victime de ce moralisme de la neutralité, de la non-implication du scientifique. Je m'interdisais alors, et à tort, de tirer certaines conséquences évidentes de mon travail d'enquête. Avec l'assurance que donne l'âge, avec la reconnaissance aussi, et sous la pression de ce que je considère comme une vraie urgence politique, j'ai été amené à intervenir sur le terrain dit de la politique. Comme si on pouvait parler du monde social sans faire de politique! On pourrait dire qu'un sociologue fait d'autant plus de politique qu'il croit ne pas en faire."
Pierre Bourdieu - Interviewé par Le Temps
Posté dans Divers Economie
"Il y a un large consensus sur les buts principaux de la politique économique: emploi élevé, prix stables et croissance rapide. Il y a un consensus plus faible pour affirmer que ces objectifs sont compatibles entre eux (...). Il n'y a pas de consensus sur le rôle que les divers instruments de politique économique peuvent et devraient jouer pour satisfaire ces objectifs."
Milton Friedman - The role of monetary policy
Posté dans Contrôle social et Déviance
"Parler aujourd’hui de banlieues à problèmes ou de ghetto, c’est évoquer, presque automatiquement, non des réalités , d’ailleurs très largement inconnues de ceux qui en parlent le plus volontiers, mais des fantasmes, nourris d’expériences émotionnelles suscitées par des mots ou des images plus ou moins incontrôlées, comme ceux que véhiculent la presse à sensation et la propagande ou la rumeur politiques."
Pierre Bourdieu - Effets de lieu dans La misère du Monde
Posté dans Conflits et Mobilisations
"L’idée de mouvement social cherche à démontrer l’existence au coeur de chaque type sociétal, d’un conflit central. Celui-ci opposa la nation et le prince, puis les travailleurs et les employeurs. Existe-t-il un tel conflit aujourd’hui ? Beaucoup donnent une réponse négative a cette question et se tournent vers l'étude de revendications particulières et des crises politiques. Je défends l'idée contraire: oui, il existe dans notre société programmée, informationnelle ou de quelque nom qu'on l'appelle, un conflit central et plus précisément un acteur central luttant pour un enjeu d'importance centrale. Le conflit central de notre société est, selon mon analyse, celui que mène un Sujet en lutte, d’un coté contre le triomphe du marché et des techniques et, de l’autre, contre des pouvoirs communautaires autoritaires. Ce conflit culturel me semble aussi central aujourd’hui que l’ont été le conflit économique de la société industrielle et le conflit politique qui a dominé les premiers siècles de notre modernité."
Alain Touraine - Pouvons nous vivre ensemble?
Posté dans Conflits et Mobilisations
"Le mouvement social est beaucoup plus qu’un groupe d’intérêts ou un instrument de pression politique ; il met en cause le mode d’utilisation sociale des ressources et des modèles culturels. C’est pour éviter toute confusion entre ce type d’action collective et tous les autres auxquels beaucoup donnent trop facilement le nom de mouvement social que je parlerai ici de mouvements sociétaux, pour indiquer clairement qu’ils mettent en cause des orientations générales de la société."
Alain Touraine - Pouvons nous vivre ensemble?
Posté dans Stratification sociale
"Les ouvriers existent, mais on ne les voit plus. Pourquoi ? Le processus de réhabilitation de l'entreprise à l'oeuvre depuis le début des années 80, qui a étroitement coïncidé avec les «adieux au prolétariat» de nombreux intellectuels «marxistes», a fait apparaître les ouvriers comme des obstacles à la modernisation de l'industrie, comme les héritiers d'un passé révolu, menant nécessairement des combats d'arrière-garde. Progressivement et insensiblement, ils ont quitté l'horizon mental des faiseurs d'opinion (intellectuels, journalistes, hommes politiques, etc.), et cela au moment où, en raison même de l'affaiblissement des formes de résistance collective, le travail s'est intensifié dans les ateliers, où les relations sociales au travail se sont détériorées, où les ouvriers ont été pour ainsi dire transformés en simple variable d'ajustement, réduits à une composante de la masse salariale qu'il faut comprimer toujours plus."
Stéphane Beaud et Michel Pialoux - Retour sur la condition ouvriere
Posté dans Divers Sociologie
"Le destin de notre époque, caractérisée par la rationalisation, par l’intellectualisation et surtout par le désenchantement du monde, a conduit les humains à bannir les valeurs suprêmes les plus sublimes de la vie publique."
Max Weber - Le savant et le politique
Posté dans Divers Sociologie
"Tout ce que la Révolution a fait se fût fait, je n'en doute pas, sans elle; elle n'a été qu'un procédé violent et rapide à l'aide duquel on a adapté l'état politique à l'état social; les faits aux idées et les lois aux mœurs."
Alexis de Tocqueville - L'Ancien Régime et la Révolution
Posté dans Intégration et Solidarité
"On peut ainsi comprendre le caractère paradigmatique du "problème des banlieues" par rapport à la thématique actuelle de l'insécurité. Les "quartiers sensibles" cumulent les principaux facteurs d'insécurisation : forts taux de chômage, d'emplois précaires et d'activités marginales, habitat dégradé, urbanisme sans âme, promiscuité entre groupes d'origine ethnique différente, présence permanente de jeunes désoeuvrés qui paraissent exhiber leur inutilité sociale, visibilité de pratiques délinquantes liées au trafic de drogues et aux recels, fréquence des "incivilités", des moments de tension et d'agitation et des conflits avec les "forces de l'ordre", etc. L'insécurité sociale et l'insécurité civile se recoupent ici et s'entretiennent l'un l'autre. Mais sur la base de ces constats qui n'ont rien d'idyllique, la diabolisation de la question des banlieues, et particulièrement la stigmatisation des jeunes de banlieues à laquelle on assiste aujourd'hui, relève d'un processus de déplacement de la conflictualité sociale qui pourrait bien représenter une donnée permanente de la problématique de l'insécurité. La mise en scène de la situation des banlieues comme abcès de fixation de l'insécurité à laquelle collaborent le pouvoir politique, les médias, et une large part de l'opinion, c'est en quelque sorte le retour des classes dangereuses, c'est-à-dire la cristallisation sur des groupes particuliers, situés aux marges, de tout ce que la société porte de menaces."
Robert Castel - L'insécurité sociale
Posté dans Stratification sociale
"Dans les Cadres, j'avais entrepris de décrire comment une catégorie se constitue selon un processus politique, puis s'institutionnalise dans un discours administratif, s'objective dans des institutions et s'incarne dans des représentations à la fois sociales, politiques et cognitives."
Luc Boltanski - La cause de la critique
Posté dans Mondialisation
"Les politiques et les économistes qui promettent que la libéralisation du commerce va améliorer le sort de tous sont des imposteurs."
Joseph Stiglitz - Un autre monde
Posté dans Mondialisation
"Peu de gens aujourd’hui défendent cette grande hypocrisie : on prétend aider les pays en développement alors qu’on les force à ouvrir leurs marchés aux produits des pays industriels avancés, qui eux-mêmes continuent à protéger leurs propres marchés. Ces politiques sont de nature à rendre les riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres – et plus furieux."
Joseph Stiglitz - La grande désillusion
Posté dans Etat
"Des circonstances économiques changeantes requièrent une politique économique souple, et il est impossible de dire d'avance quelles seront les politiques appropriées. ... Le fait est qu'aucun gouvernement ne peut rester les bras croisés devant 10,15, ou 20 pour cent de sa population active inemployée. ... Les nouveaux économistes keynésiens pensent également qu'il est pratiquement impossible de concevoir des normes fixes dans une économie en évolution rapide."
Joseph Stiglitz
Posté dans Economie de marché
"C'est grâce au principe de la concurrence que l'économie politique peut avoir la prétention de se considérer comme une science."
John Stuart Mill
Posté dans Stratification sociale
"Les paysans parcellaires constituent une masse énorme dont les membres vivent tous dans la même situation mais sans être unis les uns aux autres par des rapports variés. Leur mode de production les isole les uns des autres, au lieu de les amener à des relations réciproques. Cet isolement est encore aggravé par le mauvais état des moyens de communication en France et par la pauvreté des paysans. L'exploitation de la parcelle ne permet aucune division du travail, aucune utilisation des méthodes scientifiques, par conséquent, aucune diversité de développement, aucune variété de talents, aucune richesse de rapports sociaux. Chacune des familles paysannes se suffit presque complètement à elle-même, produit directement elle-même la plus grande partie de ce qu'elle consomme et se procure ainsi ses moyens de subsistance bien plus par un échange avec la nature que par un échange avec la société. La parcelle, le paysan et sa famille ; à côté, une autre parcelle, un autre paysan et une autre famille. Un certain nombre de ces familles fondent un village et un certain nombre de villages un département. Ainsi, la grande masse de la nation française est constituée par une simple addition de grandeurs de même nom, à peu près de la même façon qu'un sac rempli de pommes de terre forme un sac de pommes de terre. Dans la mesure où des millions de familles paysannes vivent dans des conditions économiques qui les séparent les unes des autres et opposent leur genre de vie, leurs intérêts et leur culture à ceux des autres classes de la société, elles constituent une classe. Mais elles ne constituent pas une classe dans la mesure où il n'existe entre les paysans parcellaires qu'un lien local et où la similitude de leurs intérêts ne crée entre eux aucune communauté, aucune liaison nationale ni aucune organisation politique."
Karl Marx - Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte
Posté dans Mondialisation
"Les politiques d’ajustement structurel (les mesures censées aider un pays à s’ajuster face à des crises et à des déséquilibres chroniques) ont provoqué dans de nombreux cas des famines et des émeutes ; et même quand elles ont réussi à susciter une faible croissance pour un temps, une part démesurée de ces bénéfices est souvent allées au milieux les plus riches de ces pays en développement, tandis qu’au bas de l’échelle, la pauvreté s’était parfois aggravée."
Joseph Stiglitz - La grande désillusion
Posté dans Intégration et Solidarité
"Le problème à résoudre est d'une particulière subtilité et d'une grande importance: comment donner la plus grande quantité d'aide possible tout en créant, le moins possible, une dépendance à cette aide."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Etat
"Je désirerais autant que tout autre qu'on prit des moyens de diminuer ces inégalités, mais non pas de manière à dégrever les prodigues aux dépens des hommes prudents. Imposer les gros revenus plus que les petits, c'est imposer l'activité et l'économie ; c'est frapper d'une amende ceux qui ont plus travaillé et économisé que
leurs voisins."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Etat
"Ce n'est pas aux fortunes gagnées qu'il convient de poser des limites, c'est aux fortunes non gagnées."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Etat
"Une diminution d'impôts, en multipliant les jouissances du public, augmente les recettes du fisc."
Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique
Posté dans Etat
"On connait la légende de l'empereur romain qui, ayant à juger un concours opposant deux chanteurs, n'écouta que le premier et attribua le prix au second, supposant qu'il ne pouvait être pire. Ce n'est pas une méthode de décision optimale."
Gordon Tullock - Le marché politique
Posté dans Etat
"Pour notre part, nous sommes aujourd'hui assez sceptique sur les chances de succès d'une politique purement monétaire destinée à agir sur le taux de l’intérêt. Nous nous attendons à voir l'État, qui est en mesure de calculer l'efficacité marginale des biens capitaux avec des vues lointaines et sur la base de l'intérêt général de la communauté, prendre une responsabilité sans cesse croissante dans l'organisation directe de l'investissement."
John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie
Posté dans Monnaie
"Un système de taux de change flexibles ou flottants - de taux de change librement déterminés sur un marché libre, essentiellement par le biais de transactions privées, et comme tout autre prix de marché, à même de varier au jour le jour - est absolument essentiel à l'accomplissement de notre objectif économique fondamental, l'émergence et l'instauration durable d'une communauté mondiale libre et prospère, pratiquant un commerce multilatéral sans restrictions. Il n'existe pas de secteur de la politique économique internationale dans lequel le système de taux de change fixe ne crée pas de difficultés sérieuses et inutiles."
Milton Friedman - Journal of Political economy
Posté dans Monnaie
"Il y a lieu d'adopter la stabilité du niveau des prix comme, à la fois, but de la politique monétaire, guide et critère de réussite."
Milton Friedman - Prix et théorie économique
Posté dans Etat
"Une portion relative toujours plus grande et plus importante des besoins collectifs d’un peuple civilisé en progrès se trouve satisfaite par l’État."
Adolphe Wagner - Les fondements de l'économie politique
Posté dans Mondialisation
"Le phénomène de mondialisation fait figure de revanche de l'économique sur le social et le politique."
Jacques Adda - La mondialisation de l'économie
Posté dans Mondialisation
"La transnationalisation des firmes est certainement la principale cause de la décomposition du politique, c'est-à-dire de l'affaiblissement de l'Etat-nation et de la déliquescence de la citoyenneté."
Serge Latouche - Comment peut-on être anti-capitaliste?
Posté dans Croissance
"Sauf domination politique ou violences directes, la dépendance ne peut être la cause du retard économique; elle en est l'effet. On a la dépendance de son sous-développement et non le sous-développement de sa dépendance."
Arghiri Emmanuel - L'échange inégal
Posté dans Mondialisation
"Certaines nations, favorisées par les circonstances, ont devancé les autres dans les manufactures, le commerce et la navigation. Elles ont eu très tôt conscience que les progrès qu’elles avaient accomplis constituaient le moyen le plus efficace d’acquérir et de conserver la suprématie politique. Elles ont adopté et conservent aujourd’hui des mesures calculées pour monopoliser les manufactures et le commerce et pour entraver le progrès des nations retardataires."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"Le système douanier, envisagé comme moyen d'aider au développement économique de la nation, en réglant son commerce exterieur, doit constamment prendre pour règle le principe de l'éducation industrielle du pays."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"Le pays purement agriculteur est infiniment au-dessous du pays à la fois agriculteur et manufacturier."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"Quand l'Ecole prétend que les droits protecteurs procurent aux fabricants du pays un monopole aux dépens des consommateurs du pays, elle fait une mauvaise chicane."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"L'Ecole méconnait complètement la nature des rapports économiques entre les peuples quand elle croit que l'échange des produits agricoles contre des produits manufacturés est tout aussi utile à la civilisation, à la prospérité et en général aux progrès sociaux de pareilles nations que l'établissement dans leur propre sein d'une industrie manufacturière."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"Le droit protecteur en faveur d'une industrie ne doit pas descendre assez bas pour que l'existence de celle-ci puisse être compromise par la concurrence étrangère."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"Des droits d'importations trop élevés, qui excluent absolument la concurrence étrangère, sont préjudiciables au pays même qui les adopte, car ils suppriment l'émulation entre les fabricants indigènes et les fabricants étrangers, et entretiennent chez les premiers l'indolence."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"La protection douanière est notre voie, le libre-échange est notre but."
Friedrich List - Système national d’économie politique
Posté dans Mondialisation
"Tout commerce, soit entre les nations, soit entre les individus, est un échange de marchandises dans lequel les objets que chacun offre constituent ses moyens de payer ce qu'il demande : les marchandises offertes par l'un forment sa demande pour celles qui sont apportées par l'autre, et réciproquement."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Mondialisation
"Supposons deux ouvriers sachant l'un et l'autre faire des souliers et des chapeaux : l'un d'eux peut exceller dans les deux métiers; soit en faisant des chapeaux, il ne l'emporte sur son rival que d'un cinquième ou de 20 pour cent, tandis qu'en travaillant à des souliers, il a sur lui un avantage d'un tiers, ou de 33 pour cent. Ne serait-il pas de l'intérêt de tous les deux que l'ouvrier le plus habile se livrât exclusivement à l'état de cordonnier, et le moins adroit à celui de chapelier?"
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Divers Economie
"Tous les hommes politiques appliquent sans le savoir les recommandations d'économistes souvent morts depuis longtemps et dont ils ignorent le nom."
John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie
Posté dans Divers Economie
"On croirait que l'homme s'est réuni en société non pour assurer son bonheur, mais pour produire à meilleur marché des boutons de métal ou des tissus de coton."
Léonard Sismonde de Sismondi - Nouveaux principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"Les capitalistes, considérés dans leur ensemble, déterminent eux-mêmes leur bénéfice par leur consommation et leur investissement. Ils sont ainsi maîtres de leur sort."
Michal Kalecki - Revue d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Je ne prône pas la fin de la valeur travail, mais il me semble souhaitable que le travail n'épuise pas l'ensemble des activités humaines, que nos sociétés ne soient pas définies par la seule obsession de la grandeur du produit intérieur brut, que les individus aient la possibilité, tous à la fois, d'avoir un emploi, mais aussi du temps pour des tâches qui importent infiniment comme par exemple les activités amoureuses, amicales, familiales et les activités politique au sens noble du terme."
Dominique Méda - Interviewée par Alternatives Economiques
Posté dans Monnaie
"L'essence de la monnaie est d'être un pouvoir d'achat, et le pouvoir est au coeur de la politique. Le pouvoir appartient à ceux qui créent la monnaie et à ceux qui la contrôlent. Au niveau politique, la monnaie est tout sauf neutre."
Benjamin Cohen - The future of money
Posté dans Divers Economie
"L'élément de temps est une des principales causes des difficultés que rencontrent les investigations économiques, difficultés qui font que l'homme, avec ses moyens limités, ne peut s'avancer que pas à pas."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Production
"De toutes les opinions avancées par les hommes capables et ingénieux que j'ai jamais rencontrés, l'opinion de M. Say, qui énonce qu'un produit consommé ou détruit est un débouché fermé, me semble la plus directement opposée à la théorie juste, et celle qui est la plus directement contredite par l'expérience."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Croissance
"Je ne vois pas d'impossibilité à ce que, dans le courant du siècle prochain, une population double de la nôtre ne consomme quatre fois plus de produits que nous n'en consommons actuellement."
Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique
Posté dans Croissance
"L'accroissement de la richesse n'est pas illimité, qu'à la fin de ce que l'on appelle l'état progressif, se trouve l'état stationnaire."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"Dès qu'un capital est employé dans un pays, il crée nécessairement une demande de travail, les machines ne peuvent fonctionner sans l'assistance de l'homme, et ne peuvent être fabriquées sans un travail. L'investissement d'une partie d'un capital dans des machines perfectionnées entraînera une diminution de la demande de travail ; l'exportation de ce capital vers un autre pays supprimera totalement cette demande."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Démographie
"On a calculé que, dans des circonstances favorables, la population pouvait doubler dans vingt-cinq ans. Mais, dans des circonstances tout aussi favorables, le capital national pourrait fort bien avoir doublé en moins de temps."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Quand le prix courant du travail est au-dessous de son prix naturel, le sort des ouvriers est déplorable, la pauvreté ne leur permettant plus de se procurer les objets que l'habitude leur a rendu absolument nécessaires. Ce n'est que lorsqu'à force de privations le nombre des ouvriers se trouve réduit, ou que la demande de bras s'accroît, que le prix courant du travail remonte de nouveau à son prix naturel. L'ouvrier peut alors se procurer encore une fois les jouissances modérées qui faisaient son bonheur."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Le prix courant du travail est le prix que reçoit réellement l'ouvrier, d'après les rapports de l'offre et la demande, le travail étant cher quand les bras sont rares, et à bon marché lorsqu'ils abondent. Quelque grande que puisse être la déviation du prix courant relativement au prix naturel du travail, il tend, ainsi que toutes les denrées, à s'en rapprocher."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Etat
"En ce qui concerne la propension à consommer, l'Etat sera conduit à exercer sur elle une influence directrice par sa politique fiscale, par la détermination du taux de l'intérêt, et peut-être aussi par d'autres moyens. Au surplus il est improbable que l'influence de la politique bancaire sur le taux de l'intérêt suffise à amener le flux d'investissement à sa valeur optimum. Aussi pensons-nous qu'une assez large socialisation de l'investissement s'avérera le seul moyen d'assurer approximativement le plein emploi, ce qui ne veut pas dire qu'il faille exclure tous les genres d'arrangements et de compromis permettant à l'Etat de coopérer avec l'initiative privée. Mais à part cela, aucune argumentation convaincante n'a été développée qui justifierait un socialisme d'Etat embrassant la majeure partie de la vie économique de la communauté."
John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie
Posté dans Monnaie
"Il n'est pas dans l'économie quelque chose de plus insignifiant que la monnaie, si on la considère autrement que comme un mécanisme pour faire vite et commodément ce qu'on ferait moins vite et moins commodément si elle n'existait pas."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Monnaie
"Il est tout à fait normal de haïr le métier d'usurier du fait que son patrimoine lui vient de l'argent lui-même, et que celui-ci n'a pas été inventé pour cela. Car il a été fait pour l'échange, alors que l'intérêt ne fait que le multiplier. Et c'est de là qu'il a pris son nom : les petits, en effet, sont semblables à leurs parents, et l'intérêt est de l'argent né d'argent. Si bien que cette façon d'acquérir est la plus contraire à la nature."
Aristote - Les politiques
Posté dans Monnaie
"Semblables à l'huile qui adoucit les mouvements d'une machine compliquée, les monnaies, répandues dans tous les rouages de l'industrie humaine, facilitent des mouvements qui ne s'obtiendraient point sans elles. Mais, comme l'huile qui se rencontre dans les rouages d'une machine arrêtée, l'or et l'argent ne sont plus productifs dès que l'industrie cesse de les employer."
Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique
Posté dans Monnaie
"L'argent n'est que la voiture des produits."
Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique
Posté dans Monnaie
"L'introduction de la monnaie ne modifie en rien l'action des lois de la valeur."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Monnaie
"Dans l'état actuel de nos connaissances, il me semble souhaitable d'instituer un dispositif réglementaire destiné à contrôler le comportement de la masse monétaire. A ce propos, je dois souligner que j'entends par masse monétaire l'ensemble de la monnaie en circulation, plus les dépôts dans les banques. Je voudrais également faire remarquer qu'il serait bon que le Federal Reserve System tienne compte de l'accroissement du montant global de la masse monétaire ainsi définie, qui s'élève de mois en mois et de jour en jour à un rythme annuel de X %, X se situant entre 3 et 5. J'insiste sur le fait que je ne considère pas cette proposition comme définitive et comme fondamentale pour la politique monétaire ; il ne s'agit pas d'une règle digne d'être écrite en lettres d'or et conservée pieuse¬ment. Il me semble cependant que c'est cette solution qui offre les meilleures garanties si l'on souhaite parvenir à une relative stabilité en matière monétaire, dans l'état actuel de nos connaissances. J'ose espérer que par la suite, au fur et à mesure que nous nous familiariserons avec les questions monétaires, nous serons en mesure de raffiner ces moyens, destinés à nous permettre d'obtenir des résultats toujours améliorés. De toute façon, ce chapitre s'efforce bien moins de discuter le contenu de tel ou tel type de réglementation que de suggérer qu'en donnant force de loi à une réglementation de la masse monétaire on parviendrait au même résultat qu'on serait en droit d'attendre de la part d'une banque centrale indépendante, mais qui, en fait, en est incapable. Il me semble qu'une telle règle constitue Ia seule solution réalisable et à notre portée, si nous voulons faire de la politique monétaire un des piliers de la société libre, et non une menace pour ses fondations."
Milton Friedman - Inflation et système monétaire
Posté dans Monnaie
"La formule d'une banque centrale indépendante rappelle qu'il est essentiel d'éviter que la politique monétaire devienne une amusette au jour le jour, à la merci de n'importe quel caprice des autorités monétaires en exercice. C'est une solution rationnelle si on la considère comme une sorte de constitution. L'argument implicite des partisans d'une banque centrale indépendante (autant que je sache, car leur point de vue n'a jamais été exposé de manière explicite) consiste à dire que le contrôle sur la monnaie constitue une des prérogatives essentielles de l'État, comparable à l'exercice des pouvoirs législatif, judiciaire ou administratif... (...) Jusqu'à présent, j'ai relevé ce que je considère comme deux défauts techniques principaux d'une banque centrale indépendante, du point de vue économique : d'une part, la dispersion des responsabilités, qui favorise le rejet des responsabilités en période d'incertitude et de difficultés et, d'autre part, l'importance des questions de personnes, qui accroît l'instabilité provoquée par les changements de dirigeants du système et par les différences de personnalité de ces dirigeants.
Le troisième défaut technique réside dans le fait qu'une banque centrale indépendante aurait tendance à accorder une importance exagérée au point de vue des banquiers. Il est extrêmement important de distinguer deux problèmes que l'on confond trop souvent : le problème de la politique du crédit et le problème de la politique monétaire. Dans notre type de système monétaire ou bancaire, la création de monnaie a tendance à se situer dans le prolongement d'un élargissement du crédit, bien que, conceptuellement, la création d'un supplément de monnaie et l'élargissement du crédit soient deux choses très différentes. On pourrait envisager un système monétaire sans lien particulier avec les instruments du crédit ; ce serait le cas par exemple d'un étalon complètement automatique, n'utilisant comme monnaie que le bien monétaire proprement dit ou les dépôts…On retrouve donc ici le problème de l'éparpillement des responsabilités et du risque d'accorder une liberté trop importante aux autorités monétaires. Il existe sans doute une relation étroite entre la politique monétaire et le niveau général des prix, mais cette relation n'est pas assez spécifique pour que l'on puisse parvenir à la stabilité des prix en faisant appel aux interventions au jour le jour des autorités."
Milton Friedman - Inflation et système monétaire
Posté dans Divers Economie
"La première qui a prévalu pendant des siècles, consiste à dire que le gouvernement se trouve dans l’obligation d’augmenter ses dépenses alors qu’il n’est pas en mesure d’augmenter officiellement les impôts. Il est par conséquent amené à appliquer une forme d’imposition indirecte, à travers l’inflation. (...) La seconde raison de l’inflation, beaucoup plus récente celle-là, tient à l’objectif du " plein emploi ", qui a donné lieu à la politique du même nom. (...) Une troisième raison(...) tient aux erreurs commises par les banques centrales."
Milton Friedman - Inflation et système monétaire
Posté dans Monnaie
"Aujourd’hui, les changements concernant la quantité de monnaie sont le résultat de la politique gouvernementale, ce qui revient à dire que l’inflation des Etats-Unis se crée à Washington et nulle part ailleurs"
Milton Friedman - Inflation et système monétaire
Posté dans Economie de marché
"Qu'entendez-vous par l'utilité ? J'entends cette qualité qu'ont certaines choses de pouvoir nous servir, de quelque manière que ce soit. Pourquoi l'utilité d'une chose fait-elle que cette chose a de la valeur ? Parce que l'utilité qu'elle a la rend désirable, et porte les hommes à faire un sacrifice pour la posséder. On ne donne rien pour avoir ce qui n'est bon à rien ; mais on donne une certaine quantité de choses que l'on possède (une certaine quantité de pièces d'argent, par exemple) pour obtenir la chose dont on éprouve le besoin. C'est ce qui fait sa valeur."
Jean-Baptiste Say - Catéchisme d'économie politique
Posté dans Production
"L'homme dont l'industrie s'applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée que là où d'autres hommes auront les moyens d'en faire l'acquisition. Ces moyens, en quoi consistent-ils ? En d'autres valeurs, d'autres produits, fruits de leur industrie, de leurs capitaux, de leurs terres : d'où il résulte, quoique au premier aperçu cela semble un paradoxe, que c'est la production qui ouvre des débouchés aux produits."
Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique
Posté dans Monnaie
"Nous sommes devenus plus abondants d'or et d'argent que n'étaient nos pères, mais non pas plus aisés et plus riches."
Antoine de Montchrestien - Traité d'économie politique
Posté dans Monnaie
"Ce n'est pas l'abondance d'or et d'argent, la quantité de perles et de diamants, qui fait les Etats riches et opulents ; c'est l'accomplissement des choses nécessaires à la vie."
Antoine de Montchrestien - Traité d'économie politique
Posté dans Divers Economie
"La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses "supérieurs naturels", elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du "paiement au comptant". Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange; elle a substitué aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce. En un mot, à la place de l'exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, éhontée, directe, brutale. La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu'on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages. La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n'être que de simples rapports d'argent."
Karl Marx et Friedrich Engels - Le manifeste du parti communiste
Posté dans Monnaie
"Aux Etats-Unis, la vie de tout un sexe est employée à courir après les dollars, et la vie de l'autre à élever des chasseurs de dollars."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Consommation
"Le principe de l'épargne, poussé à l'extrême, détruirait le motif de la production. Si chacun se contentait de la nourriture la plus simple, du vêtement le plus pauvre et de la maison la plus humble, il est certain qu'il n'existerait pas d'autre sorte de nourriture, de vêtement ni de maisons... "
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"En règle générale, dans un seul et même pays, les profits sont toujours au même niveau; ils ne peuvent différer que dans la mesure où l'emploi du capital est plus ou moins sûr et opportun. Mais il n'en va pas ainsi de pays à pays. Si les profits du capital employé dans le Yorkshire devaient excéder ceux du capital employé à Londres, le capital se déplacerait rapidement de Londres vers le Yorkshire, et les profits s'égaliseraient; mais si une diminution du rendements des terres anglaises, consécutives à un accroissement du capital et de la population, devait entraîner une hausse des salaires et une baisse des profits, il ne s'ensuivrait pas nécessairement un déplacement du capital et de la population de l'Angleterre vers la Hollande, l'Espagne ou la Russie, où les profits pourraient être plus élevés."
David Ricardo - Principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Monnaie
"L'argent ne fait pas de petits."
Aristote - Politique
Posté dans Production
"La cause du profit est que le travail produit plus qu’il n’est nécessaire pour son entretien. (...) Ainsi nous voyons que les profits naissent, non du jeu des échanges, mais de la puissance productive du travail."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Production
"Le produit brut du capital, les gains qui reviennent à ceux qui fournissent des fonds à la production doivent suffire à cette triple rémunération. Ils doivent donner une indemnité pour l'abstinence, une prime pour le risque, une rémunération pour le travail et l'habileté nécessaires à la direction. Ces différents prix peuvent être payés à une seule personne ou à plusieurs."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Production
"De même que le salaire de l'ouvrier est la rémunération de son travail, les profits du capitaliste sont à proprement parler, comme l'a fort bien dit M. Senior, la rémunération de son abstinence. C'est ce qu'il gagne à ne pas consommer le capital pour son usage personnel et à le faire consommer par des ouvriers qui reproduisent leur travail. Cette abstinence doit être récompensée."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Consommation
"L'épargne, c'est à dire...la renonciation à une consommation actuelle en vue d'un bien futur."
John Stuart Mill - Les principes d'économie politique
Posté dans Etat
"L'État peut et doit intervenir dans l'industrie des chemins de fer, et cela à un double titre: 1° parce que le service des chemins de fer, en ce qui concerne les transports des services ou produits d'intérêt public, est lui-même un service public; 2° parce que le service des chemins de fer, en ce qui concerne le transport des services ou produits d'intérêt privé, est un monopole naturel et nécessaire qui, comme monopole privé, ne serait fondé ni en droit ni en intérêt et qui, par conséquent, doit être érigé en monopole d'État économique."
Léon Walras - Etudes d'économie politique appliquée
Posté dans Economie de marché
"La concurrence est la grande force, la principale du monde économique. C'est la force à la fois implosive, régulatrice et coordinatrice par excellence. En dehors d'elle, il n'y a que chaos, arbitraire, fantaisie, incertitude."
Paul Leroy-Beaulieu - Traité d'économie politique
Posté dans Divers Economie
"Les idées, justes ou fausses, des philosophes de l'économie et de la politique ont plus d'importance qu'on ne le pense en général. À vrai dire, le monde est presque exclusivement mené par elles. Les hommes d'action qui se croient parfaitement affranchis des influences doctrinales sont d'ordinaire les esclaves de quelque économiste passé."
John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie
Posté dans Divers Economie
"La théorie de l'optimum trouve son prolongement dans la théorie du bien-être pour laquelle l'Etat corrige la distribution des revenus, compense les effets externes et produit les biens collectifs."
Vilfredo Pareto - Cours d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"L'économie politique pure est essentiellement la théorie de la détermination des prix sous un régime hypothétique de la libre concurrence .... Supposons d'abord un marché où se vendent et s'achètent, autrement dit où s'échangent, seulement des objets de consommation et des services consommables, la vente du service se faisant par la location du capital. Des prix ou des rapports d'échange de tous ces objets ou services en l'un d'entre eux pris pour numéraire, étant criés au hasard, chaque échangeur offre, à ces prix des objets ou services dont il estime avoir relativement trop et demande des objets ou services dont il estime n'avoir relativement pas assez pour sa consommation durant une certaine période de temps. Ces quantités effectivement demandées et offertes de chaque objet étant ainsi déterminées, on fait la hausse du prix de ceux dont la demande excède l'offre et la baisse du prix de ceux dont l'offre excède la demande. Aux nouveaux prix ainsi créés chaque échangeur offre et demande des questions nouvelles. Et l'on fait encore la hausse ou la baisse des prix jusqu'à ce que la demande et l'offre de chaque objet ou service soient égales. Alors, les prix sont prix courants d'équilibre, et l'échange s'effectue."
Léon Walras - Eléments de théorie économique pure
Posté dans Economie de marché
"Lorsqu’un homme vend à un autre un produit quelconque, il lui vend l’utilité qui est dans ce produit ; l’acheteur ne l’achète qu’à cause de son utilité, de l’usage qu’il en peut faire."
Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"Les choses, une fois qu'elles sont reconnues utiles par elles-mêmes, tirent leur valeur échangeable de deux sources, de leur rareté, et de la quantité de travail nécessaire pour les acquérir."
David Ricardo - Principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Economie de marché
"Adam Smith a remarqué que le mot valeur a deux significations différentes, et exprime, tantôt l'utilité d'un objet quelconque, tantôt la faculté que cet objet transmet à celui qui le possède, d'acheter d'autres marchandises. Dans un cas la valeur prend le nom de valeur en usage ou d'utilité ; dans l'autre celui de valeur en échange... Ce n'est donc pas l'utilité qui est la mesure de la valeur échangeable quoiqu'elle lui soit absolument essentielle."
David Ricardo - Des Principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Divers Economie
"C'est grâce au principe de concurrence que l’économie Politique peut avoir la prétention de se considérer comme une science."
John Stuart Mill - L'utilitarisme
Posté dans Production
"La tâche de chef est très spéciale : celui qui peut la résoudre, n'a pas besoin d'être sous d'autres rapports ni intelligent, ni intéressant, ni cultivé, ni d'occuper en aucun sens une « situation élevée » ; il peut même sembler ridicule dans les positions sociales où son succès l'amène par la suite. Par son essence, mais aussi par son
histoire (ce qui ne coïncide pas nécessairement) il est hors de son bureau typiquement un parvenu, il est sans tradition, aussi est-il souvent incertain, il s'adapte, anxieux, bref il est tout sauf un chef. Il est le révolutionnaire de l'économie - et le pionnier involontaire de la révolution sociale et politique."
Joseph Schumpeter - Théorie de l'évolution économique
Posté dans Production
"A l'état d'équilibre de la production, les entrepreneurs ne font ni bénéfice ni perte."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Economie de marché
"Le mécanisme de la hausse et de la baisse des prix sur le marché, combiné avec le fait du détournement des entrepreneurs des entreprises en perte vers les entreprises en bénéfice, n’est rien autre chose qu’un mode de résolution par tâtonnement des équations de ces problèmes."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Production
"Si l'on considère que la surface cultivée reste identique et qu'on augmente le nombre des ouvriers travaillant sur cette terre, la récolte obtenue s'accroîtra dans une proportion moindre que l'augmentation de la main-d'oeuvre."
David Ricardo - Principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Le taux de chômage naturel est le taux qui découlerait des équations de l’équilibre général, si y étaient intégrées les caractéristiques structurelles effective des marchés des biens et du travail, y compris les imperfections de marché, la variabilité aléatoire des offres et demandes, le coût de collecte de l’information sur les emplois vacants, les coûts de la mobilité,etc."
Milton Friedman - Le rôle de la politique monétaire
Posté dans Intégration et Solidarité
"Ces lois, bien loin de répondre au vœu bienfaisant du législateur, qui ne voulait qu’améliorer la condition des pauvres, n’ont d’autre effet que d‘empirer à la fois et celle du pauvre et celle du riche ; - au lieu d’enrichir les pauvres, elles ne tendent qu’à appauvrir les riches."
Robert Malthus - Des principes de l’économie politique et de l’impôt
Posté dans Divers Economie
"Le débat politique se focalise sur le mode de gestion des contraintes économiques et de leur accompagnement social. La valorisation de l'entreprise, les appels répétés à la mobilisation des français, pour la modernisation industrielle, bien plus : la présentation de la nation et de l'Europe dans cette même logique (l'entreprise France dans le grand marché européen), tous ces discours assenés pendant près de dix ans marquent la dissolution qui semble alors s'opérer de la politique dans l'économie. Réduite de plus en plus à la gestion des contraintes économiques par des spécialistes, la politique apparait comme un discours et une pratique sur lesquels les citoyens n'ont plus guère de prise. Le paradoxe n'en est que plus saisissant: le discours politique dominant s'identifie de plus en plus à des objectifs économiques, alors que les forces politiques au pouvoir n'ont jamais fait à ce point la démonstration de leur impuissance à résoudre le chômage."
Jean-Pierre Le Goff - Le mythe de l'entreprise
Posté dans Mondialisation
"Une des difficultés politiques majeures de la mondialisation tient au fait que celle-ci oppose en permanence l'individu citoyen à l'individu consommateur."
Zaki Laïdi - Malaise dans la mondialisation
Posté dans Travail et Emploi
"A mesure que la grande industrie se développe, la création de richesses en vient à dépendre moins du temps de travail et de la quantité de travail utilisée, que de la puissance des agents qui sont mis en mouvement pendant la durée du travail.(...) Dés que le travail, sous sa forme immédiate, a cessé d'être la source principale de la richesse, le temps de travail cesse et doit cesser d'être sa mesure, et la valeur d'échange cesse donc aussi d'être la mesure de la valeur d'usage."
Karl Marx - Principes d'une critique de l'économie politique
Posté dans Production
"Si, avec Monsieur Say, nous voulons faire de l'économie politique une science positive fondée sur l'expérience et susceptible de donner des résultats précis, il faut prendre le plus grand soin d'embrasser seulement, dans la définition du terme principal dont elle se sert, les objets dont l'accroissement ou la diminution peuvent être susceptibles d'évaluation ; et la ligne qu'il est le plus naturel et le plus utile de tracer nettement est celle qui sépare les objets matériels des objets immatériels."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Famille
"Si les femmes ont été mises en tutelle et dépossédées de leur statut de personne juridiquement autonome, qui est celui des hommes, pour être confinées dans un statut imposé de reproductrices, c'est en recouvrant la liberté dans ce domaine qu'elles vont acquérir à la fois dignité et autonomie. Le droit à la contraception, avec ce qu'il implique en amont – consentement, droit de choisir son conjoint, droit au divorce réglé par la loi, et non simple répudiation, interdiction de donner en mariage des fillettes prépubères, etc. –, le droit de disposer de son corps, constitue le levier essentiel parce qu'il agit au cœur même du lieu où la domination s'est produite. C'est la première marche : le reste, pour nécessaire et significatif qu'il soit – revendication de parité politique, d'égalité d'accès à l'enseignement, d'égalité professionnelle, salariale et de promotion dans l'entreprise, de respect dans les esprits et dans les mœurs, de partage des tâches, etc. – ne peut avoir d'effet significatif et durable si cette première marche n'est pas gravie par toutes les femmes."
Françoise Héritier - Masculin/Féminin, dissoudre la hiérarchie
Posté dans Intégration et Solidarité
"Il faut tourner nos politiques vers les individus. C'est en atteignant les individus que l'on transformera le territoire - et non l'inverse - et que l'on parviendra à atténuer l'extraordinaire anxiété qui traverse la société française depuis une vingtaine d'années. Il faut pour cela appliquer résolument un principe : donner davantage aux jeunes enfants et aux adolescents les plus démunis de ressources familiales."
Eric Maurin - Le ghetto français
Posté dans Divers Economie
"Le chasseur et le pêcheur isolés, ces exemplaires uniques d'où partent Smith et Ricardo, font partie des fictions pauvrement imaginées du XVIIIe siècle, de ces robinsonnades qui, n'en déplaisent à tels historiens de la civilisation, n'expriment nullement (...) un retour à ce qu'on se figure bien à tort comme l'état de nature."
Karl Marx - La critique de l'économie politique
Posté dans Production
"Un produit créé offre, dès cet instant, un débouché à d'autres produits pour tout le montant de sa valeur."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Production
"Lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre, pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n'est pas moins empressé de se défaire de l'argent que lui procure sa vente, pour que la valeur de l'argent ne chôme pas non plus."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Production
"La rente n'est pas un constituant du prix de la marchandise."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Economie de marché
"L'économie pure ne nous donne pas de critérium vraiment décisif pour choisir entre une organisation de la société basée sur la propriété privée et une organisation socialiste."
Vilfredo Pareto - Manuel d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"Antidater la politique du laissez-faire, comme cela est souvent fait, à la période à laquelle ce slogan fut utilisé pour la première fois en France au milieu du XVIIIe serait entièrement anti-historique ; il peut être affirmé tranquillement que ce n'est pas avant deux générations que le libéralisme devint quelque chose de plus qu'une tendance spasmodique. Ce n'est que dans les années 1820 qu'il reposa sur ses trois bases classiques selon lesquelles : le prix du travail se détermine sur le marché, la création de monnaie est sujette à un mécanisme automatique ; les biens sont libres de circuler de pays à pays sans obstruction ni préférence ; en bref, un marché du travail, le gold standard et la libre circulation. Créditer François Quesnay du mérite de l'imagination d'un tel état des choses serait un petit condensé d'absurdités. Tout ce que les physiocrates exigeaient dans un monde mercantiliste était la liberté d'exportation des grains afin d'assurer un meilleur revenu aux fermiers, tenanciers et propriétaires fonciers. Pour le reste leur ordre naturel n'était rien d'autre qu'un principe directeur pour la réglementation de l'industrie et de l'agriculture pour un gouvernement supposé tout puissant et omniscient. Les Maximes de Quesnay avaient pour objet d'offrir à un tel gouvernement les arguments nécessaires à la traduction en politique concrète des principes du Tableau sur la base de données statistiques qu'il s'offrait à fournir périodiquement. L'idée d'un système de marchés auto-régulés n'a jamais effleuré son esprit."
Karl Polanyi - La grande transformation
Posté dans Divers Economie
"L'objet de la science économique est la connaissance des lois qui président à la formation, à la distribution et à la consommation des richesses."
Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique
Posté dans Monnaie
"L'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire et il ny a pas, par conséquent, de lutte contre linflation sans politique monétaire restrictive."
Milton Friedman -
Posté dans Production
"Le fait seul de la formation d'un produit ouvre, dès l'instant même, un débouché à d'autres."
Jean-Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Il n'est presque pas possible de prendre deux marchandises de différentes sortes dont on trouvera qu'elles s'échangent l'une contre l'autre proportionnellement à la quantité de travail utilisée pour chacune d'elles."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"Le rapport entre l'offre et la demande réelle ou présumée, est le principe dominant qui fixe le prix courant aussi bien que le prix naturel (...) car les frais de productions n'y peuvent contribuer que de manière subsidiaire, c'est-à-dire autant que ces frais exercent une influence immédiate ou présumée sur le rapport qui existe entre l'offre et la demande."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"Le prix des choses ne dépend pas de leur utilité intrinsèque, mais de l'offre et de la demande."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"La base essentielle de la valeur de toute marchandise (...) est la difficulté d'obtenir cette marchandise ou l'insuffisance de l'offre par rapport à la demande."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"La valeur en échange est le rapport d'un objet à un ou plusieurs objets susceptibles d'être échangés."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"Un clou est incomparablement plus utile que l'épingle d'or qui attache notre jabot et dont nous pourrions à la rigueur nous passer sans de graves inconvénients. Cependant, la valeur d'une épingle d'or ordinaire, est deux mille fois plus grande que la valeur d'un clou ordinaire."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Qu'elles soient des produits de la manufacture, de la mine ou de la terre, toutes les marchandises ont une valeur d'échange qui est toujours déterminée non par la plus petite quantité de travail qui suffit pour les produire dans des conditions très favorables - dont ne bénéficierait que les producteurs disposant de facilités de production particulières - mais par la plus grande quantité de travail que doivent nécessairement consacrer a leur production ceux qui ne disposent pas de ces facilités et qui continuent à produire dans les circonstances les plus défavorables."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Je considérerai que toutes les variations importantes qui interviennent dans la valeur relative des marchandises sont dues à la plus ou moins grande quantité de travail nécessaire, d'une période à une autre, pour les produire."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Economie de marché
"C'est le coût de production qui détermine en définitive le prix des marchandises."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Economie de marché
"Du fait que chaque capitaliste souhaite détourner ses capitaux vers des emplois plus profitables, les prix des marchandises sur le marché ne se maintiennent pas longtemps au-delà ou en deçà de leur prix naturel."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Divers Economie
"Adam Smith n'a pas embrassé l'ensemble du phénomène de la production et de la consommation des richesses ; mais il a tant fait, que nous devons être pénétré pour lui de reconnaissance."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Divers Economie
"Il est donc évident que les échanges avec les colonies peuvent être réglés de telle sorte qu'ils soient à la fois moins profitables aux colonies, et plus profitables à la métropole qu'un libre échange parfait."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"Toute accumulation implique une certaine attente, un certain ajournement de satisfactions. L'intérêt est la rémunération de cette attente."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Une grande augmentation de la consommation parmi les classes ouvrières doit beaucoup augmenter les frais de production ; elle doit aussi faire baisser les profits, et diminuer ou détruire les motifs qui engagent à accumuler."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"De forts salaires bien distribués exciteraient au travail et à l'épargne, et relèveraient les classes inférieures ; mais indépendamment de ce grand bienfait, ils les mettraient en état de faire des demandes effectives d'ouvrages faits et de produits étrangers."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Le seul moyen de hausser le prix du travail est de diminuer le nombre des ouvriers."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Les salaires réels sont le principal régulateur de la population et sa plus juste limite."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Les salaires, et par la même la condition des classes inférieures, éprouveront des baisses et des hausses, des mouvements rétrogrades et progressifs, quoique le prix nominal du travail ne baisse point."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Une augmentation du nombre des ouvriers qui reçoivent les mêmes salaires en argent doit nécessairement produire, par l'effet de la concurrence des demandes, une hausse dans le prix monétaire du blé."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Les améliorations dans l'agriculture, la découverte de nouveaux marchés d'où l'on peut importer des vivres, peuvent, pendant un temps, contrecarrer la tendance à l'augmentation des prix des biens nécessaires, et même provoquer une baisse de leur prix naturel." (donc une baisse du salaire)
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Le travail, ainsi que toutes choses que l’on peut acheter ou vendre, et dont la quantité peut augmenter ou diminuer, a un prix naturel et un prix courant. Le prix naturel du travail est celui qui fournit aux ouvriers, en général, les moyens de subsister et de perpétuer leur espèce sans accroissement ni diminution."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Le prix de la tache entière est déterminé par la peine qu'exige du travailleur cette partie du travail qu'il exécute avec le plus de répugnance et qu'il est presque sur le point de se refuser à exécuter."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Il faut une période de temps particulièrement longue dans le cas ou il s'agit du travail pour donner libre jeu aux forces économiques qui tendent à réaliser l'adaptation entre l'offre et la demande."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Les salaires tendent à égaler le produit net du travail, c'est-à-dire la productivité marginale du travail."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Croissance
"J'appellerai richesse les objets matériels nécessaires, utiles ou agréables à l'homme, et qui sont volontairement appropriés par les individus ou les nations aux besoins qu'ils éprouvent."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Croissance
"Ainsi donc la richesse est tout et les hommes ne sont absolument rien ? En vérité, il ne reste plus qu’à désirer que le roi demeuré tout seul dans l’île, en tournant constamment une manivelle, fasse accomplir par des automates, tout l’ouvrage de l’Angleterre."
Léonard Sismonde de Sismondi - Nouveaux principes d'économie politique
Posté dans Croissance
"La richesse sociale est l'ensemble de toutes les choses, matérielles ou immatérielles, qui sont susceptibles d'avoir un prix parce qu'elles sont rares, c'est-à-dire utiles et limitées en quantité."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"Nous devons employer le mot de capital lorsque nous considérons les choses comme agent de production et celui de richesse lorsque nous les considérons comme résultat de la production, comme objets de consommation et comme procurant les plaisirs de la possession."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Croissance
"Toutes choses restant égales, une personne a plus de richesse véritable qu'une autre si l'endroit où elle vit a de meilleures rues, une meilleur eau, un système d'égouts plus salubres, de meilleurs occasions de distractions et d'instructions."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Production
"Les profits sont élevés si les salaires sont bas et inversement."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Divers Economie
"Déterminer les lois qui gouvernent cette répartition constitue le principal problème en économie politique."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Production
"Ce n'est pas parce que l'on paie une rente que le blé est cher, c'est parce que le blé est cher que l'on paie une rente."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Production
"Si la terre présentait partout les mêmes propriétés, si son étendue était illimitée et sa qualité uniforme, rien ne pourrait être exigé pour son usage (...). On ne paie donc toujours une rente pour l'usage de la terre que parce que sa quantité est limitée et sa qualité variable, et parce que le progrès de la population oblige à mettre en culture des terres moins fertiles et moins bien situées."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Production
"La rente est cette part du produit de la terre payée au propriétaire foncier pour l'usage des facultés productives originelles et indestructibles du sol."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Croissance
"A mesure que la culture s'étend, les additions annuelles, qu'on peut faire au produit moyen, vont continuellement en diminuant avec une sorte de régularité."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"L'utilité totale d'une chose augmente avec toute augmentation de la quantité mais non pas aussi rapidement que cette quantité. Si cette quantité augmente à un taux uniforme, les avantages qu'en tire un individu augmentent à un taux décroissant."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Démographie
"Tout accroissement de la population a pour effet d'améliorer l'organisation du commerce et de l'industrie et donc il peut se faire qu'un accroissement de la population entraîne une augmentation plus que proportionnelle de la quantité des moyens de subsistances."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Croissance
"La puissance productrice d'un pays peut s'accroître d'une façon plus que proportionnelle à l'augmentation du chiffre de sa population."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Croissance
"Si l'action de la nature dans la production montre une tendance au rendement décroissant, l'action de l'homme et l'organisation industrielle montrent une tendance au rendement croissant."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Intégration et Solidarité
"Il faut que l'assistance ne soit point exempte de honte. C'est un aiguillon au travail, indispensable pour le bien général de la société."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Intégration et Solidarité
"Le vice radical de tous les systèmes de cette nature est d'empirer le sort de ceux qui ne sont pas assistés, et de créer un plus grand nombre de pauvres." (la redistribution)
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Intégration et Solidarité
"En faisant hausser les prix, elle met une grande partie du peuple dans la détresse." (la redistribution)
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Intégration et Solidarité
"Il n’est pas au pouvoir des riches de fournir aux pauvres de l’occupation et du pain, et en conséquences les pauvres, par la nature même des choses, n’ont rien à leur demander."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Intégration et Solidarité
"Le meilleur de tous les plans de finance est de dépenser peu, et le meilleur de tous les impôts est le plus petit."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Intégration et Solidarité
"Si un impôt, aussi lourd soit-il, frappe le revenu, et non le capital, il ne réduit pas la demande, mais ne fait qu'en modifier la nature."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"Les améliorations dans l'agriculture on été jusqu'à ce jour, et seront probablement à l'avenir, la source principale de l'accroissement de la rente dans presque tous les pays que nous connaissons."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"Ce n'est point le perfectionnement des machines qui est la vraie calamité ; c'est le partage injuste que nous faisons de leur produit."
Léonard Sismonde de Sismondi - Nouveaux principes d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Il n'y a d'avantage à substituer une machine à un homme qu'autant que cet homme trouvera de l'ouvrage ailleurs."
Léonard Sismonde de Sismondi - Nouveaux principes d'économie politique
Posté dans Croissance
"Le but de la société humaine doit être le progrès des hommes, non celui des choses."
Léonard Sismonde de Sismondi - Nouveaux principes d'économie politique
Posté dans Production
"Le taux de profit continuerait régulièrement de baisser jusqu'à ce que l'accumulation du capital ait cessé."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Production
"Les profits du capital consistent dans la différence entre la valeur des avances nécessaires pour créer un produit et celle de la chose produite."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"On appelle ordinairement profits du capital la portion du revenu national qui est payée au capitaliste pour l'usage de ses fonds."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"Les prix ou les rapports des valeurs d'échange sont égaux aux inverses des quantités de marchandises échangées."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Intégration et Solidarité
"Qu'arrive t-il quand le nombre des naissances met dans un pays plus d'individus que l'état de la production n'en comporte? La population dépérit, principalement les individus faible des classes indigentes : les enfants, les vieillards, les infirmes."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Intégration et Solidarité
"Chaque ami des pauvres devrait souhaiter ardemment leur abolition."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Monnaie
"Ainsi le quintal métrique de blé qui se vend aujourd'hui pour 25 pièces d'un franc, se vendrait 50 francs, s'il y avait une fois plus de monnaie en circulation."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Monnaie
"Rien ne semble plus approprié qu'assujettir les émetteurs de papier-monnaie à l'obligation de payer leurs billets en pièces d'or ou en lingots."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Monnaie
"L'expérience montre que jamais un État ou une Banque n'a disposé d'un pouvoir illimité d'émission de papier-monnaie sans en abuser."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Monnaie
"Une monnaie est la plus parfaite possible quand elle est entièrement constituée de papier, mais d'un papier dont la valeur est égale à celle de l'or qu'il est censé représenter. L'utilisation du papier plutôt que de l'or substitue le moyen de circulation le moins cher au plus cher."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Croissance
"Les places riches consomment davantage de démocratie, parce que ce bien est désirable en soi et même si l'accroissement des libertés politiques peut avoir un effet défavorable sur la croissance. Fondamentalement, les pays riches ont les moyens de se payer une réduction du taux de progrès économique."
Robert Barro - Determinants of economic growths
Posté dans Croissance
"L'analyse quantitative indique que l'effet global d'un surcroît de démocratie sur la croissance est faiblement négatif...Il existe des indices d'une relation non linéaire dans laquelle plus de démocratie accroît la croissance lorsque les libertés politiques sont faibles, mais dépriment la croissance lorsqu'un niveau modéré de liberté politique a été atteint."
Robert Barro - Determinants of economic growths
Posté dans Economie de marché
"La théorie de l'échange (...) rend en outre possible le traitement simultané et cohérent du double problème de l'institution et de la régulation du social: le besoin et l'intérêt régissent les rapports entre les hommes. La formation de cette représentation de la société comme marché trouve son plein épanouissement dans l'école écossaise de 18e siècle et tout particulièrement chez Adam Smith. La conséquence essentielle d'une telle conception réside dans le fait qu'elle se traduit dans un refus global du politique. Ce n'est plus la politique, le droit et le conflit, qui doivent gouverner la société, c'est le marché. De ce point de vue Adam Smith n'est pas tant le père fondateur de l'économie politique que le théoricien du dépérissement de la politique."
Pierre Rosanvallon - Le libéralisme économique
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"C'est en partie parce qu'on a inventé la charrue qu'il a été permis aux hommes de perfectionner les beaux-arts et tous les genres de connaissances."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"A NewCastle, à Leeds, des machines à vapeur ambulantes traînent après elles des chariots à houilles ; et rien n'est plus surprenant, au premier abord, pour un voyageur, que la rencontre, dans la campagne, de ces longs convois qui s'avancent par eux-mêmes et sans le secours d'aucun être animé."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Travail et Emploi
"Des qu'un capital est employé dans un pays, il crée une demande de travail ; les machines ne peuvent fonctionner sans l'assistance de l'homme et ne peuvent être fabriquée sans son travail."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Ce que je viens d'établir ne conduira pas, je l'espère, à conclure qu'il ne faut pas encourager la mécanisation."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Ainsi, l'opinion de la classe laborieuse selon laquelle l'emploi des machines se fait souvent à leur détriment n'est pas fondée sur les préjugés de l'erreur, mais est conforme aux principes mêmes de l'économie politique."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Travail et Emploi
"Lorsque j'ai commencé à m'intéresser aux question d'économie politique, je pensais que l'utilisation des machines dans toute branche de production, ayant pour effet d'économiser du travail, était un bien général et présentait les seuls inconvénients qui accompagnent la plupart des transferts de capital d'un emploi à l'autre."
David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt
Posté dans Economie de marché
"La vente et les achats ne sont dans la réalité que des échanges de produits."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Consommation
"L'achat d'un produit ne peut être fait qu'avec la valeur d'un autre."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Production
"Les anciens économistes n'ont pas assez tenu compte du fait que les facultés humaines sont un instrument de production aussi important que toute autre forme de capital."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Croissance
"Il me semble y avoir aucune bonne raison de croire que nous soyons le moins du monde proche d'un état stationnaire où il n'y aurait aucun besoin nouveau important à satisfaire. Toute l'histoire de l'homme montre que ses besoins s'étendent à mesure que se développent ses richesses et ses connaissances.
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Etat
"La perfection de l'administration est d'administrer peu."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Etat
"L'autorité publique est donc un accident ; un accident rendu nécessaire par notre imprudence, par notre injustice qui nous porte à empiéter sur les droits de notre semblable."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Economie de marché
"Lorsque cette égalité n'existe pas, il faut, pour arriver à cet équilibre, une hausse des prix des marchandises dont la demande effective est supérieure à l'offre effective et une baisse du prix de celles dont l'offre effective est supérieure à la demande effective."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Economie de marché
"Plusieurs marchandises étant données, dont l'échange se fait avec intervention de numéraire, pour qu'il y ait équilibre du marché à leur égard, ou prix stationnaire de toutes ces marchandises en numéraire, il faut et il suffit qu'à ces prix la demande effective de chaque marchandise soit égale à son offre effective."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Economie de marché
"Sur chaque marché va s'établir un équilibre entre la demande et l'offre de chaque service ou produit et pour lesquels en outre le prix de vente de chaque produit est égal à son prix de revient en services producteurs".
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Economie de marché
"La satisfaction maximale des besoins a lieu lorsque le rapport des intensités des besoins satisfaits ou le rapport des raretés est égal au prix."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Economie de marché
"L'état d'équilibre dépend de l'obtention par chaque échangeur du maximum d'utilité et ensuite de l'égalité de la quantité demandée et de la quantité offerte de chaque marchandise par tous les échangeurs."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Divers Economie
"Quant aux économistes qui, sans savoir en quoi consistent les mathématiques, ont décidé qu'elles ne sauraient servir à l'éclaircissement des principes économiques, ils peuvent s'en aller répétant que la liberté humaine ne se laisse pas mettre en équations ou que les mathématiques font abstraction des frottements qui sont tout dans les sciences humaines et autres gentillesses de même force."
Léon Walras - Eléments d'économie politique pure
Posté dans Divers Economie
"L'économique servira de guide dans la conduite pratique de la vie."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Divers Economie
"L'économiste doit être avide de faits mais les faits par eux-mêmes n'apportent rien. La science économique n'est que l'effort du sens commun aidé par les procédés organisés de l'analyse et du raisonnement."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Divers Economie
"L'économique examine la partie de la vie individuelle et sociale qui a plus particulièrement trait à l'acquisition et à l'usage des choses matérielles nécessaires au bien être."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Divers Economie
"Les lois et les raisonnements économiques constituent simplement une partie des matériaux que la conscience et le sens commun ont à utiliser pour résoudre les problèmes pratiques et pour établir des règles qui peuvent servir de guide dans la vie."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Consommation
"Si la transformation du revenu en capital, poussé au-delà d'un certain point, doit, en diminuant la demande effective des produits laisser les classes ouvrières sans ouvrage, il est évident que les habitudes de parcimonie poussées trop loin peuvent être suivies, tout d'abord, des effets les plus désastreux et causer un déclin sensible et permanent dans la richesse et la population."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Consommation
"Tout en convenant en même temps qu'il serait extrêmement désirable qu'il y eut un accroissement de capital, je soutiendrai cependant que, là où la demande des produits ne serait pas suffisante pour donner des profits raisonnables aux producteurs, et où les capitalistes ne sauraient ni à quoi ni comment employer leurs capitaux avec avantage, l'action d'économiser sur les revenus pour ajouter aux capitaux, n'aurait d'autre effet que d'affaiblir avant le temps la tendance à accumuler, et de nuire aux capitalistes, sans accroître utilement le capital réel et régulier."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Investissement, Capital et Progres technique
"Un bijoutier qui fait pour 6000 francs de profits dans une année, s'il se contente de 5000 francs pour la dépense de lui et des siens, augmentera son capital de 1000 francs."
Jean-Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Croissance
"Les richesses naturelles sont inépuisables, car, sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être multipliées ni épuisées elles ne sont pas l’objet des sciences économiques."
Jean Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Production
"L'entrepreneur d'industrie peut n'avoir que fort peu de connaissances ; mais il lui faut beaucoup de jugement pour se servir à propos des connaissances et des talents qui circulent dans la société, et pour les appliquer à des créations d'utilité."
Jean-Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Divers Economie
"Qu'est ce que nous enseigne l'économie politique? Elle nous enseigne comment les richesses sont produites, distribuées et consommées dans la société."
Jean-Baptiste Say - Cours d'économie politique
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"La première chose dont on ait besoin (...), avant même tout accroissement du capital et de population, c'est une demande effective de produit, c'est-à-dire une demande faite par ceux qui ont les moyens et la volonté d'en donner un prix suffisant."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Consommation
"Les facultés productives, quelques puissance qu'elles puissent atteindre, ne sont pas, par elles-mêmes, suffisantes pour assurer la création d'un degré proportionné de richesse.(...) Quelque chose de plus parait nécessaire pour donner une pleine activité à ces facultés productives ; c'est une demande réelle que rien n'arrête, pour tout ce qui est produit"
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Consommation
"La demande devient efficace seulement lorsque le prix qu'elle est disposée à offrir atteint celui auquel les autres sont disposés a vendre".
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Consommation
"Ce sont les besoins de l'homme qui donnent l'essor à son activité et par la suite, chaque progrès est du à de nouvelles activités qui suscitent de nouveaux besoins."
Alfred Marshall - Principes d'économie politique
Posté dans Consommation
"Quand un boulanger brûle du bois pour cuire son pain, il le consomme reproductivement, parce qu'il ajoute à son pain toute la valeur qu'il ôte à son bois. Mais le bois que nous brûlons pour nous chauffer est consommé improductivement, car il ne résulte de cette combustion aucune valeur qui remplace la valeur du bois."
Jean-Baptsiste Say - Cours d'économie politique
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"Il me semble fort à désirer que nous puissions constamment produire chez nous à peu près tout le blé dont nous avons besoin pour notre propre consommation."
Robert Malthus - Principes d'économie politique
Posté dans Mondialisation
"En produisant des étoffes que nous échangeons contre cette denrée d'un autre climat, nous produisons notre sucre en étoffes."
Jean-Baptiste Say - Cours d'économie politique
Posté dans Mondialisation
"Pour profiter d'une abondance durable, il faut abolir nos interdictions et nos restrictions, et cesser de contrecarrer la sagesse bienveillante de la Providence."
David Ricardo - Principes d'économie politique
Posté dans Mondialisation
"Dans un système de parfaite liberté du commerce, chaque pays consacre habituellement son capital et son travail aux emplois qui lui sont les plus avantageux. La recherche de son avantage propre s'accorde admirablement avec le bien universel."
David Ricardo - Principes d'économie politique