Paroles de Sciences Sociales

De nombreuses citations de sociologie et d'économie

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David Ricardo

"Le commerce avec l’étranger est très avantageux pour un pays puisqu’il augmente le nombre et la variété des objets auxquels on peut employer son revenu, et qu’en répandant avec abondance les denrées à bon marché, il encourage et favorise l’accumulation des capitaux. (…). Dans un système de parfaite liberté de commerce, chaque pays consacre naturellement son capital et son travail aux emplois qui lui sont le plus avantageux. La recherche de son avantage propre s’accorde admirablement bien avec le bien universel. En stimulant le travail, en récompensant l’esprit d’invention, et en tirant le meilleur parti des facultés particulières de la nature, cette recherche favorise la répartition du travail la plus efficace et la plus économe ; dans le même temps, en augmentant la masse totale des productions, elle répand partout le bien-être, et réunit par le lien de l’intérêt et du commerce réciproque, les nations du monde civilisé en une société universelle. C’est ce principe qui conduit à ce que la France et le Portugal produisent du vin, que l’Amérique et la Pologne cultivent du blé, ou encore que l’Angleterre fabrique des ustensiles et les autres biens manufacturés."

David Ricardo - Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817).

Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen

"Le facteur environnemental, qui renvoie aux caractéristiques des groupes d’appartenance et du tissu relationnel dans lesquels évoluent les électeurs potentiels, est l’un de ces facteurs qui déterminent durablement les taux de participation. (...) Ce facteur environnemental peut être décisif, dès lors que, pour de nombreux individus, c’est le milieu – composé des parents, des amis, des collègues, des voisins – qui fait voter. Il permet en particulier de comprendre les votes de ceux – et ils sont nombreux – que rien ne prédispose par ailleurs à voter."

Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen – La démocratie de l’abstention (2007)

Lénine

"Ce qui caractérisait l'ancien capitalisme, où régnait la libre concurrence, c'était l'exportation des marchandises. Ce qui caractérise le capitalisme actuel, où règnent les monopoles, c'est l'exportation des capitaux."

Lénine - L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916)

Fernand Braudel

"La splendeur, la richesse, le bonheur de vivre se rassemblent au centre de l'économie-monde, en son cœur. C'est là que le soleil de l'histoire fait briller les plus vives couleurs, là que se manifestent les hauts prix, les hauts salaires, la banque, les marchandises « royales », les industries profitables, les agricultures capitalistes ; là que se situent le point de départ et le point d’arrivée des longs trafics, l’afflux des métaux précieux, des monnaies fortes et des titres de crédit."

Fernand Braudel - La dynamique du capitalisme (1985)

James K. Galbraith

"À partir de 1979, la Fed adopta officiellement des objectifs monétaires à court terme. Le résultat fut une cascade de désastres : taux d’intérêt à 20%, dollar réévalué à 60%, chômage à 11%, récession, désindustrialisation de la région du Middle-West et, en dernière instance, crise de la dette du tiers monde. En août 1982, face à la faillite de l’État mexicain et à une révolte au Congrès – je m’y suis mêlé encore une fois – la Fed abandonna les objectifs monétaires pour ne plus jamais y revenir."

James K. Galbraith - La fin du « nouveau consensus monétaire » (2008)

Paul Fauconnet et Marcel Mauss

"Qu'est-ce en effet qu'une institution sinon un ensemble d'actes ou d'idées tout institué que les individus trouvent devant eux et qui s'impose plus ou moins à eux? Il n'y a aucune raison pour réserver exclusivement, comme on le fait d'ordinaire, cette expression aux arrangements sociaux fondamentaux. Nous entendons donc par ce mot aussi bien les usages et les modes, les préjugés et les superstitions que les constitutions politiques ou les organisations juridiques essentielles; car tous ces phénomènes sont de même nature et ne diffèrent qu'en degré. L'institution est en somme dans l'ordre social ce qu'est la fonction dans l'ordre biologique : et de même que la science de la vie est la science des fonctions vitales, la science de .la société est la science des institutions ainsi définies. (...) Ce sont donc les institutions vivantes, telles qu'elles se forment, fonctionnent et se transforment aux différents moments, qui constituent les phénomènes proprement sociaux, objets de la sociologie."

Paul Fauconnet et Marcel Mauss - La sociologie : objet et méthode, in La Grande Encyclopédie (1901)

Paul Fauconnet et Marcel Mauss

"Chaque génération reçoit de son ainée les préceptes de la morale, les règles de la politesse usuelle, sa langue, ses goûts fondamentaux, de même que chaque travailleur reçoit de ses prédécesseurs les règles de sa technique professionnelle. L'éducation est précisément l'opération par laquelle l'être social est surajouté en chacun de nous à l'être individuel, l'être moral à l'être animal; c'est le procédé grâce auquel l'enfant est rapidement socialisé."

Paul Fauconnet et Marcel Mauss - La sociologie : objet et méthode, in La Grande Encyclopédie (1901)

Jean Gadrey

"Supposons juste que l’on instaure un ISF mondial, qui pourrait être progressif comme en France, à un taux moyen modeste de 1,5 % des patrimoines, ne s’appliquant qu’à nos 0,15 % les plus riches du monde. Cela ferait une recette de 600 milliards de dollars, permettant de faire face à la fois aux objectifs des Nations Unies et à ceux de la lutte contre le réchauffement climatique. On ne pourrait pas nous dire alors que cet ISF fait fuir les capitaux nationaux, vu qu’il s’agirait d’un impôt mondial."

Jean Gadrey - Chic, dix millions de très riches dans le monde ! (2008)

Joseph Stiglitz

"On l’a fondé le FMI parce que l’on jugeait nécessaire d’exercer sur les États une pression internationale pour les amener à adopter des politiques expansionnistes (augmentation des dépenses publiques, réduction d’impôts ou baisse des taux d’intérêt pour stimuler l’économie), et voici qu’aujourd’hui en règle générale, il ne leur fournit des fonds que s’ils mènent des politiques d’austérité (réduction des déficits, augmentation d’impôts ou hausse des taux d’intérêt entraînant une contraction de l’économie). Keynes doit se retourner dans sa tombe en voyant ce qu’est devenu son enfant."

Joseph Stiglitz - La grande désillusion (2002)

Immanuel Wallerstein

"Il y a trois types principaux de coût de production : les frais de personnel, les entrants matériels ainsi que les impôts et les charges. Chacun de ces coûts, ou paquets de coûts, représente bien un ensemble complexe, mais on peut démontrer que, en moyenne, la part de chacun d'eux, a augmenté avec le temps dans les prix de vente potentiels, et qu'il en résulte par conséquent aujourd'hui une pression mondiale à la baisse sur les taux de profit qui met en danger la capacité d'accumulation du capital à un taux significatif. C'est en train de saper à la base la raison d'être du capitalisme et le conduit à la crise structurelle dans laquelle nous nous trouvons pris."

Immanuel Wallerstein - L'universalisme européen (2006)

Dani Rodrik

"Aucun pays n'a connu de développement réussi en tournant le dos au commerce international et aux flux de capitaux à long terme (...), mais il est également avéré qu'aucun pays ne s'est développé par le simple fait de s'ouvrir aux échanges et aux investissements internationaux."

Dani Rodrik - One Economics, Many Recipes (2007)

Bernard Gazier

""Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés." On pourrait appliquer à la crise de 1929 le vers de la Fontaine. Comme la peste en effet, la Grande Crise des années 30 a été un fléau aveugle et généralisé : rares sont les pays ou les groupes sociaux qui ont été épargnés, et les mieux barricadés ont souvent été les plus atteints. Le désastre n'était-il pas parti des Etats-Unis, le nouveau géant industriel du monde à l'époque, géant dont les perspectives de développement paraissaient sans limites ? L'effondrement des affaires fut d'abord une question de chiffres et de spécialistes ; ainsi le "krach" boursier de New York (octobre 1929) fut-il considéré d'assez loin par le grand public, même si les suicides de spéculateurs ruinés se jetant par les fenêtres des buildings de Manhattan ont fait les "unes" des journaux. Pendant que se multipliaient les faillites et les licenciements, les paniques monétaires et financières et les banqueroutes étatiques, le devant de la scène était occupé par des experts gouvernementaux et les rencontres diplomatiques. Mais peu à peu s'imposa une autre réalité : un monstrueux gâchis matériel et humain. Les locomotives brésiliennes consumaient le café qu'on ne pouvait plus vendre, même à des cours dérisoires, les stocks s'accumulaient, les entreprises fermaient leurs portes ; des millions de gens se voyaient privés d'emploi, donc de ressources et de dignité la plupart du temps sans protection sociale, incapables de payer leurs loyers, réduits à l'attente des distributions gratuites de nourritures ou de couvertures, acculés à l'expulsion, la mendicité, la révolte. Cette détresse absurde explique sans doute qu'il nous reste de cette période une véritable hantise, consciente ou inconsciente, égale au moins à celle qu'inspire l'éventualité d'un nouveau conflit armé mondial."

Bernard Gazier - La crise de 1929 (1983)

Raymond Boudon

"Le développement considérable des taux de scolarisation auquel on a assisté dans les dernères décennies n'est pas de nature à engendrer (...) une évolution caractérisée de la structure de la mobilité même lorsque l'inégalité des chances devant l'eneseignement décroît."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"Le développement des taux de scolarisation a surtout pour effet de déplacer les niveaux scolaires correspondant aux différents niveaux de la hiérarchie des positions sociales."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"A mesure que les taux de scolarisation s'élèvent, les chances sociales associées aux niveaux scolaires moyens diminuent."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"Malgré l'atténuation de l'inégalité des chances devant l'enseignement, malgré l'expansion des taux de scolarisation, il n'y a pas lieu de s'attendre à observer, dans les sociétés industrielles, une augmentation (pas plus d'ailleurs qu'une diminution) sensible de la mobilité. De façon générale, la structure de la mobilité à toutes chances de rester relativement stable dans le temps. On doit observer, avec l'expansion des taux de scolarisation, une dégradation de la structure des chances sociales attachées aux niveaux scolaires inférieurs aux niveaux les plus élevés. Cette dégradation est particulièrement sensible dans le cas des niveaux scolaires immédiatement adjacents aux niveaux scolaires supérieurs."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"L'atténuation de l'inégalité des chances devant l'enseignement et l'augmentation des taux de scolarisation ne sont pas exclusives d'une quasi-stagnation de la mobilité sociale."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"Dans une société donnée, le processus méritocratique a tendance à avoir une importance croissante par rapport au processus de dominance à mesure que les taux de scolarisation s'élèvent."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"Le mécanisme générateur essentiel des inégalités devant l'enseignement résulte de la rencontre du système de stratification et du système scolaire. (...) A partir du moment où une société est stratifiée et où l'apprentissage des qualifications est progressif et les qualifications différenciées, un mécanisme de nature exponentielle est engendré qui conduit à des inégalités considérables devant l'enseignement, ou, pour exprimer la même proposition de manière plus générale, à une forte relation entre la position sociale d'origine et le niveau scolaire. Pour éliminer les inégalités devant l'enseignement, il faudrait donc que l'un ou l'autre des deux éléments fondamentaux qui viennent d'être cités soient éliminés. Il faudrait, en d'autres termes, ou que les sociétés ne soient pas stratifiées, ou que les compétences ne soient pas hiérarchisées."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"Le trait le plus caractéristique et le plus souvent noté de l'évolution des systèmes scolaires des sociétés industrielles est la croissance considérable des effectifs scolarisés, notamment au niveau de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur, au cours de ces dernières décennies. (...) La croissance des taux de scolarisation est plus élevée au niveau du supérieur qu'au niveau du secondaire, ce résultat paraissant d'autant plus net que le taux de scolarisation au niveau du secondaire est élevé."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"L'augmentation générale dans les taux de scolarisation a pour effet, (...), une dévalorisation, en termes d'espérance de statut, des niveaux scolaires bas et moyens."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Raymond Boudon

"En développant le concept de position sociale issu de la critique adressée par Keller et Zavalloni aux thèses de Hyman, Kahl et Parsons, d'une part, ainsi que deux autres concepts fondamentaux, celui du coût et du bénéfice attachés à une position anticipée, on peut rendre compte simultanément d'un nombre non négligeable de résultats récurrents, à savoir de résultats dont des enquêtes conduites dans des conditions et contextes différents ont régulièrement vérifié la véracité ; et aussi, esquisser une théorie capable d'expliquer non seulement les résultats statistiques obtenus au niveau des enquêtes sociologiques, mais également (...) les données dynamiques observables au niveau de la comptabilité scolaire (statistiques scolaires)."

Raymond Boudon - L'inégalité des chances (1973)

Pierre Bourdieu

"La rupture des liens d'intégration sociale que l'on demande à la culture de renouer est la conséquence directe d'une politique, d'une politique économique. Et l’on attend souvent des sociologues qu’ils réparent les pots cassés par les économistes. Donc, au lieu de me contenter de proposer ce que, dans les hopitaux on appelle les soins palliatifs, je voudrais essayer de poser la question de la contribution du médecin à la maladie. Il se pourrait en effet que, pour une grande part, les "maladies sociales" que nous déplorons soient produites par la médecine souvent brutale que l’on applique à ceux qu’on est censé soigner."

Pierre Bourdieu - La pensée Tietmeyer (1996)

James Galbraith

""Le plein-emploi sans inflation est impossible" Il y a quatre ans, presque tous les économistes "sérieux", même les keynésiens auto-désignés, acceptaient l'idée qu'il existait un "taux de chômage naturel". Ce taux variait aux alentours de 6 % et, en dessous de ce seuil critique, l'inflation était présumée imminente. Il est apparu que ce chiffre n'était basé sur aucune recherche sérieuse. Il a été proposé pour la première fois par Robert J. Gordon, qui s'en servait comme illustration dans son manuel. Depuis, le chômage est resté sous le seuil des 6 % sans hausse de l'inflation. Il atteint presque les 4 % aujourd'hui. Face à cette réalité embarrassante, seule une poignée d'économistes continuent à défendre la notion de taux naturel. Pourtant, les défenseurs du taux naturel influencent toujours les politiques économiques."

James Galbraith - Comment les économistes se sont trompés (2000)

James Galbraith

""L'inflation est partout et toujours un phénomène monétaire" Ce célèbre dicton est l'idée la plus célèbre associée au travail de Milton Friedman. Cette formule fut, brièvement, au début des années 80, la ligne directrice de la Réserve fédérale, la banque centrale des Etats-Unis. Son architecte, et nombre de ses étudiants, ont gagné le prix Nobel. Mais, en pratique, le monétarisme a été complètement et silencieusement abandonné. Depuis plusieurs années, la quantité de monnaie en circulation (notamment M2) connaît une croissance rapide, sans conséquence inflationniste. Aujourd'hui, le monétarisme, en tant que tel, est devenu lettre morte. La question monétariste n'a pas été abordée une seule fois lors de la dernière réunion de l'association des économistes américains (AEA), et pas un seul universitaire monétariste d'envergure n'est apparu depuis des années. Et pourtant, le seul et unique mot d'ordre du mouvement monétariste demeure intact. Il y a trente ans, les monétaristes friedmaniens ont liquidé toutes les théories alternatives sur l'inflation. Les notions d'inflation par les coûts et de spirales prix-salaires, sur lesquelles les stratégies anti-inflationnistes des années 60 reposaient, ont disparu. Dorénavant, il n'existe aucune autre solution pour lutter contre l'inflation que des taux d'intérêt élevés, la récession et le chômage. Ce sont des mesures draconiennes, des mesures brutales, pour lesquelles nous devons remercier les monétaristes."

James Galbraith - Comment les économistes se sont trompés (2000)

Frédéric Lordon

"La parfaite liberté des mouvements de capitaux, la force de frappe déposée dans les bilans des grands fonds d’épargne, le dénouement des participations croisées qui laissent les entreprises plus vulnérables que jamais aux sanctions actionnariales, sont les vraies causes profondes des emballements spéculatifs et du pouvoir de contraindre les entreprises à s’y jeter également. La corporate governance ou la vérité des comptes n’ont, elles, que la capacité de masquer les excès de la bulle un peu moins longtemps et de faire chuter les entreprises d’un peu moins haut."

Frédéric Lordon - Et la vertu sauvera le monde...(2003)

Pierre Bourdieu

"A travers la maîtrise quasi absolue qu'ils détiennent sur les nouveaux instruments de communication, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques, et ils sont ainsi en mesure d'imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts. Bien qu'ils n'en soient pas à proprement parler les producteurs directs, et que les expressions qu'ils en donnent dans les déclarations publiques de leurs dirigeants ne soient pas parmi les plus originales ou les plus subtiles, les grands groupes de communication contribuent pour une part décisive à la circulation quasi universelle de la doxa envahissante et insinuante du néo-libéralisme, dont il faudrait analyser en détail la rhétorique : monstres logiques tels que les constats normatifs (du type « l'économie se mondialise, il faut mondialiser notre économie » ; « les choses changent très vite, il faut changer »), les « déductions » sauvages, aussi péremptoires qu'abusives (« si le capitalisme l'emporte partout, c'est qu'il est inscrit dans la nature profonde de l'homme »), les thèses infalsifiables (« C'est en créant de la richesse que l'on crée de l'emploi », « trop d'impôt tue l'impôt », formule qui, pour les plus instruits, peut se recommander de la fameuse courbe de Laffer, dont une autre économiste, Roger Guesnerie, a démontré, - mais qui le sait ?-, qu'elle est indémontrableà), évidences si indiscutables que c'est le fait de les discuter qui paraît discutable (« L'État-providence et la sécurité du l'emploi appartiennent au passé » ; et « Comment peut-on défendre encore le principe d'un service public ? »), les paralogismes souvent tératologiques (du type « davantage de marché, c'est davantage d'égalité » ou « l'égalitarisme condamne des milliers de personnes à la misère »), les euphémismes technocratiques (« restructurer les entreprises » pour dire licencier ), et tant de notions ou de locutions toutes faites, sémantiquement à peu près indéterminées, banalisées et polies par l'usure d'un long usage automatique, qui fonctionnent comme des formules magiques, inlassablement répétées pour leur valeur incantatoire (« dérégulation », « chômage volontaire », « liberté des échanges », « libre circulation des capitaux », « compétitivité », « créativité, « révolution technologique », « croissance économique », « combattre l'inflation », « réduire la dette de l'État », « abaisser les coûts du travail », « réduire les dépenses sociales »). Imposée par un effet d'enveloppement continu, cette doxa finit par se présenter avec la force tranquille de ce qui va de soi."

Pierre Bourdieu - La culture est en danger (2000)

Thomas Coutrot

"Chaque forme d'organisation a constitué, à son époque, une réponse pragmatique aux défis que les conflits du travail et la concurrence entre les capitaux posaient aux managers et aux propriétaires. La thèse principale que défend cet ouvrage, comme tout le courant du labour process, est précisément celle-ci: l'efficacité économique n'est pas un concept abstrait et neutre, mais il résulte indissociablement du jeu conjoint de techniques de production et de domination."

Thomas Coutrot - Critique de l'organisation du travail (1999)

Stéphane Beaud

"Ce processus de hiérarchisation sociale des filières au lycée trouve son prolongement logique dans l'enseignement supérieur qui connaît depuis quinze ans une séparation croissante entre, d'une part, les filières dites "sélectives" -en premier lieu les classes préparatoires aux grandes écoles et, en second lieu, les IUT et certaines sections de BTS- et, d'autre part, les filières dites "ouvertes" du premier cycle universitaire qui accueille une proportion croissante de bacheliers qui, refusés en IUT ou BTS, viennent trouver refuge à l'université. Ces enfants de la démocratisation sont, du fait de leur cursus scolaire, les moins préparés à affronter les exigences propres aux études univer­sitaires, ce qui explique en partie le taux élevé d'échec en pre­mier cycle universitaire."

Stéphane Beaud - 80 % au bac... Et après? (2002)

Pierre Bourdieu

"Et l’on n'en finirait pas d'énumérer les valeurs faites corps, par la transsubstantiation qu'opère la persuasion clandestine d'une pédagogie implicite, capable d'inculquer toute une cosmolo­gie, une éthique, une métaphysique, une politique, à travers des injonctions aussi insignifiantes que « tiens-toi droit » ou « ne tiens pas ton couteau de la main gauche » et d'ins­crire dans les détails en apparence les plus insignifiants de la tenue, du maintien ou des manières corporelles et verbales les principes fondamentaux de l'arbitraire culturel, ainsi placés hors des prises de la conscience et de l’explicitation."

Pierre Bourdieu - Le sens pratique (1980)

Laurent Mucchielli

« A travers la question des viols collectifs, c’est en effet un certain nombre d’enjeux sociaux et politiques fondamentaux qui sont, à notre avis, bien mal posés. Encore une fois, nous ne doutons pas de l’importance de la question de la place des femmes dans la sociétés francises et des violences qu’elles subissent, ni de la question des délinquances juvéniles et de leur évolution, ni de celles des rapports entre les différents groupes sociaux et les différentes pratiques culturelles qui coexistent plus ou moins bien dans la société française actuelle. Nous doutons en revanche fortement de la pertinence des discours à la mode qui voudraient nous convaincre que la « violence des jeunes », le « communautarisme » et l’islam constituent des phénomènes qui se développeraient de façon souterraine et grandissante pour venir menacer fondamentalement les « valeurs républicaines ». Or c’est bien dans un tel cadre, on le verra, qu’a été posée, entre autres, la question des viols collectifs ».

Laurent Mucchielli – Le scandale des « tournantes » (2005)

Jean-Paul Fitoussi

"On a dans une première phase instrumentalisé le chômage pour combattre l’inflation. Chaque "banquier central" de la planète sait que, dès qu’il augmente les taux d’intérêts, il met au chômage une partie des catégories les plus vulnérables de la population. Non seulement il le sait, mais c’est précisément pour ça qu’il le fait. Pourquoi augmente-t-on les taux d’intérêts ? Parce qu’on est persuadé que la demande est trop forte et que les entreprises produisant à pleine capacité ne pourraient la satisfaire qu’en augmentant leurs prix. La douche froide des taux d’intérêts réduit ainsi la demande et incite les entreprises à licencier."

Jean-Paul Fitoussi - La politique de l'impuissance (2005)

John Meynard Keynes

"La propension à consommer et le taux de l’investissement nouveau déterminent ensemble le volume de l’emploi."

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936)

Max Weber

"Si l'on consulte les statistiques professionnelles d'un pays où coexistent plusieurs confessions religieuses, on constate avec une fréquence digne de remarque un fait qui a provoqué à plusieurs reprises de vives discussions dans la presse, la littérature et les congrès catholiques en Allemagne : que les chefs d'entreprise et les détenteurs de capitaux, aussi bien que les représentants des couches supérieures qualifiées de la main-d'œuvre et, plus encore, le personnel technique et commercial hautement éduqué des entreprises modernes, sont en grande majorité protestants."

Max Weber - L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme (1905)

Robert Castel

"Lorsque les inégalités étaient justifiées par le plan divin de la création, ou par la nature, ou par la tradition, l’individu ne pouvait être tenu pour responsable de la place subordonnée qu’il occupait puisque celle-ci, dépendait de hiérarchies sociales immuables. Mais en posant le principe de l’égalité entre les individus, en particulier sous la forme de l’égalité des chances, les sociétés démocratiques individualisent l’inégalité : si le jeu est ouvert et que tout le monde peut concourir et être classé selon son mérite, l’échec est imputable à l’individu lui-même. Il en résulte que les inégalités peuvent être vécues non seulement comme des injustices (on ne m’a pas donné ma chance), mais plus douloureusement comme des situations traumatisantes pouvant conduire à se remettre soi-même en question (j’avais mes chances comme tout le monde, mais je n’ai pas pu les saisir). L’attitude face aux inégalités représente ainsi une expérience sociale cruciale dans la société moderne, première formation sociale dans laquelle l’individu peut se voir attribuer la responsabilité de son destin, mais dans laquelle en même temps les déterminations objectives, l’argent, la naissance, les différentes sortes de « capitaux » au sens de Bourdieu continuent évidemment – et plus ou moins selon la place que l’on occupe dans la stratification sociale – à peser sur ce destin."

Robert Castel et Claudine Haroche - Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi (2001)

Montesquieu

"Il n'y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre innombrable d'hommes pour tirer du fond de la terre l'or et l'argent, ces métaux d'eux-mêmes absolument inutiles, et qui ne sont des richesses que parce qu'on les a choisi pour en être les signes."

Montesquieu - Lettres persanes (1721)

Erving Goffman

"Décrire fidèlement la situation du malade, c’est nécessairement en proposer une vue partiale. Pour ma défense, je dirai qu’en cédant à cette partialité on rétablit au moins l’équilibre, puisque tous les ouvrages spécialisés relatifs aux malades mentaux présentent le point de vue du psychiatre qui est, socialement parlant, totalement opposé."

Erving Goffman - Asiles (1968)

Emile Durkheim

"L'individualiste, qui défend les droits de l'individu, défend du même coup les intérêts vitaux de la société."

Emile Durkheim - L'individualisme et les intellectuels

John Kenneth Galbraith

"On peut assurément faire disparaître la pauvreté. Mais cele ne se fera pas davantage grâce à une simple augmentation du taux de croissance que grâce à des incantations ou à des bains de pieds rituels."

John Kenneth Galbraith - Une vie dans son siècle

Alain Touraine

"Le mouvement social est beaucoup plus qu’un groupe d’intérêts ou un instrument de pression politique ; il met en cause le mode d’utilisation sociale des ressources et des modèles culturels. C’est pour éviter toute confusion entre ce type d’action collective et tous les autres auxquels beaucoup donnent trop facilement le nom de mouvement social que je parlerai ici de mouvements sociétaux, pour indiquer clairement qu’ils mettent en cause des orientations générales de la société."

Alain Touraine - Pouvons nous vivre ensemble?

Paul Krugman

"Il est raisonnable de conserver un taux d'inflation de 3 à 4%."

Paul Krugman - Interview dans Le monde

Robert Castel

"Au delà même de la question des banlieues et des problèmes de la délinquance, on assiste bien à un glissement de l’Etat social vers un Etat sécuritaire qui prône et met en œuvre le retour à la loi et à l’ordre, comme si la puissance publique se mobilisait essentiellement autour de l’exercice de l’autorité. La question de l’insécurité civile pose des problèmes fondamentaux, et il est du devoir de l’Etat de les affronter. Mais tout se passe comme si aujourd’hui, en France, l’Etat jouait l’essentiel de sa crédibilité sur sa capacité à la combattre. Il est pourtant exclu que ce type de réponse s’étende à l’ensemble des facteurs qui produisent l’insécurité. Il faudrait pour cela aller à l’encontre des dynamiques d’individualisation dont nous avons vu qu’elles travaillaient en profondeur tout le corps social, à l’encontre aussi du libre jeu de la concurrence et de la compétitivité qui, proclame-t-on en même temps doit règner au sein de l’entreprise et sur le marché. Un Etat purement sécuritaire se condamne ainsi à creuser une contradiction entre l’exercice d’une autorité sans faille en restaurant la figure de l’Etat gendarme pour assurer la sécurité civile, et un laxisme face aux conséquences d’un libéralisme économique qui alimente l’insécurtié sociale."

Robert Castel - L'insécurité sociale

Robert Castel

"On peut ainsi comprendre le caractère paradigmatique du "problème des banlieues" par rapport à la thématique actuelle de l'insécurité. Les "quartiers sensibles" cumulent les principaux facteurs d'insécurisation : forts taux de chômage, d'emplois précaires et d'activités marginales, habitat dégradé, urbanisme sans âme, promiscuité entre groupes d'origine ethnique différente, présence permanente de jeunes désoeuvrés qui paraissent exhiber leur inutilité sociale, visibilité de pratiques délinquantes liées au trafic de drogues et aux recels, fréquence des "incivilités", des moments de tension et d'agitation et des conflits avec les "forces de l'ordre", etc. L'insécurité sociale et l'insécurité civile se recoupent ici et s'entretiennent l'un l'autre. Mais sur la base de ces constats qui n'ont rien d'idyllique, la diabolisation de la question des banlieues, et particulièrement la stigmatisation des jeunes de banlieues à laquelle on assiste aujourd'hui, relève d'un processus de déplacement de la conflictualité sociale qui pourrait bien représenter une donnée permanente de la problématique de l'insécurité. La mise en scène de la situation des banlieues comme abcès de fixation de l'insécurité à laquelle collaborent le pouvoir politique, les médias, et une large part de l'opinion, c'est en quelque sorte le retour des classes dangereuses, c'est-à-dire la cristallisation sur des groupes particuliers, situés aux marges, de tout ce que la société porte de menaces."

Robert Castel - L'insécurité sociale

Karl Polanyi

"La civilisation du XIXe siècle n'a pas été détruite par l'attaque intérieure ou extérieure de barbares ; sa vitalité n'a été sapée ni par les dévastations de la Première Guerre mondiale, ni par la révolte d'un prolétariat socialiste ou d'une petite bourgeoisie fasciste. Son échec n'a pas été la conséquence de prétendues lois de l'économie telle que la baisse du taux de profit ou de celle de la sous-consommation ou de la surproduction. Sa désintégration a été le résultat d'un ensemble de cause tout différent : les mesures adoptées par la société pour ne pas être à son tour anéantie par l'action du marché autorégulateur."

Karl Polanyi - La grande transformation

Arthur Laffer

"Trop d'impôts tuent l'impôt" également traduit par "Les hauts taux tuent les totaux".

Arthur Laffer - An equilibrium rational macroeconomic framework

Milton Friedman

"Le seul moyen de conserver un volume de chômage inférieur au taux naturel est une inflation en accélération continue, dans laquelle l'inflation effective est toujours en avance sur l'inflation anticipée."

Milton Friedman - Prix et théorie économique

John Meynard Keynes

"Pour notre part, nous sommes aujourd'hui assez sceptique sur les chances de succès d'une politique purement monétaire destinée à agir sur le taux de l’intérêt. Nous nous attendons à voir l'État, qui est en mesure de calculer l'efficacité marginale des biens capitaux avec des vues lointaines et sur la base de l'intérêt général de la communauté, prendre une responsabilité sans cesse croissante dans l'organisation directe de l'investissement."

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

Milton Friedman

"Un système de taux de change flexibles ou flottants - de taux de change librement déterminés sur un marché libre, essentiellement par le biais de transactions privées, et comme tout autre prix de marché, à même de varier au jour le jour - est absolument essentiel à l'accom­plissement de notre objectif économique fondamental, l'émergence et l'instauration durable d'une communauté mondiale libre et prospère, pratiquant un commerce multilatéral sans restrictions. Il n'existe pas de secteur de la politique économique internationale dans lequel le système de taux de change fixe ne crée pas de difficultés sérieuses et inutiles."

Milton Friedman - Journal of Political economy

Milton Friedman

"Avec le passage du temps, les employeurs comme les salariés réalisent que c'est le niveau général des prix qui est orienté à la hausse... En conséquence, tout le monde relève son taux anticipé d'inflation, ce qui diminue le rythme de hausse des salaires réels anticipés... Il y a donc entre inflation et chômage une variation de sens opposé dans le court terme, mais pas dans le long terme."

Milton Friedman - Prix et théorie économique

Maurice Allais

"Si les taux de change ne correspondent pas à l'équilibre des balances commerciales, le libre-échange ne peut être que nuisible et fondamentalement désavantageux pour tous les pays participants."

Maurice Allais - Combats pour l'Europe

Arthur Cecil Pigou

"Tout le monde demeure d'accord sur ce qu'en l'état de concurrence parfaite, une baisse du taux des salaires en monnaie par rapport aux autres prix en monnaie - ce qui implique une baisse des salaires réels - doit rendre pour les employeurs l'embauchage de main-d'oeuvre avantageux, et vice-versa."

Arthur Cecil Pigou - La théorie du chômage

Adam Smith

"Quelquefois les maîtres font entre eux des complots particuliers pour faire baisser au-dessous du taux habituel les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu'au moment de l'exécution; et quand les ouvriers cèdent comme ils font quelquefois, sans résistance, quoiqu'ils sentent bien le coup et le sentent fort durement, personne n'en entend parler."

Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations

Milton Friedman

"Les lois sur les salaires minimaux. Ces lois constituent sans doute l’exemple le plus parlant que l’on puisse trouver d’une mesure dont les effets sont exactement à l’opposé de ceux qu’en attendaient les hommes de bonne volonté qui la soutenaient. C’est à bon droit que nombre de partisans de ces lois déplorent l’existence de certains taux de salaires extrêmement bas ; ils y voient un signe de pauvreté, et ils espèrent réduire cette pauvreté en rendant illégaux les salaires inférieurs à un niveau spécifié. En fait, pour autant que les lois sur les salaires minimaux aient une effet quelconque, celui-ci est à l’évidence, d’accroître la pauvreté. L’Etat peut en effet décider d’exiger des employeurs qu’ils embauchent à ce taux minimal tous ceux qui touchaient auparavant des salaires inférieurs à ce minimum; il n’est évidemment pas de l’intérêt des employeurs d’agir ainsi. Le salaire minimal a par conséquent pour effet de rendre le chômage plus important qu’il ne le serait autrement. Dans la mesure où de faibles salaires sont effectivement un signe de pauvreté, les gens que l’on voue au chômage sont précisément ceux qui peuvent le moins se permettre de renoncer au revenu qui leur était auparavant assuré , aussi mince que celui-ci puisse paraître aux gens qui votent en faveur du salaire minimal."

Milton Friedman - Capitalisme et liberté

Milton Friedman

"Si les syndicats font augmenter les taux de salaires dans une profession ou une industrie particulière, ils rendent nécessairement le nombre d’emplois disponibles dans cette profession ou cette industrie moindre que ce qu’il aurait été autrement. - de la même façon exactement que toute augmentation des prix diminue le volume des achats. Il en résulte qu’un nombre accru de personnes cherchent du travail, ce qui fait baisser les salaires dans les autres professions. Comme les syndicats sont généralement plus forts dans les groupes qui de toute façon seraient bien payés, leur présence a eu pour effet de fournir aux travailleurs à salaires élevés des salaires plus élevés encore aux dépens des travailleurs les moins payés. Par conséquent, les syndicats ont non seulement nui au public dans son ensemble, mais aussi aux travailleurs dans la majorité des cas, de même ils ont rendu plus inégaux les revenus de la classe laborieuse en réduisant les chances des travailleurs les plus désavantagés."

Milton Friedman - Capitalisme et liberté

Milton Friedman

"Cela ne veut pas dire que les syndicats n’aient pas leur importance. Comme le monopole industriel, ils jouent un rôle considérable et significatif en rendant de nombreux taux de salaires différents de ce que le marché à lui seul établirait."

Milton Friedman - Capitalisme et liberté

Arthur Cecil Pigou

"En admettant la libre concurrence des travailleurs et la parfaite mobilité du travail, (...) les taux de salaires ont toujours tendance à s'adapter à la demande de telle façon que tout le monde soit employé. Par conséquent, en condition de stabilité, chacun trouve normalement un emploi."

Arthur Cecil Pigou - La théorie du chômage

John Meynard Keynes

"Mais, si nous sommes tentés de voir dans la monnaie un élixir qui stimule l'activité du système, rappelons-nous qu'il peut y avoir plusieurs obstacles entre la coupe et les lèvres. Alors qu'on peut espérer que, toutes choses restant égales, un accroissement de la quantité de monnaie fasse baisser le taux de l'intérêt, ceci ne se produira pas si les préférences du public pour la liquidité augmentent plus que la quantité de monnaie ; alors qu'on peut espérer que, toutes choses restant égales, la baisse du taux de l'intérêt fasse croître le flux d'investissement, ceci ne se produira pas si la courbe de l'efficacité marginale du capital baisse plus que le taux de l'intérêt ; alors enfin qu'on peut espérer que, toutes choses restant égales, une augmentation du flux d'investissement accroisse l'emploi, ceci ne se produira pas si la propension à consommer décline."

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

John Meynard Keynes

"En ce qui concerne la propension à consommer, l'Etat sera conduit à exercer sur elle une influence directrice par sa politique fiscale, par la détermination du taux de l'intérêt, et peut-être aussi par d'autres moyens. Au surplus il est improbable que l'influence de la politique bancaire sur le taux de l'intérêt suffise à amener le flux d'investissement à sa valeur optimum. Aussi pensons-nous qu'une assez large socialisation de l'investissement s'avérera le seul moyen d'assurer approximativement le plein emploi, ce qui ne veut pas dire qu'il faille exclure tous les genres d'arrangements et de compromis permettant à l'Etat de coopérer avec l'initiative privée. Mais à part cela, aucune argumentation convaincante n'a été développée qui justifierait un socialisme d'Etat embrassant la majeure partie de la vie économique de la communauté."

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

John Meynard Keynes

"Ainsi le taux de l'intérêt à tout moment, étant la récompense pour renoncer à la liquidité, mesure la répugnance des personnes qui possèdent la monnaie à renoncer à leur pouvoir inconditionnel d'en posséder."

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

Joseph Schumpeter

"Ce processus de mutation industrielle imprime l'élan fondamental qui donne leur ton général aux affaires : pendant que ces nouveautés sont mises en train, la dépense est facile et la prospérité est prédominante - nonobstant, bien entendu, les phases négatives des cycles plus courts superposés à la tendance fondamentale en hausse - mais, en même temps que ces réalisations s'achèvent et que leurs fruits se mettent à affluer, l'on assiste à l'élimination des éléments périmés de la structure économique et la « dépression » est prédominante. Ainsi se succèdent des périodes prolongées de gonflement et de dégonflement des prix, des taux d'intérêt, de l'emploi, et ainsi de suite, ces phénomènes constituant autant de pièces du mécanisme de rajeunissement récurrent de l'appareil de production. Or, ces révolutions se traduisent chaque fois par une avalanche de biens de consommation qui approfondit et élargit définitivement le courant du revenu réel, même si, initialement, elle provoque des troubles, des pertes et du chômage."

Joseph Schumpeter - Théorie de l'évolution économique

Jean-Baptiste Say

"L'homme dont l'industrie s'applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée que là où d'autres hommes auront les moyens d'en faire l'acquisition. Ces moyens, en quoi consistent-ils ? En d'autres valeurs, d'autres produits, fruits de leur industrie, de leurs capitaux, de leurs terres : d'où il résulte, quoique au premier aperçu cela semble un paradoxe, que c'est la production qui ouvre des débouchés aux produits."

Jean-Baptiste Say - Traité d'économie politique

John Meynard Keynes

"En réalité, le rôle du taux d'intérêt est de maintenir en équilibre non la demande et l'offre des biens de capital nouveaux, mais la demande et l'offre de monnaie."

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

John Meynard Keynes

"L'intérêt est la récompense de la renonciation à la liquidité pour une période déterminée. Car le taux d'intérêt n'est pas autre chose que l'inverse du rapport existant entre une somme de monnaie et ce qu'on peut obtenir en abandonnant la libre disposition de cette somme en échange d'une créance

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

Irving Fisher

"Le taux d'intérêt représente le prix de l'échange entre les biens présents et futurs (...). Il tient à un facteur subjectif : la préférence marginale pour le présent et à un élément objectif : l'opportunité d'investir."

Irving Fisher - La théorie de l'intérêt

Adam Smith

"Les capitaux augmentent par l'économie; ils diminuent par la prodigalité et la mauvaise conduite."

Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations

Milton Friedman

"Le taux de chômage naturel est le taux qui découlerait des équations de l’équilibre général, si y étaient intégrées les caractéristiques structurelles effective des marchés des biens et du travail, y compris les imperfections de marché, la variabilité aléatoire des offres et demandes, le coût de collecte de l’information sur les emplois vacants, les coûts de la mobilité,etc."

Milton Friedman - Le rôle de la politique monétaire

John Meynard Keynes

"Par connaissance "incertaine", je n'entends pas simplement distinguer ce que l'on considère comme certain de ce qui est seulement probable. Le jeu de la roulette n'est pas, en ce sens, sujet à l'incertitude. (...) De la même façon, l'espérance de vie est seulement un peu incertaine. Même le temps qu'il fera n'est que modérément incertain. Le sens que je donne à ce terme est celui qu'il prend lorsque l'on juge incertain la perspective d'une guerre européenne, le niveau du prix du cuivre ou du taux d'intérêt dans vingt ans, la date d'obsolescence d'une invention récente ou la place des classes possédantes dans la société des années soixante-dix. Il n'existe pour toutes ces questions aucun fondement scientifique sur lequel construire le moindre calcul probabiliste. Tout simplement : nous ne savons pas."

John Meynard Keynes - La théorie générale de l'emploi

Amartya Sen

"Les valeurs de la société américaine autorisent l'indifférence à l'égard des pauvres, ce qui est impensable chez les Européens de l'Ouest élevés dans la culture de l'État providence. Mais ces mêmes valeurs américaines ne s'accommoderaient jamais des taux de chômage à deux chiffres que connaissent nombre de pays européens. Ce qui en réalité rend le chômage insupportable aux yeux des européens, ce n'est pas tant qu'il engendre de la pauvreté, mais qu'il peut conduire à l'exclusion sociale."

Amartya Sen

François Perroux

"Le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement, son produit réel global."

François Perroux

Anton Brender

"De quoi dépend la compétitivité française dans ces premières décennies de l'après guerre? De la capacité des entreprises nationales à affronter la concurrence des entreprises étrangères. La compétitivité de la France et celle de ses entreprises sont alors confondues. Que se passe-t-il dans une économie mondialisée? Les marchandises ne sont plus seules à circuler d'un bout à l'autre de la planète. Les entreprises, les savoir-faire, les capitaux, peuvent se déplacer aussi bien. Le principe de la concurrence entre les nations s'en trouve radicalement modifié. (...). Les entreprises françaises vivent désormais leur vie dans l'économie mondiale. Leur sort est, dès lors, de moins en moins lié à celui de notre économie. La mondialisation détend considérablement la solidarité qui a existé, un moment, entre un pays et ses entreprises."

Anton Brender - La France face à la mondialisation

Karl Marx

"Petits industriels, marchands et rentiers, artisans et paysans, tout l'échelon inférieur des classes moyennes de jadis, tombent dans le prolétariat; d'une part, parce que leurs faibles capitaux ne leur permettant pas d'employer les procédés de la grande industrie, ils succombent dans leur concurrence avec les grands capitalistes; d'autre part, parce que leur habileté technique est dépréciée par les méthodes nouvelles de production. De sorte que le prolétariat se recrute dans toutes les classes de la population."

Karl Marx - Le manifeste du parti communiste

Karl Marx

"Les variations du taux général des salaires ne répondent donc pas à celles du chiffre absolu de la population ; la proportion différente suivant laquelle la classe ouvrière se décompose en armée active et en armée de réserve, l’augmentation ou la diminution de la surpopulation relative, le degré auquel elle se trouve tantôt « engagée », tantôt « dégagée », en un mot, ses mouvements d’expansion et de contraction alternatifs correspondant à leur tour aux vicissitudes du cycle industriel, voilà ce qui détermine exclusivement ces variations. (...) Pendant les périodes de stagnation et d’activité moyenne, l’armée de réserve industrielle pèse sur l’armée active, pour en réfréner les prétentions pendant la période de surproduction et de haute prospérité. C’est ainsi que le surpopulation relative, une fois devenue le pivot sur lequel tourne la loi de l’offre et de la demande de travail, ne lui permet de fonctionner qu’entre des limites qui laissent assez de champ à l’activité d’exploitation et à l’esprit dominateur du capital."

Karl Marx - Le capital

John Meynard Keynes

"Nos préférences vont par conséquent à la doctrine préclassique que c’est le travail qui produit toute chose, avec l’aide de l’art comme on disait autrefois ou de la technique comme on dit maintenant, avec l’aide des ressources naturelles (…) avec l’aide enfin des résultats du travail passé incorporés dans les biens capitaux, qui eux aussi rapportent un prix variable selon leur rareté ou leur abondance. Il est préférable de considérer le travail, y compris bien entendu les services personnels de l’entrepreneur et de ses assistants, comme le seul facteur de production."

John Meynard Keynes - Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie

David Ricardo

"Du fait que chaque capitaliste souhaite détourner ses capitaux vers des emplois plus profitables, les prix des marchandises sur le marché ne se maintiennent pas longtemps au-delà ou en deçà de leur prix naturel."

David Ricardo - Des principes de l'économie politique et de l'impôt

Adam Smith

"Dans cet état grossier des sociétés naissantes, qui précède l'accumulation des capitaux, et l'appropriation des terres, le rapport entre la quantité de travail nécessaire pour acquérir chaque objet parait la seule donnée qui puisse conduire à poser une règle pour l'échange des uns contre les autres. Par exemple, chez un peuple de chasseurs, s'il en coûte habituellement deux fois plus de peine pour tuer un castor que pour tuer un daim, naturellement un castor s'échangera contre deux daims et vaudra deux daims. Il est tout simple que ce qui est d'ordinaire le produit de deux journées ou de deux heures de travail, vaille le double de ce qui n'exige ordinairement qu'un jour ou une heure de travail."

Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations

Anne-Robert Jacques Turgot

"Le taux de l'intérêt se fixe, comme le prix de toutes les marchandises, par le débat entre le vendeur et l'acheteur, par la balance de l'offre avec la demande. Ainsi, quand il y a beaucoup d'emprunteurs qui ont besoin d'argent, l'intérêt devient plus haut : quand il y a beaucoup de possesseurs d'argent qui en offrent à prêter, l'intérêt baisse."

Anne-Robert Jacques Turgot - Reflexions sur la formation et la redistribution des richesses

Alfred Marshall

"L'utilité totale d'une chose augmente avec toute augmentation de la quantité mais non pas aussi rapidement que cette quantité. Si cette quantité augmente à un taux uniforme, les avantages qu'en tire un individu augmentent à un taux décroissant."

Alfred Marshall - Principes d'économie politique

Robert Malthus

"Le taux de profit continuerait régulièrement de baisser jusqu'à ce que l'accumulation du capital ait cessé."

Robert Malthus - Principes d'économie politique

Adam Smith

"Quand les capitaux de beaucoup de commerçants sont versés dans un même genre de commerce, leur concurrence mutuelle tend naturellement à en faire baisser les profits, et quand les capitaux se sont pareillement grossis dans tous les différents commerces établis de la société, la même concurrence doit produire le même effet sur tous."

Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations

Jean Bodin

"La nature fait les métaux, le roi fait les monnaies "

Jean Bodin - La réponse aux paradoxes de Malestroit

Anne-Robert Jacques Turgot

"L'argent en nature ne forme qu'une partie presque insensible de la somme totale des capitaux."

Anne-Robert Jacques Turgot - Reflexions sur la formation et la redistribution des richesses

Adam Smith

"Dans le langage ordinaire, richesse et argent sont regardés comme absolument synonymes. Pourtant, il serait vraiment trop ridicule de s'attacher sérieusement à prouver que la richesse ne consiste pas dans l'argent ou dans la quantité des métaux précieux, mais bien dans les choses qu'achète l'argent et dont il emprunte toute sa valeur, par la faculté qu'il a de les acheter."

Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations

Robert Barro

"Les places riches consomment davantage de démocratie, parce que ce bien est désirable en soi et même si l'accroissement des libertés politiques peut avoir un effet défavorable sur la croissance. Fondamentalement, les pays riches ont les moyens de se payer une réduction du taux de progrès économique."

Robert Barro - Determinants of economic growths

Adam Smith

"Quand des mines plus abondantes viennent à être découvertes, une plus grande quantité de métaux précieux est apportée au marché, et la quantité des autres choses propres aux besoins et aux commodités de la vie contres lesquels ils doivent s'échanger, étant la même qu'auparavant, des quantités égales de ces métaux s'échangeront nécessairement contre des quantités plus petites de ces choses."

Adam Smith - Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations

Robert Malthus

"Tout en convenant en même temps qu'il serait extrêmement désirable qu'il y eut un accroissement de capital, je soutiendrai cependant que, là où la demande des produits ne serait pas suffisante pour donner des profits raisonnables aux producteurs, et où les capitalistes ne sauraient ni à quoi ni comment employer leurs capitaux avec avantage, l'action d'économiser sur les revenus pour ajouter aux capitaux, n'aurait d'autre effet que d'affaiblir avant le temps la tendance à accumuler, et de nuire aux capitalistes, sans accroître utilement le capital réel et régulier."

Robert Malthus - Principes d'économie politique

Charles Darwin

"Quant à nous, hommes civilisés, nous faisons au contraire tous nos efforts pour arrêter la marche de l'élimination: nous construisons des hôpitaux pour les idiots, les infirmes et les malades ; nous faisons des lois pour venir en aide aux indigents; nos médecins déploient toute leur science pour prolonger autant que possible la vie de chacun."

Charles Darwin - La descendance de l'homme et la séléction sociale